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AUX MORTS POUR LA PATRIE

L'accueil si cordial du Prince, qui touche et conquiert tous ses visiteurs, frémit cette fois d'une émotion significative, dès les premiers mots, Il veut bien nous témoigner quelle a été sa hâte de nous revoir pour avoir des nouvelles de ce qui lui tient à cœur. On sent qu'il vit dans la fièvre de l'impatience et que ce soldal-né ronge cruellement le frein de l'inaction qui lui est imposée.

Tout de suite II noiis accable de questions. C'est une conversation à bâtons rompus sur le sort des armes françaises, sur les hauts faits de nos soldats, sur ceux qui tombent glorieusement chaque jour, sur l'espérance nationale qui plane au-dessus de tant d'épreuves ! Juscjue dans l'aspect extérieur du Prince, un petit détail marque la direction constante de Sa pensée. 11 a remplacé la fleur de lys de sa cravate par une épingle en forme de drapeau tricolore, qui voisine avec la seule décoration que l'héritier de nos Rois porte dans la vie courante : une rosette de chevalier de Saint Louis, le vieil ordre réservé aux soldats sous la Monarchie.

« — ... Oui, dit-il, répondant aux sentiments «jne nous venons d'exprimer, l'exil est dur dans tous les t< rii;>s, mais la peine est doublée pendant la ^n: nii.intl mes amis se battent, être réduit à l'im lité' >

I A FFiAN( K ET LA GUERRI-. 1'.

Vn nuage passe dans les yeux ai clairs du Prince au souvenir do tant de ses lidèles qui ont été fauclu'*s depuis moins do quatre mois! Il nous parle avec émotion de Noôl Trouv«\ de René d'Aubeigné, ancien secrétaire j^éiiéral dos Étudiants d'A. F., de Pierre Gilbert, du lieutenant de vaisseau Alfred de la Barre de Nanteuil, de nos présidents de sections : Paul de Clorck, le baron de l'Espinoso, Hené de Frémont, de l'héroïque maire M. Hillart de Vorneuil, el, parmi les représentants de celle jeunesse magni- Tupie que Sa cause avait enthousiasmée, l'un des derniers tombés, Gabriol Plateau, frère de Marins Plateau, secrétaire général des Camelots du Roi. lui-même si gravement blessé au passage de l'Aisne. Énumération glorieuse et lugubre : 11 sait que c'est par centaines et par centaines que nous comptons nos morts; dans celte famille dévouée au Prince, les Bazin-Monnier, par exemple, on compte jusqu'à cinq tués au champ d'honneur!

Mais le Prince ne veut pas s'attarder dans le cimotiéro privé de Ses alTections. Il porte les regards plus loin :

« — Pourquoi, continue-t-il, pourquoi distinguer? Les Français y sont tous! Toutes nos familles françaises : paysans, bourgeois, ouvriers, gentilshommes paient le même tribut et montrent le même courage ; je vois se répandre un merveilleux trésor de sang français que je n'ai pu empêcher de coulor. r»):iic niwpi»»i jg voudrais au moins mêler le mien. •

POUR SERVIR LA FRANCE

Nous ayant appelés pour avoir des nouvelles de

^.v^.w.f» Mo'.-^oi.ri.oiir 1^. Dur «l'Orléans voudrait s'en

Ifl LE PARLEMENT SE RÉUNIT.

tenir là. Lorsque nous lui demandons à notre tour de nous permettre de rapporter à ses fidèles et au public français les pensées et les sentiments qui le remplissent dans ce moment tragique, Il répugne à l'idée d'occuper l'opinion de Sa personne. Il voudrait que rien ne fût soustrait à l'attention exclusive que réclame la France. 11 nous était difficile de sentir là-dessus comme Monseigneur. Nous nous sommes permis d'insister. C'est à nos prières que le Prince s'est rendu en nous autorisant à communiquer le récit qu'il nous a fait de Ses longues démarches à la poursuite d'un enrôlement qiif» in^nnîri îl n'a pu obtenir.

« — J'étais à Wiesbaden, achevant ma cure annuelle. Aux premiers bruits de guerre, je me suis mis en route pour regagner la Belgique, mais à Francfort ma voiture a été retenue. Comme je demandais à continuer mon voyage, l'autorité allemande me fit dire de me présenter chez le général commandant la place le lendemain matin. Connaissant les façons allemandes, ne me souciant ni d'être retenu prisonnier ni d'avoir à implorer ma liberté, je sautai au milieu de la nuit dans un train ramenant des Américains vers Flessingue. Trajet d'ailleurs fort pittoresque, accompli sous les baïonnettes avec défense do mettre le nez à la portière.

« V peine arrivé à Bruxelles, je m'acquittai de ce (pio j'estimais être un devoir de patriotisme en renvoyant à l'Empereur d'Autriche lo collier de la Toison d'Or que j'avais autrefois reçu de lui. Puis j*adressai au ministre de la guerre, qui était

alors M. Messimy, le télégramme par lequel je revendiquais le droit et l'honneur de servir pendant la durée des hostilités; je demandais pn mAin<^ lomp^i ses instructions pour partir

t Vous vous rappelez la réponse qui a été également publiée à l'époque. M. Viviani, président du Conseil, m'opposait l'étal de la législation qui interdit aux membres de la Maison de France de servir sous le drapeau français. Je n'ai pas été plus heureux qu'en 1890 quand, à vingt ans, je venais chercher mon numéro de conscrit. Maison était en pleine paix. C'est aujourd'hui la plus redoutable des guerres. Dans sa dépêche, d'ailleurs courtoise, M. Viviani m'engageait à m'enrôlerdans les armées amies et alliées qui combattent à nos côtés.

• Le président du Conseil pouvait-il prévoir la réponse qui devait m'être faite?

« Je me hûtai de télégraphier mon offre de service à S. M. George V, avec qui j'entretiens les rapports les plus affectueux. Ancien élève de Sandhursl (c'est en Angleterre l'équivalent de l'École de Saint- Cyr à laquelle je me préparais avant l'exil), officier du Kings Royal Riffle (qui correspond ici à ce que nous entendons par nos chasseurs à pied), officier «le rétal-major, ayant fait campagne aux Indes sous lord Roberls, j'avais quelques titres à servir dans l'armée anglaise. Mais les considérations politiques continuaient à s'opposer à mon désir. Une chaleureuse et cordiale dépêche du Hoi d'Angleterre m'annonçait la visite de son ministre à Bruxelles, chargé de m'cxposer la situation : les troupes anglaises opéraient en France, il n'était pas possible à Maurjus. — Le Pdi-lemeut. 2

is LE PAULEMENT SE RÉUNIT.

celles-ci d'y violer la loi qui me bannit du territoire. « Je me tournai alors vers mon cousin afîectionné Albert 1*^' qui venait de commencer la résistance valeureuse qui rimmorlalisera, lui et son noble peuple. Vous devinez comment je me suis heurté à des difficultés du môme- ordre, sinon territorial au moins diplomatique et que je devais fatalement retrouver chez tous nos alliés.

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