LE COMITÉ SECRET
i5 août 1015.
Le communiqué du gouvernement contenait, ^- 'di soir, un mot qui fait dresser l'oreille : la séance •rète éventuelle est motivée par la volonté « de loumir sur la situation des explications dont la publicité pourrait renseiyner les ennemis ». Si des explil ions capables de renseigner l'ennemi sont données a la Chambre, l'ennemi les aura, cela est absolument clair. Je le dis sans aucune malignité ; je le dis, sans penser ni aux parlementaires, ni aux républicains, ni même aux Français qui sont mes contemporains. Je le dis appuyé non pas seulement sur l'hisloire de France, mais sur celle des Gaules depuis près de trois mille ans. On ne nous accusera point ici d'aimer ni d'honorer médiocrement notre race, ni de nous humilier devant les races étrangères, mais il n'est pas possible de nous laisser prêter une vertu que nous n'avons pas. La sobriété en matière de langage, la fidélité en matière de secrets, les personnes privées françaises ou gauloises en sont fort capables, prises à part : ce sont des habitudes inaccessibles aux Français ou Gaulois mis en as- <**mblée. Je ne le dis pas, je le jure ; je ne le crois pas le vois. Il n'y a pas d'exemple que cinq ou six cents bons Français réunis librement aient pu tenir l^ur langue ou arrêter leurs discussions, le seuil une porte une fois passé. Connaissons-nous et réi^lons-nous sur nos mœurs sociables : nous ne som-
mes pas des Anglais ni des Laconicns. Comprenons donc que chaque peuple doit se donner des insliluiions qui tiennent compte de ses goûts, de ses passions, de ses mœurs, de ses élégances et de ses défauts.
Or, voici peut-être un cas de vie ou de mort. Si l'on persiste à adopter une méthode de délibération inspirée d'une erreur profonde sur noire essence, si nous nous supposons capables d'un genre de vertu qui n'est pas dans notre nature, les conséquences matérielles en peuvent être sans aucune proportion avec la petite méprise de jugement, toute vénielle, semble-t-il, qui en aura fait le point de départ. D'une décision anodine peuvent résulter de véritables malheurs.... Sans les exagérer, en nous tenant dans la note froide et juste adoptée aux Débats d'hier, cette séance secrète fera plus parler d'elle que toutes les séances publiques et non seulement l'Union sacrée paiera « les frais de la cacophonie », mais son écho « propagera tout autre chose que la confîance chez nous et le découragement chez l'ennemi ».
L'ennemi est campé à vingt lieues {\e Paris cl les intelligences ne lui manquent pas ici.