IV. — L’apprentissage
La durée de l’apprentissage, variable suivant les maisons, va de trois à cinq années au maximum.
La loi du 2 novembre 1892 (Cf pour les conditions de l’apprentissage, l’intéressante brochure de E. Quillent et L. Sénéquier) a fixé 1 âge dentree en apprentissage à 13 ans; toutefois les enfant ayant obtenu leur certificat d’études priinaires peuvent être admis à 12 ans, à condition qu ils soient munis d’un certificat de médecin constatant que leur santé leur permet de supporter les fatigues du métier. L’enfant doit posséder un livret d apprenti. Il est aussi d’usage que le patron et le représentant de Tentant qui entre en apprentissage contiactent un engagement qui stipule les conditions de cet apprentissage ainsi que les obligations des deux parties. La loi du 2 novembre 1892, ainsi que les heures d’entrée et de sortie das apprentis, doivent
être affichées dans chaque atelier.
Généralement, et surtout dans les petites maisons, la première année se passe on corvees et en courses, ou à des travaux de peu d importance. A part quelques exceptions, l’apprentissage devient de moins en moins sérieux ; bien rares sont les pa-
trony qui ont à cœur de faire des ouvriers des enfants que les parents leur confient. Les ouvriers, absorbés par les nécessités de la production, ont, de leurcôté,trèspeude temps pours’en occuper, ce qui fait que la valeur de l’apprenti tend de plus en plus à diminuer. L’introduction de la machine (dont on ne peut que se réjouir) en est aussi une des causes.
L’apprenti n’est généralement pas payé; mais il ne paie plus, lui-même, son apprentissage, comme cela se passait encore il y a une trentaine d’années, où les parents s’engageaient à payer une redevance annuelle pour l’apprentissage de leur enfant. Certains patrons donnent même à partir de la deuxième année une légère gratiücation, à titre d’encouragement et en récompense des corvées auxquelles sont astreints les apprentis.
Certaines maisons accordent un petit salajre, proportionnel au temps d’apprentissage; niais ce sont des exceptions, et là où elles se produisent, il n’est pas rare de voir les apprentis confinés dans une spécialité, au lieu de passer par toutes les branches du métier et d’apprendre à se servir aussi bien de la lime que du tour et de la machine à raboter ou à fraiser.
Comme dans un grand nombre de métiers, il y a surabondance d’apprentis. Les patrons, principalement dans les petites maisons, en tirent des bénéfices considérables, sans se demander si ces enfants, une fois leur apprentissage fini, seront eu état de gagner leur vie. D’après les renseignements que j’ai pu me procurer et d’après mon expérience personnelle, je puis dire qu’il y a en moyenne un apprenti pour six ouvriers. Dans les petits ateliers il y a quelquefois huit ou dix apprentis, tandis que le patron n’occupe qu’un seul ouvrier. Ce sont là de véritables fabriques d’apprentis, où les jeunes gens, dès leur apprentissage terminé, sont remplacé par d’autres enfants.
Dans les grands ateliers, les apprentis sont moins nombreux, et cela tient à ce que la^ surveillance nécessaire ne serait pas compensée par la production des apprentis. Certaines grandes maisons, néanmoins, se mettent aussi à faire des ap-
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prentis, non pas, bien entendu, pour les instruire,
mais pour en tirer des revenus. , . ^
Pour assurer l’application de la loi de 189^ sur le travail des enfants dans l’industrie, des inspecteurssontchargés de passer dansles atelierset peu-
ventà tout moment interroger les apprentis.Malheu-
reusement ce service laisse quelque peu a desirer, et il ne manque pas de patrons qui, tournant la loi, font travailler leurs apprentis plus de dix heures.
De même, pour le travail du dimanche, il existe un truc qu’il est peut-être bon de noter ici. J ai dit plus haut que certains patrons accordaient une petite prime ou pourboire à leurs apprentis. Au lieu de donner cette gratification lors de la paye, le patron décide simplement que seuls ceux qui viendront le diiaanche matin (généralement pour le nettoyage de Tatelier et des .machines) auront droit à ia prime. L’inspecteur du travail peut alors venir ; par crainte de se voir enlever son pourboire, l’enfant, préalablement stylé, n’avouera jamais
qu’il travaille le dimanche. . , ..
Je ne terminerai pas ce chapitre de 1 apprentissage sans signaler les deuxgrandes écoles professionnels qui font des ouvriers mécaniciens de précision : l’école municipale Diderot, qui occupe environ trente enfants, et l’école congréganiste de Saint- Nicolas, qui en occupe à peu près autant.
Je no formulerai pas ici de critiques sur ^s deux écoles, que j’ai eu le plaisir de visiter. JOn peut consulter d’ailleurs à ce sujet le nunieio / de L'ouvrier des deux Mondes. ') Je ne retiendrai qu’une seule chose : c’est que, de 1 aveu meme des directeurs de ces écoles professionnelles, 40 ütü environ de leurs élèves ne continuent pas le metier qu’ils sont censés avoir en mains, parce que, à leur sortie d’apprentissage, ils sont dans 1 impossibilité de trouver du travail.