‹ Les conditions de la victoireChapitre 92 sur 204 · LEUR PATRIE : EUX-MÊMES · texte numérisé non relu

LEUR PATRIE : EUX-MÊMES

DcvaDl les conditions de la guerre nouvelle, qui n*onl plus rien d'artificiel ni de conventionnel, qui nous ramènent aux états d'une nature primitive sans raj)port avec la nature de Rousseau, qui laissent voir aux yeux des plus bornés et des plus courts, les raisons familières et profondes des choses, il arrive que les doctrinaires de l'anarchie sont réduits à écrire des formules dont la simplicité naïve rejoint l'éternelle vérité imposée à l'animal politique, à l'être étrange et sublime qui construit des cités pour former des sociétés et des amitiés : excusant ceux des anarchistes qui, pour répondre à l'agression allemandese sont armés el se sont battus, M. Jean Grave linit par dire que ces messieurs, « sous peine de mériter le sort dont on les menaçait, ne pouvaient que résistera l'envahisseur, se battre, nonpour leur patrie, mais pour eu JT y pour leur vie, leur bien-être, le peu do i;ï^"'«-' f|!î*i!<; pov;«:èdf»nf . pour leur propre lignite.

Non polh leuh patkie, mais four eux! Il ne restera plus qu'à loucher du doigt que leur patrie, c'est oux, que leur moi est consubtanliel à l'âme de la patrie

Mais cette sensation que M. Grave croit impos- «^ible, elle est fournie, elle est imposée par la forme que l'Esprit et l'État allemands ont donné à cette

guerre. Par delà la nation, les armées, les cités et leurs citoyens, ils ont visé les personne». Ils ont obligé les personnes, une par une, à se rappeler que c'était pour leur sûreté individuelle qu'avait été créée et que durait encore l'institution des patries. Amis et adversaires, les Français ont expérimenté l'axiome primitif que les premiers hommes seuls avaient pu connaître. Quand Ulysse disait que, pour sa part, il ne trouvait rien de plus agréable ta riionime que sa patrie, il exprimait déjà un sentiment de raffiné et rangeait le patriotisme au nombre de ces idées de luxe dont semble se charger et s'embarrasser la générosité naturelle des cœurs. La guerre de 4914-1915, la guerre des Boches, nous ramène bien au delà de l'à^e d'Ulysse, aux temps où les murailles tutélaires de la cité, leur garde vigilante, leur exclusivisme savant brillait comme la première des nécessités, celle qui assurait le pain, le pain douteux et disputé de chaque jour.

Que deux ou trois grandes idées de celte importance reprennent force et racine dans l'ensemble de la population de la France, et dans quelques années l'on verra tout ce qu'elles comportent de fruits heureux!

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