‹ Les conditions de la victoireChapitre 22 sur 204 · MAX BARTHOU ET ANDRÉ CHALOPIN · texte numérisé non relu

MAX BARTHOU ET ANDRÉ CHALOPIN

18 décembre 1014.

Tout est dit sur ces hommes de dix-huit ans, qui ne sont môme pas encore le printemps de la pairie et qui, sans vouloir attendre l'âge légal, se précipitent vers les tranchées où Ton peut servir et mourir.

Demain sur nos tombeaux Les blés seront plus beaux...

L'ancien ministre qui, l'année dernière, tombait

i pouvoir en criant « Vive la France! » aura dû murmurer le même salut douloureux en apprenant la catastrophe de son foyer. Les victoires de la patrie pourront seules adoucir la fierté de son deuil.

Le secrétaire du syndicat des instituteurs de la Seine était plus âgé et moins heureux que Max Barthou : il avait eu affaire à d'autres adversaires que ceux du dehors ; je ne suis pas sûr qu'il ne nous comptât point au nombre de ses ennemis. Cependant, il me souvient d'avoir pris énergiquement sa défense contre quelques journaux libéraux qui s'étaient répandus en plaisanteries faciles sur les syllabes de son nom. Nous avions déclaré à des gens que faisait pâmer d'admiration la moindre baronnie allemande ou viennoise, que Boull'andeau lui-mOme était élégant et même gracieux auprès des métèqueries dont ils se faisaient tant de gloire. Ils ne furent point corrigés, nous n'en pûmes démordre,

André Chalopin ne se douta peut-être jamais de ;m>s sympathies, mais avant-hier, en lisant do très

j)res SCS noies posthumes publiées par ses amis dans la bataille syndicaliste^ nous avons eu «lu moins la vive satisfaction de n*y rien découvrir qui ne rendît le son du plus pur esprit patriotique et guerrier.

« Bourgeois, s'écrie M. André Lichtenberger, dans la Guen'e Sociale, souvenons nous que Chalopin s'est fait tuer pour la France. Prolétaires, rappeltez-vous que le fils Barthou est mort pour la démocratie. »

Je ne sais pas si Max Barthou est mort pour la démocratie, la démocnilie éUinl le régime qui, en i25 ans, nous aura valu cinq invasions étrangères, mais cette faute de vocabulaire est encore trop courante pour nous fâcher; ce qui nous choque, c'est l'espèce d'étonnement avec lequel Lichtenberger semble réintégrer André Chalopin dans la troupe qui se fait t tuer pour la France ». Alors, la France est aux bourgeois? Alors les prolétaires sont bien des gens qui n'ont pas de patrie? Ce serait un blasphème. C'est d'abord une erreur. Naître en France et de vieux sang français, alors même qu'on y procède du dernier des déshérités, c'est encore naître possesseur d'un capital immenseet d'un privilège sacré. C'est porter avec soi, en soi, un titre de noblesse. C'est acquérir des possibilités de progrès moral et matériel qui n'ont été données avec cette abondance aux fils d'aucune autre nation. L'espèce d*antithèse constituée par Lichtenberger renferme une oiTense secrète aux vérités fondamentales de la patrie. En ce moment plus que jamais de telles vérités doivent se garder toutes pures. En les altérant, nous ajouterions une blessure intime et profonde au noble corps meurtri qui déjà saigne de tant de plaies!

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