LES PARLEMENTAIRES
18 décembre 1014.
Tandis que M. Clemenceau continue h faire mener, ^.iiis son journal cl dans les couloirs, sa campagne contre le rainisire de la guerre, M. Henry Bérenger, sénateur de la Guadeloupe, publie dans ses journaux, Paris-\fi4i et V Action, des articles révélant une grande impatience et un vif appétit d'action parlementain'. « Après cincj mois d'une dictature à peu près absolue », il voudrait contrôler, discuter, au besoin censurer el même renverser le gouverneraenl. Je n'hésite pas à déclarer que M. Bérenger est dans le droit fil de la tradition el des principes démocratiques. Il dit très bien que le régime appliqué maintenant aboutit à « sufjprimer en temps de guerre la démocratie elle-même » et il convient « qu*une assez forte partie de la nation » n'y voit plus « aucun inconvénient ».
Les libéraux, animés du môme intérêt, tiennent un langage tout à fait analogue. Comme ils ont été autrefois nationalistes, par là-môme autoritaires et dictatoriaux, ils le gazent un peu; ils lui donnent la forme d'un argument ad hominem^ d'une mise en demeure : — Ou vous nous laisserez vaquer aux petits jeux du parlementarisme, ou vous proclamerez hardiment, hautement, explicitement la faillite du - crime parlementaire....
>i nous étions des hommes de parti nous dirions aux libéraux, comme à Bérenger el à Clemenceau :
.V2 LK PARLEMENT SE RftUNIT.
— Eh! bien, alloz donc! laites donc!...
Nous mettons la France avant tout et, au service de la France, nous nous efforçons de placer devues justes et des idées vraies. Il nous semble d'une vérité évidente que, si depuis cinq mois de terrible invasion, l'ordre n'a pas été troublé, le fonctionnement des administrations a été à peu près régulier, le sauvetage du pays a pu s'opérer en définitive, c'est que les Chambres ont été absentes, les journaux ont été surveillés, les réunions ont été sinon nulles (quelques socialistes obtinrent la faveur de se réunir), du moins tout à fait rares. Bref, < la politique » a été supprimée partout. 11 y a lieu de craindre qu'elle ne reparaisse si la vie parlementaire reparaît sous une autre forme que les démonstrations du 4 août. On dira bien que c'est faire injure au parlement comme on nous a dit que c'était faire injure à la presse. Mais la presse, le Parlement sont des entités. Qu'y^-l-il là-dessous? îînrv(^. Clemenceau, et tant d'autres. Non merci.
Qu'il soit fâcheux de devoir faire confiance à des pouvoirs collectifs, anonymes, médiocrement responsables, nul ne Ta dit avec plus de clarté que nous, et quand il était temps. C'est un mal. Nous avons le choix entre ce mal certain et un mal pire, qui serait d'ajouter à ce blanc-seing forcé donné en des conditions déplorables la critique, la discorde, l'agitation, la perte de temps, inhérentes au travail parlementaire, môme secret, et qui no serait pas secret longtemps!