‹ Les Conditions du Travail dans la Marine MarchandeChapitre 30 sur 53 · RS TS · texte numérisé non relu

RS TS

Premiers chauffeurs.

Maîtres d'équipage. .

Graisseurs. .”/-

F91r:#200 Charpentiers . . .

Boulangers. . . .

CUISINIerS PURE

(Toute heure supplémentaire donne lieu à l’allocation d'une somme de o fr. 50).

Le 23 août 1900 un contrat conclu à Marseille fixait un taux de salaire quelque peu différent du tarif du Havre: les matelots devaient recevoir 83 fr., les premiers chauffeurs 124 francs, les chauffeurs 100 francs (1), les maîtres d'équipages 100 francs. Toute heure supplémentaire est taxée à o fr. do pour le personnel de la machine et o fr. 4o pour celui dela manœuvre.

A.— Les Salaires chez les Armateurs français

La Compagnie des Messageries Maritimes sur ses lignes de Chine, d'Australie et de Madagascar, observe rigoureusement les conditions du contrat du 23 août 1900 ; elle alloue même aux maîtres d'équipage un supplément de fonction de 30 francs, de 15 francs aux chefs de bordée. Ces derniers, simples matelots à 83 francs, voient donc leur solde

1. Au cabotage les salaires sont ainsi fixés : Matelots et soutiers 77 francs, premiers chauffeurs 112, chauffeurs 95 francs.

s'élever à 98 francs ; le novice remplissant les fonctions de soutier reçoit 10 francs de supplément.

Sur ses lignes de la Méditerranée, la Compagnie pratique le tarif prévu pour le cabotage par le contrat du 23 août 1900 ; une allocation de fonctions de 10 francs est accordée aux chefs de bordée.

Le personnel de la ligne d'Amérique du Sud bénéficie d’un tarif plus avantageux encore. Si les matelots et les soutiers ne touchent que 80 francs, le maitre d'équipage reçoit 130 francs et les chefs de bordée 100 francs, les premiers chauffeurs 130 francs et les chauffeurs 110 francs. Ces chiffres se rapprochent du tarif du Havre (1).

Il faut faire ici une observation importante; les sommes susmentionnées expriment le montant de la solde fixe mensuelle, celle qui figure au rôle d’équipage avec les autres conditions de l'engagement, et sur laquelle est perçue la taxe des Invalides. Il s’y ajoute, pour les chauffeurs, une part dans les primes allouées pour économies de charbon ; quant aux matelots, les pourboires des passagers ne leur sont pas remis individuellement ; il en est formé une masse commune dont le partage accroît sensiblement la rétribution fixée par le contrat d’engagement.

Les maîtres d’équipages participent, conformément aux dispositions de l’article 422 du règlement des bords de la Compagnie et dans la proportion

1. C'est le tarif commun, à Bordeaux, aux Messageries, à la Transatlantique et aux Chargeurs-Réunis.

fixée par les décisions du Conseil d'Administration, aux remises commerciales des états-majors.

En Méditerranée quatre suppléments de 5 francs sont alloués aux matelots pointeurs et gabiers ; sur les lignes d’au delà de Suez, ces pointeurs et gabiers reçoivent six suppléments facultatifs de 5 francs et les soutiers et timoniers deux allocations de mêmes nature et montant.

Enfin les suppléments de fonctions suivants sont prévus : 5 francs à chaque matelot chargé de la manœuvre d’un treuil; 20 francs au chauffeur chargé de la petite chaudière ; 5 francs à l'homme commis à l’entretien des feux de position ; 10 francs à celui qui prend soin de la machine réfrigérante ; les manipulations de charbons donnent encore lieu à des allocations supplémentaires.

Le tarif du Havre est en vigueur à la Compagnie Générale Transatlantique. Notons seulement que, sur celles de ses lignes qui partent de Saint-Nazaire, elle embarque des matelots légers à 70 francs. Les suppléments de fonctions y sont également de pratique courante, les timoniers touchent 85 et 90 francs, les gabiers 85 francs, etc.

Le même tarif du Havre est tout naturellement usité chez les armateurs havrais : Chargeurs-Réunis, Compagnie Havraise Péninsulaire, etc. Les Chargeurs-Réunis accordent en sus de la solde du rôle une indemnité représentative dans les circonstances où l'équipage n’est pas nourri par la Compagnie. Cette indemnité est, pour les chauffeurs et matelots,

de 2 francs par jour, de 1 franc pour les mousses et novices (1).

La Compagnie Française de Navigation à Vapeur fait bénéficier son personnel du tarif du 23 août; elle paie même ses maîtres d'équipage 125 francs au lieu de 100 francs.

Dans certains ports du Nord et de l'Ouest les salaires sont restés au-dessous du tarif du Havre: ainsi, à Rouen, les chauffeurs gagnent au maximum 110 francs, les maîtres d'équipage 120 francs.

A Nantes, port de voiliers, le taux général du salaire varie de 90 à 115 francs pour le maître d’équipage (parfois, l’armateur remplace le maître d’équipage par deux deuxièmes maîtres à 85 ou 9o fr.); les matelots touchent 75 francs par mois, et les matelots légers (de 18 à 20 ans) de 50 à 65 francs.

Cette fixation des salaires à 75 francs, chiffre qui reste péniblement dans la moyenne, tient à une raison particulière à ce port dans lequel les salaires sont inférieurs à ceux payés ailleurs ; les navires armés à Nantes y reviennent rarement, ils renouvellent leur rôle en Espagne, en Angleterre, etc. L’armateur recrute néanmoins localement son équipage et l’envoie rejoindre le navire à l'étranger. L'obligation de payer aux marins engagés le voyage de Bilbao, Southampton, Hambourg ou autres

1. Les Messageries Maritimes, dans ce cas, allouent 1 fr. 66 à Marseille, et, à la Ciotat, à fr. 208 au personnel de la machine, 2 francs au personnel de pont.

localités destinataires est compensée par l'infériorité des salaires sur la place de Nantes. Que demain le Syndicat des inscrits de ce quartier réclame l’assimilation avec le tarif en pratique à Dunkerque où au Havre, l'effet de cette mesure serait de priver immédiatement les matelots nantais de tout embarquement ; le taux des salaires de Nantes est donc, en quelque sorte « bloqué ». Reste, il est vrai aux matelots la possibilité d’une augmentation en cours de voyage ; ainsi, les mousses à 25 francs sont nommés novices à 40 francs, les novices passent matelots légers à 55 francs, les matelots légers deviennent matelots à 75 ou 80 francs, etc.

En général, les salaires sont moins élevés au cabotage ; cela tient à ce que la plupart des marins qui pratiquent cette navigation sont âgés ou fatigués et ne supporteraient plus le long cours ; ou bien encore ce sont des marins revenant d’une campagne lointaine et qui, ayant de la famille, désirent ne pas s'éloigner pendant quelque temps; ils sont par conséquent, disposés à secontenter d’un salaire plus bas, si le genre de navigation entreprise leur permet de donner satisfaction à ce désir. Pour toutes ces raisons, ces matelots sont payés 65 francs ou 90 francs au lieu de 80 francs.

En résumé, le tarif moyen (1), pour toute la France est sur les vapeurs :

I. D’après la Fédération Nationale des Syndicats Maritimes (Noir : Enquête de la Commission de la Marine, etc.)

80 francs au long cours; Matelots 75 francs au cabotage :

| 100 francs au long cours :

Chauffeurs 8 4

86 francs au cabotage.

Et sur les voiliers :

ÿ ie 75 francs au long cours ; atelo ? | 60 francs au cabotage.

Les inscrits font entendre contre le taux des salaires des plaintes assez vives. Le Congrès. de 189gr demandait déjà que la rémunération fût ainsi fixée: 120 francs dans la machine, 100 francs dans les soutes, 90 francs sur le pont. Celui de 1903 émettait le vœu que, dans tous les ports français et des colonies françaises, l’unification des salaires fût réalisée sur les bases établies par les compagnies de navigation des ports du Havre et de Bordeaux. Au lendemain de la signation des contrats de 1900, le Congrès de 1901 demandait une légère augmentation sur les chiffres que l’on venait de déterminer ; les premiers chauffeurs, maitres d'équipage, graisseurs verraient légitimement, à son gré, leur solde portée à 135 francs, les matelots à 85 francs, sans préjudice des heures supplémentaires payées o fr. 50 au personnel du pont comme à celui de la machine. Enfin ce même Congrès prétendait que tout travail en dehors du service professionnel, manipulation de charbon et de marchandises par exemple, même effectué pendant les quarts, donnât lieu à une allocation de 1 franc par heure.

Notons enfin cette allégation, non sans fondement

du reste, de l'Association Fédérative des Capitaines au Long Cours, que les Compagnies auraient intérêt à créer des classes de matelots à 80, 70 et 60 francs, avec avancement de l’une à l’autre, en vue de développer une émulation peu favorisée par létat de choses actuel. Cette réforme semblerait d'autant plus rationnelle qu’elle permettrait de rémunérer les marins proportionnellement à leur valeur.

Le 16 décembre 1904, M. Pelletan, ministre de la Marine, se faisant l’écho des plaintes des gens de - mer, déclarait que l’amélioration de la condition de ceux-ci dépendait dans une large mesure de l’augmentation des salaires. Il répondait aux armateurs qui invoquaient leurs charges déjà si lourdes : « Le salaire des matelots français est inférieur à celui des matelots grecs, espagnols, italiens, très inférieur à l'anglais, égal à l'allemand avec une légère tendance à l’infériorité. Ce n’est donc pas là une charge spéciale à l'armement français. » Nous sommes donc amené à passer en revue les salaires accordés par les compagnies étrangères, afin de vérifier cette

assertion.

B. — Les Salaires chez les Armateurs étrangers Compagnies Anglaises. — Le salaire des mate-

lots anglais, plus variable que celui des matelots français, diffère de port à port dans des proportions très sensibles. Ainsi, en 1904, ilétaiten moyenne, à Newcastle de 112 fr. 50, à Cardiff de 90 à 100 francs, à Li-

verpool de 70 à 80 francs, à Londres et Glasgow de 100 francs. Les chauffeurs recevaient une rémunération égale, sauf à Londres où elle se tenait entre 112 fr. boet 125 francs ; les soutiers, à Liverpool et à Londres, gagnaient respectivement 100 francs et 112 fr. bo. Il faut ajouter que dansles conditions d’engagement on ne trouvait pas trace d'heures supplémentaires, cette innovation française ne semble pas avoir pénétré chez nos voisins. Le matelot, « Jack », est payé pour tout ce qu’il y a à faire.

Deux grandes Compagnies anglaises, l'Orient Line : et la Peninsular and Oriental ont adopté le tarif suivant :

Maîtres d'équipage re classe 209 fr.

id. 2° classe 178 fr.

Matelots TDR.

Premiers chauffeurs ÉTAT.

Chauffeurs et soutiers (européens) 101 fr.

id (indigènes) JOB.

D'autres Compagnies pratiquent des tarifs plus réduits. A la Compagie Harrison Line de Liverpool, à la Prince Line de Londres, les matelots ont 101 francs, les simples chauffeurs 137 francs, les maîtres et premiers chauffeurs, 175 francs. La City Line etla Wilson Line accordent à leurs maîtres d'équipage 151, 137 et 120 francs, aux premiers chauffeurs 150 et 126 francs, aux chauffeurs 85 et 100 francs (chiffres inférieurs au tarif français du Havre), aux matelots 101, 82 et 105 francs. Les premiers chauffeurs de la Clan Line n’ont que 130 francs (132 fr. 5o au Havre).

- A la Compagnie Bibby Line, les premiers chauffeurs

ont 137 francs, les simples chauffeurs, tous Chinois, 62 francs seulement. Les matelots européens, remplissant tous une spécialilé, timoniers, etc., sont payés 101 francs, tandis que les matelots Chinois ne dépassent pas 62 francs. De même, chez Alfred Hall et Cie, le personnel de la machine se compose de premiers chauffeurs européens à 150 francs, et les simples chauffeurs, tous indigènes, se contentant de 85 francs.

On peut déjà constater que si les salaires sont en moyenne beaucoup plus élevés en Angleterre qu'en France, on relève cependant certains cas où ils sont égaux et parfois inférieurs. Ils sont surtout très haut, dans les grandes Compagnies comme l'Orient Line et la Peninsular and Oriental. Cela tient, en général, à ce que les armateurs anglais embarquent un grand nombre d’indigènes, moins exigeants sur le taux des salaires et sur la qualité de la nourriture ; ils reportent alors sur les matelols européens (1) les économies faites de ce chef.

Compagnies allemandes.— La Hamburg Amerika Linie et le Norddeutscher Lloyd appliquent le tarif suivant : Maîtres d'équipage, 120 et 100 francs ;

1. Ceux-ci sont même divisés en catégories : ordinary seamen et able seamen, ou matelots de deuxième et de premièré classe ; il est ainsi possible de ne pas rémunérer d’une façon identique deux hommes dont les aptitudes sont inégales, Il y a sur ce point, en France, une grave lacune dans les contrats de 1900.

— 144 né +

Matelots, 81 francs ; Premiers chauffeurs, 114 francs ; Chauffeurs, 82 francs.

- D’autres Compagnies y apportent quelques variantes : les maîtres d’équipages touchent 101 francs à la Deutsch Australische, 125 chez Slamon et Cie de Hambourg, 135 à la Hansa Limie ; la solde des matelots s'élève jusqu’à 1o1r francs (Slamon et Cie); enfin celle des chauffeurs varie de 104 francs (Slamon et Cie à 95 francs (Deutsch Australische).

Remarquons que les salaires fixés par le contrat d'engagement peuvent être réduits si, après le commencement du voyage, l’homme est reconnu impropre au travail pour lequel il s’est engagé. Le capitaine porte au livre de bord la décision prise et en remet copie à l’homme. La réduction de salaires court seulement de cette formalité, sauf appel au bureau des gens de mer.

Compagnies Russes. — La flotte volontaire russe, compagnie mi-gouvernementale, mi-commerciale, alloue 135 francs à 190 francs, selon leur classe, à ses maîtres d'équipage et premiers chauffeurs ; aux matelots, divisés en trois classes, 80, 75 et 50 francs.

A la Compagnie mixte de Navigation russe, les matelots ont 72 et 56 francs, ce qui est peu en comparaison des soldes de 120 et 200 francs attribuées aux chauffeurs ordinaires et aux premiers chauffeurs.

Autres Pays. — Les salaires autrichiens sont peu élevés ; le Lloyd autrichien ne donne à ses matelots que 64 francs, 94 francs aux premiers chauffeurs.

hs

A la Compagnie « Transatlantica » de Barcelone, les matelots gagnent 60 francs ; les premiers chauffeurs 90 francs ; les simples chauffeurs 65 à 68 francs.

En Grèce, la moyenne des salaires est de 60 francs pour les matelots, de 80 francs pour les chauffeurs. Les armateurs suédois paient leurs hommes 60 à 65 francs (matelots) et 75 francs (chauffeurs).

Enfin, à la Navigazione Generale Italiana, les soldes suivantes sont allouées : Maîtres d’équipages 90 et 85 francs ; matelots 65 francs ; premier chauffeurs 100 francs ; chauffeurs 92 et 82 francs ; soutiers 60 francs.

En résumé, la moyenne des salaires étrangers, calculée d’après les tarifs de dix-huit compagnies, et en ne faisant état dans cette évaluation que des tarifs « européens » à l'exclusion des gains des indigènes, est la suivante (1) :

Maitres d'équipage : 123 francs (Tarif du Havre : 132 fr. bo) (Tarif de Marseille : 100 fr.).

Matelots : 58 francs (Tarif du Havre : 80 fr.) (Tarif de Marseille : 83 fr.).

Premiers chauffeurs : 136 francs (Tarif du Havre : 132 fr. 50). (Tarif de Marseille : 110 fr.).

Chauffeurs : 103 francs (Tarif du Havre : 110 fr.) (Tarif de Marseille : 100 fr.).

La comparaison de cette moyenne — au long cours — avec la moyenne française égalementau long

Page 1