LE REPOS DU SOIR
Quand le soleil se couche horizontal, De longs rayons noyant la plaine immense, Comme un blé mûr, le ciel occidental De pourpre vive et d'or pur se nuance ; L'ombre est plus grande, et la clarté s'éteint Sur le versant des pentes opposées ; Enfin, le ciel par degrés, se déteint, Le jour s'eflFace en des brumes rosées.
Dans le sillon, la charrue au repos Attend l'aurore et la terre mouillée ; Bergers, comptez et parquez les troupeaux^ L'oiseau s'endort dans l'épaisse feuillée. Gaules en main, bergères aux doux yeux, A l'eau des gués mènent leurs bêtes boire ; Les laboureurs vont délier les bœufs, Et les chevaux soufflent dans la mangeoire.
Tous les foyers s'éteignent lentement ; Dans le lointain, une usine qui fume Pousse de terre un sourd mugissement ; Les lourds marteaux expirent sur l'enclume. Ah ! détournons nos âmes du vain bruit, Et nos regards du faux éclat des villes : Endormons-nous sous l'aile de la nuit Qui mène en rond ses étoiles tranquilles
Reposons-nous !
Le repos est si doux :
Que la peine sommeille Jusqu'à l'aube vermeille !
Triste aussi, triste comme un brouillard d'argent est Joséphin Soulary. Il a, dès le printemps de sa vie, la douceur inclinée de ces arbres qui mirent leur feuillages à l'automne dans l'eau des rivières bien étamées. Tout de lui plait à qui veut rêver et cette poésie, cachée sous un voile gris, s'agite devant nos regards en faisant perler à nos cils une larme qui est douce.
Voici deux des poëmes où Joséphin Soulary a le mieux versé sa tristesse dans la tiédeur de nos cœurs.