Compte-rendu de l’Assemblée Générale. Imprimerie
J. Mersch. Paris, 1906.
anglais, disait encore M. André Lebon, se composent en majorité d’indiens qui ne sont pas payés au tarif des Européens: il y a un petit nombre d'Européens pour employer un grand nombre de « natives », comme on dit en Angleterre, indigènes de l’Inde anglaise pour la plupart. Chez nous, au contraire, la loi oblige à avoir les trois quarts, — l’on peut dire la totalité, sauf dans les chaufferies, — de nos équipages composés de Français ; non seulement les salaires s’en ressentent, mais aussi la dépense de nourriture. Les équipages européens coûtent à nourrir à peu près 2 fr. 50 par jour et par tête, tandis que les équipages composés de natives ne coûtent que o fr. 50 environ. Cela constitue une lourde charge pour des navires qui ont deux cents à trois cents hommes à bord. » Si l’on compare les charges qui résultent de ce fait pour la Compagnie des Messageries Maritimes et pour la Compagnie qui lui correspond presque entièrement en Angleterre, la Penisular and Oriental C, on remarque une différence de 12 à 1.500.000 francs en faveur de la Compagnie anglaise,
L'élément rémunérateur de la marine marchande, le fret, ne procure pas à nos armateurs de bénéfices suffisants. Nos produits sont en grande partie des produits riches qui forment des compléments de chargement plutôt que des chargements complets ; nos industries produisent relativement peu de marchandises que leur poids et leur volume soumettent à un tarifélevé. Nous manquons de « frets de sortie » si abondants chez nos voisins plus favorisés. Pratique-
TE
Ro ment, il est vrai, les armateurs qui savent s'assurer une bonne clientèle, les Compagnies qui ont de bons agents, en réalisent d'assez beaux ; néanmoins, une amélioration sensible pourrait encore être apportée à l’état de choses existant. Plutôt que de suivre à l'égard de nos ports (beaucoup trop nombreux) la politique d’éparpillement inaugurée par le plan Freycinet à l’égard des travaux publics ; plutôt que
de créer, comme on l’a généreusement fait, des ports
artificiels à hinterland industriel et commercial presque nul, en détournant le trafic de ses voies naturelles, il fallait concentrer, sur un petit nombre de ports bien choisis, les capitaux gaspillés, et surtout, mettre ces ports en communication avec l’intérieur du pays par un vaste réseau de canaux et de rivières rendues navigables. Ici éclate notre lamentable infériorité que M. Cauwès constatait en ces termes, dès 1882 (1) : «Les voies navigables antérieures au xix° siècle ont été aménagées pour répondre surtout à des besoins régionaux, puis, lorsque, plus près de nous, on a compris que rivières et canaux devaient être l’un des principaux instruments de l’outillage national, avant qu’on ait eu le temps de continuer ou dereprendre l’œuvre antérieure, l’apparition des chemins de fer est venue détourner l’attention et la préférence des pouvoirs publics. » Les chemins de fer ont accaparé le trafic en ruinant les canaux, ils ont même parfois racheté ceux qui leur