‹ Les Conditions de la Vie à NeversChapitre 11 sur 64 · RES GE · texte numérisé non relu

RES GE

prenaient sur le travail de leurs ouvriers un large bénéfice.

Dans les manufactures de faïence le procédé, au lieu d’être l’exception, devient la règle avec les tourneurs, mouleurs et peintres. Ces artistes reçoivent chaque semaine une somme déterminée, mais c’est un salaire conditionnel. Ils doivent fournir une quantité d’objets bruts, égale à la somme qu’ils reçoivent de leur patron. Si le chiffre n’est pas atteint, ils se voient retenir la différence. Au contraire s’il est dépassé, un supplément s'ajoute au salaire. Les chiffres sont calculés de manière que les ouvriers puissent avoir quelques suppléments. Il semble donc au premier abord que cette combinaison ingénieuse ait un caractère démocratique. En fait il n’en est rien. Quand le patron fait les comptes ou bilans, d’ordinaire deux fois par an, les ouvriers sont rarement en bénéfice. En effet, confiants dans les suppléments de travail qu’ils peuvent faire, ils demandent des acomptes, des suppléments de salaire,et s’endettent, comme le démontre clairement le carnet du tourneur en faïence, Chatelain, qui meurt en 1782,redevable envers le manufacturier Bougarel d’une centaine de livres environ. Naturellement Bougarel ne tient pas quitte la famille. En 1786 on le voit encore faire des retenues à un autre Chatelain, probablement fils du précédent. Ce mode de paiement, rendu funeste par l’imprévoyance des artisans, a doncassujetti à un patron toute une famille d’ouvriers. Ces procédés rappellent ceux qu’employaient à la même époque les marchands de fer ou les marchands de bois. Ils se sont généralisés dans la grande industrie et le grand commerce.

En dehors des émailleurs et des faïenciers, la plupart de ces salaires aux pièces peuvent sembler des minima comme les salaires à la journée précédemment énumérés. Mais les hôpitaux et la ville ayant l’habitude d'imposer des réductions à tous ceux qui leur apportent des mémoires, ouvriers et fournisseurs n’inscrivent que des prix forts, en vue de suppléer à ces soustractions. Toutefois, quand les échevins reçoivent des soldats en garnison et aménagent des casernes, comme ils procèdent par grandes quantités, il est probable que les prix et les salaires qu’ils donnent sont des chiffres de gros, sensiblement inférieurs aux tarifs usuels.

Enfin, pour apprécier tous ces chiffres à leur juste valeur, il ne suffit pas de connaître les sommes que les ouvriers reçoivent, il faut encore savoir dans quelles conditions de temps et de confort ils travaillent. Cette question est surtout importante avec les ouvriers à la journée ou prenant pension chez leurs maîtres.

On s’est plu quelquefois à dire que le régime corporatif avait eu certaines conséquences heureuses sur la vie des salariés. Ainsi la durée moyenne de la journée de travail n’aurait pas été excessive,

car elle était calquée sur la marche du soleil. Longues en été, les journées étaient courtes en hiver, le travail àla chandelleétantréputé désavantageux pour le client et même dangereux pour le maître à cause du péril d'incendie. Cette théorie est forcément exacte pour tous les métiers, qui travaillent au dehors, Lever et coucher du soleil, angelus du matin, du soir et de midi, telle est la seule pendule des terrassiers, des maçons, des charpentiers, des couvreurs. Mais avec les ouvriers qui travaillent en atelier, il en est tout autrement. Des textes précis permettent d’affirmer que pour eux les journées de travail étaient longues et à peu près uniformes. Par exemple jusqu’à la Révolution les ouvriers menuisiers de Nevers travaillent de 5 heures du matin à 8 heures du soir, hiver comme été. Telles sont les heures « ordinaires » de travail, aussi bien pour les apprentis que pour les compagnons! En tenant compte des repas, c’est donc une moyenne générale qui dépasse 12 heures par jour d’un bout de l’année à l’autre. Cette durée était manifestement excessive. Les conditions étaient pénibles pour les ouvriers. Elles n'étaient même pas très avantageuses pour les maîtres. Plus la journée est longue, plus le travail se ralentit. Les patrons auraient eu plus de bénéfice à supprimer les veillées d’hiver et à accélérer le travail pendant les meilleures heures du jour.

On objecte que les fêtes religieuses donnaient aux artisans d’autrefois des vacances fréquentes. Il est vrai que,ces vacances ayant le grave défaut de n’être pas rétribuées, l’ouvrier d’ancien régime pouvait en vouloir à son curé, qui « de quelque nouveau saint charge toujours son prône ». Mais nous savons qu’à la veille de la Révolution artisans et marchands prennent déjà beaucoup de liberté avec le calendrier religieux et ne respectent même pas toujours le dimanche, obligés qu’ils sont de travailler pour vivre, car au xvirie siècle les temps sont souvent très durs?.

Enfin la vie patriarcale, qui caractérise la petite industrie d’autrefois, n’a pas toujours pour effet d’humaniser les classes ouvrières et marchandes, dans un temps où les mœurs restent rudes?. L’apprenti west pas toujours l’enfant dela maison, nile compagnon, le frère de labeur du maître. Les conflits entre jurandes et compagnonnages ont souvent pour résultat de rendre peu cordiales les relations entre

ouvriers et patrons.

4. Nous empruntons ces renseignéments à un contrat d'apprentissage du 23 mai 4770 (Ch. des Not. Min. Darvoux). Les minutes de ce notaire sont généralement rédigées avec beaucoup de précision. D'autres contrats, chez d’autres notaires, sans indiquer aucune limite de temps, mentionnent du moins l'obligation pour l’apprenti de fournir toute la chandelle nécessaire aux travaux du soir.

2. Thèse principale. IIIe Partie. La religion. 22 $ les obligations religieuses.

3. Thèse principale. III Partie. Les mœurs. 1T$ le caractère.

Page 1