‹ Les Conférences de M. Jean de BonnefonChapitre 5 sur 23 · ENVOI · texte numérisé non relu

ENVOI

Pitié ! Vers toi, de justice affamées, Pour conquérir la paix et la vigueur, S'élèveront nos âmes ranimées.

Reine aux doux yeux des foules opprimées, Je t'ai choisie, et voulue, et nommée L'unique autel où suspendre mon cœur.

Voici que vient, dans la lumièie de l'Europe vieillie, un jeune coureur, érigeant sur sa tête le rameau d'olivier. Il apporte cette nouvelle prodigieuse : par la grâce d'un frêle esquif confié aux ondes aériennes, la guerre est vaincue. Elle ne peut plus donner, ni victoire, ni défaite. Elle est épuisée de sang, de siècles, de poussières, de gloire, de tout ce qui la fit belle aux yeux des hommes.

Le poète antique, le chantre immortel des héros, avait prévu le final succès de la paix, quand il avait mêlé, aux couleurs du

triomphe, la peintuie des deuils qui enténèbrent les jours de sang les plus beaux.

Demain, les conquérants de l'air franchiront le promontoire sacré où les Grecs triomphèrent, où Xercès pleura son armée perdue. Là et partout, le passage de la nef ne réveillera pas les héros mor*s dans la haine de la bataille. Il saluera les antiques amies de la paix : la vieille Atossa, dont les gémissements répondent aux plaintes des vieillards d'Ecbatane ; la veuve de Priam, qui ne voulut pas être consolée, et toutes les mères douloureuses de l'histoire belliqueuse. Et les peuples salueront les conquérants de l'air, parce que leur silencieux passage fait taire les cantiques de victoire et les hymnes de carnage.

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