CHAPITRE VII
A[ clierclié dans lo chapitro pivcôflent à vous
jfloiinor iino idée du caraclèro de ^^. Bernardet ,
et de la direction qu'il imprimait à nos éludes.
HVous le connaîtrez entièrement, quand vous sau-
'^â ^'^^' ^\^^ ^^^^^ ^^^^^ ^^ passion pour les méthodes nouvelles, pour les innovations, que tout inventeur, ou soi-disant inventeiu' était à peu près sûr d'être bien accueilli par lui. Tl ne se passait pas de mois ffu'il ne nous fit expérimenter un nouveau procédé, poiii renseignement du calcul, de la géographie , de l'histoire et même pour l'élude des langues. Son cahinet élait un muséum de lahleaux synop(if(ues de toutes les sciences; les l)i/.aii'(M'i('s cl les extravagances de tous les charlatans, soi-disani inveiileurs de méthodes, s'y donnaient rendez-vous. Anjinndliiii c'étail une nniémolechnie nouvelle, demain un pidinpl compteur propre à résoudre en un inslani, les calculs les
plus difficiles; une autre fois des tables calligi'apliir(ues, des tablettes transparentes, des planches-guides pour la calligraphie ; Jacotot, Pestalozzi, l'abbé Gaultier, Lé^y Alvarès, Lamé Fleury, Belèze, Noël etChapsal, Lhomond, Bonnaire, Sadler, Siret, OsullivanetYillemeureux, jouaient constamment chez nous au roi détrôné; c'était une confusion, un chaos, à ne pas s'y reconnaître; à peine commencions-nous à comprendre une méthode, que nous passions à une anh*e; à peine étions-nous familiarisés avec un auteur qu'il fallait en aborder un autre; le résultat de toutes ces fluctuations était de communiquer à notre esprit une mobilité extrême; nous devenions promptement incapables d'une application sérieuse et suivie ; aussi nous ne faisions aucun progrès et nous étions généralement fort ignorants ; mais M. Bernardet passait pour un homme éminemment progressif; c'était l'homme du mouvement, un maître exclusivement occupé de sa profession, et dont l'intelligence s'ingéniait sans cesse à trouver les moyens d'abréger les études de ses élèves, en les leur rendant aussi faciles que possible. Ce défimt de stabilité, si grave en matière d'éducation, tournait encoi'o à son avantage; c'était, je vous le répète, un homme éminemment habile.
On ne voyait pas, ou plutôt on ne voulait pas voir, que ces changements successifs obligeaient les élèves à changer fréquemment de livres, d'auteurs, de modèles, et comme M. Bernardet fournissait lui-même tout ce ((ui était nécessaire aux élèves, il s'ensuivait pour lui un accroisscnicnl sensible de bénéfices. .l'ai retrouvé, depuis. (jUL'l(|ues notes acquittées par M. ncinardcl : clwKine trimestre, le priv
LES COiNFESSIONS D'UN ÉCOLIER. 201
convenu se Irouvnil presque doiil)lé par les détails de frais généraux, de fournitures de livres, de dégâts particuliers ; les études mêmes qui font partie naturelle et intégrante de toute éducation, à notre époque, s'y trouvaient payées à part : tant pour l'anglais, tant pour le dessin, tant pour la gymnastique, tant pour la musique même vocale; or, comme il y a toujours rivalité d'amour-propre entre les élèves d'une pension, et que nous appartenions tous à des familles riches, nous suivions tous les mêmes études : nouvelle augmentation de bénétices. La table était toujours l)onne et choisie , il n'eût pas été possible de faire autrement ; mais les portions étaient plus que modestes ; sous prétexte de nous habituer à l'activité, on nous comptait les minutes que nous passions à table : vingt minutes poui* le déjeuner, vingt-cinq minutes pour le dîner; malheur aux lambins, aux retardataires, à ceux dont l'appétit n'était pas encore satisfait; il fallait mettre les morceaux doubles, ou se retirer de table ayant encore faim : à la minute rigoureusement, le signal donné, nous devions plier notre serviette, dire les grâces et sortir de table sans emporter de pain et sans en laisser.
(](!lle dernière clause était une mesure préventive, juste et ))rudente en elle-même; les ciirunls onl en général, comme on dit « plus grands yeux ({ue grand ventre, » il leur semble ({ue leur faim ne peut être apaisée , et connue souvent ils se trompent, il arrive que le pain qu'ils ont em- ])orté à la récréation, est bientôt jeté dans un coin du jardin. Or, c'est, selon moi, une faute grave de perdre ainsi le pain; et pour s'en convaincre, il siiflil desongei' un nionienl
aux peines sans nombre que donne le plus petit morceau rie pain et de se rappeler combien de pauvres gens en manquent chaque jour.
A ce propos, je me rappelle une bonne.leçon donnée à l'un de mes camarades, par M. Bernardet ; car au milieu de ses défauts, on ne pouvait lui refuser de grandes qualités; parmi celles-ci, je signalerai l'amour de la propreté, et l'économie, ce mot étant pris dans sa véritable acception, c'est-à-dire en bonne part.
Maurice Lam])ert était le fils unique du célèbre peintre de ce nom, dont vous avez sans doute entendu parler, ou dont vous entendrez vanter le magnifique talent.
Jules Lambert, ce peintre célèbre, était tout bonnement le fils d'un pauvre menuisier ; il avait eu une jeunesse extrêmement pénible, et n'avait dû son élévation qu'à sa persévérance infatigable unie à son génie; souvent, il avait enduré les plus cruelles prixations, et la misère lui otait connue ; la misère, c'est-à-dire, la faim qu'on ne peut apaiser, la fatigue rpii ])rise le corps et l'àme, le froid qui les glace, le sommeil contre lequel il faut lutter douloureusement durant de longues veilles! Après vingt-cinq ans de combats et d'efforts, parvenu à la fortune et à la gloire, il n'avait ]ioint oublié ses commencements, et loin de rougir de sa pauvreté première et de son origine, il s'en glorifijiit. il se montrait heureux et fier ajuste titre de pouvoir se dire le fth de ses œuvres.
Il recommandait à son fils le respect de la pauvreté. lamour du travail ; mais madame Lambert paralysait les enseignements de san mari : fille d'nii riche roininere.iiil .
elle n'avait jamais connu la vie que sous les aspects les plus souriants ; elle aimait les plaisirs et les fêtes , les loilettes coûteuses, les repas splendides, les appartements somptueux; élevée en enfant gâtée par un père idolâtre de sa fdle, elle donnait à son fils, par ses discours et surtout par ses exemples, un esprit léger, superficiel, un caractère sans force et sans grandeur. Maurice ainsi élevé ne devait être bon, tout au plus , qu'à faire une de ces poupées de salon dont on s'amuse un instant pour les prendre ensuite en pitié, êtres inutiles sur la grande scène du monde, qui en sont les comparses , ou plutôt qui n'en font partie que comme décorations.
Maurice avait tous les défauts et toutes les bonnes qualités des enfants de familles riches, si l'on peut donner le titre de bonnes qualités à des avantages purement extérieurs , qui ne prennent pas leur origine dans le cœur et qui par conséquent restent toujours stériles. Il était agréable de manières et de langage, d'une tenue excellente , doux de formes; il était toujours de l'avis de tout le monde, jamais il ne contredisait personne, et pourvu que cela ne le dérangeât pas de sa tranquillité inaltérable, on pouvait dire ou faire autour de lui tout ce que l'on voulait sans même (|u"il y prît garde ; du reste, insouciant , insensildc, iiigral. indifférent, hautain dans le fond sinon dans la forme, et souverainement dédaigneux. Le vernis du monde dont on l'avait couvert dès ses plus jeunes ans, l'avait glacé au dedans comme au dehors ; tout ce qui n'était pas lui ou ne se rapportait pas à sa personne lui était indifférent : c'était l'égoïsme ])ersonnifié , mais déguisé sous des formes cou-
venables ; il ressemblait à ces arbres dont la sève n'a nnurri que Fécorce : le feuillage en est brillant, mais ils ne donnent que peu de fleurs et jamais de fruits; ils portent la mort en eux.
Incapable d'aucune atfection , il se laissait aimer avec une certaine grâce, tant qu'il y trouvait son intérêt ou son plaisir ; quand l'un ou l'autre était pleinement satisfait, il vous quittait sans émotion, sans regret, absolument comme on jette un fruit dont on a exprimé le suc. Toutes les émotions glissaient sur lui , comme l'eau sur une toile cirée , sans y laisser aucune trace.
Ainsi qu'il arrive souvent à ces natures incomplètes où manque le feu sacré , Maurice avait été magnifiquement doué au physique par la nature ; bien fait de sa personne, d'une taille élancée, sa démarche et tous ses mouvements avaient une grâce naturelle qui attirait; sa voix était suave, ses yeux I)leus avaient une douceur ravissante , ils semblaient promettre une àme expansive et tendre : rien n'était plus trompeur; enfin, en ajoutant à cette esquisse des cheveux blond cendré encadrant un galbe d'une pureté parfaite, un teint blanc et rose sans fadeur , on aura une idée de ce qu'était Maurice au moral comme au physique ; on verra en lui un de ces êtres charmants , mais sans valeur réelle, et qui cependant s'aiment eux-mêmes avec tant de bonne foi qu'ils séduisent tout ce qui les approche, et qui se font aimer jusqu'au moment où l'on jH^ut eidin les aj)pi'écier.
Je me suis étendu sur le portrait de Maurice, parce quil fut ma première amitié sérieuse el (|ue celle aniilie me
LKS CONFESSIONS D'UN ÉCOLIEK. 205
causa les ))i'emiers chagrins réels que j'aie ressentis : tout à riieure, je dirai comment; je reviens à la leçon <|ue lui donna M. Bernardet.
Un jour, pour une faute qui en valait sans doute la peine, M. Lambert jugea convenable de condamner son fils à ne manger que du pain sec à son dîner.
Madame Lambert jeta sans doute les hauts cris, on ne me l'a pas dit, mais je l'ai connue assez pour le présumer sans médisance. Mais M. Lambert s'était prononcé, et il ne revenait jamais sur ses décisions ; sa femme dut comprimer enlhi ses douleurs, et Maurice reçut son pain sec.
Il le prit sans donner le moindre signe de colère , de repentir ou d'humiliation , tant c'était une àme impénétrable; et, pendant tout le dîner, il fit semblant de le manger, tandis qu'en réalité, il y toucha à peine. Après dîner, M. Lambert se retira au salon, suivant son habitude , et se mit cà la croisée ; Maurice ne l'y vit [)as , sans doute , car , ouvrant la fenêtre de la salle à manger, il jeta son pain dans la rue.
Le père rentra aussitôt, et s'adressant à son fds, lui demanda sévèrement s'il avait mangé son pain ; Maurice ne répondit pas ; il était trop fier pour s'abaisser jusfju'au mensonge, il crut pouvoir se réfugier dans le silence ; son i)ère n'était pas homme à se contenter d'une pareille fin de nonrecevoir; il réitéra laquestion avec une énergic^rinlonalion qui ne permettait pas d'hésitation :
— Avez-vous mangé votre pain, Maurice?
— Non, mon i)ère.
— Où est-il? ((n'en a\e/.-\(ius fait?
î>OG LES CONFESSIONS D'UN ECOLIEK.
Nouveau silence.
— Ne m'enteiidez-vous pas, Maurice ; où est le morceau de pain que je vous ai donné?
Nouveau silence.
M. Lambert reprit ainsi avec une sévérité croissante:
— Vous ne voulez pas l'avouer, parce que vous sentez (pie vous avez commis une action coupable, vous roujiissez, de honte , sans doute, et vous avez raison. Ignorez-vous donc que c'est un crime de perdre ainsi la nourriture que Dieu nous donne? Ignorez-vous que ce pain, l'oulé peut-être maintenant sous les pieds des chevaux, broyé par les roues des voitures, perdu par l'eau, la fange du ruisseau, eût \m faire la joie d'une pauvre famille, sauver la vie peut-être à Tun de ces infortunés qui, à celte heure, soutirent l'agonie de la'faim? Vous ne savez pas ce que c'est que la faim, vous Maurice, enfant privilégié, que le ciel a comblé de toutes ses faveurs, et qui les profanez, ces faveurs précieuses, en vous en rendant indigne. Mais je sais, moi, ce que c'est que d'avoir passé plusieurs jours sans presque rien manger, deux jours sans avoir mis un morceau de pain sous ma dent !.'.
— Vous, mon père? dit Maurice, beaucoui) plus surpris (pie touché.
— Oui, moi, reprit M. Lambert, qui se méprit sur le sentiment (jui avait arraché à Maurice sa (piestion, oui moi ; je vous lai dit cent fois, Maurice, et je ne saurais trop vous le répéter^ je ne suis que le lils dun pauvre ouvrier...
A ces motSj qui sonnaient mal à ses oreilles, Maurice ne put s'empêcher de faire une légère grimace en l'ougissant.
LES CONFESSIONS D LN ÉCOLIEH. iiOT
— Ah! \ous rougissez de votre origine, petit orgueilleux, reprit M. Laml^ert avec indignation ; vous rougissez de votre grand'père, l'ouvrier menuisier! Eh bien, moi, monsieur, je rougis de vous ! et je vous le déclare, si je vous vois persister dans votre orgueil, dans votre insupportable égoisnie, je vous mettrai en apprentissage chez un menuisier, ainsi que j'y fus moi-même ; je mettrai entre vos mains la varlope et le rabot, pour vous apprendre à mépriser vos parents; et nous verrons, si vous saurez, dans cette humble profession, vous acquérir l'estime et la considération que s'y est acquise votre grand'père, ou si vous saurez, comme votre père, en sortir par des efforts surhumains de courage et d'intelligence, au risque de compromettre cent fois votre vie pai" des travaux et des privations excessives. Oui , monsieur, moi votre père, j'ai souvent manqué de pain dans mes luttes laborieuses avec la misère et l'obscurité, et si j'ai enlin acquis quelque gloire et quelque renommée, c'est en sacliant, dans mille occasions, me contenter d'un pauvre morceau de pain comme celui que vous venez de jeter si dédaigneusement, quand j'aurais pu me procurer un bon diner ; mais, avec le prix de ce bon dîner, j'achetais des livres, des toiles, des pinceaux, des couleurs, je me procurais de bonë modèles ; c'est par cette modestie, cette tempérance, cette sobriété excessive que Ton parvient à être quebiuc chose. Afin que vous ap])renicz le prix d'un nior^ ceau de pain, demain nous n'aiirc/ pas aulrc chose à Notre déjeuner.
Madame Landjert eût sans doute éludé la condannuition en donnant secrètement à déjeuner le leiulemain à son
tils ; le père tint la iiiaiu a ce que la punition rerùt son exécution.
Maurice n'était pas vaincu ; quoiqu'il n'eût rien pris depuis la veille, il ne toucha pas à son pain et l'emporta en sortant de table ; le père le suivit en secret, curieux de voir jusqu'où pouvait aller l'entêtement de son fds ; en tournant la rue, il le vit jeter son pain à un chien.
Indigné de cette persévérance dans le mal, M. Lambert vint trouver notre maître et lui lit part du chagrin ({uc lui causait son fils.
— C'est bien, lui répondit M. Bernardet, je vais rélléchir à la conduite que je dois tenir avec cet enfant, dans cette occasion, et quand j'en aurai adopté une, je vous en ferai part, en vous priant de vous y conformer dans votre intérieur.
A déjeuner Maurice fut servi comme les autres, à cette ex.cei>tion qu'il n'eut pas de pain ; quand il en lit lobservation à la fille de service, il lui fut simplement répondu que tel était l'ordre de M. Bernardet. Maurice comprit doù venait le couj) ; il rougit légèrement, car nous comprenions la cause de l'ordre étrange de M. Bernardet , nous nous regardions entre nous et nous examinions curieusement notre camarade; il sourit sans, vouloir répondre à celte interrogation et mangea ses viandes, ses légumes et son dessert sans pain, plaisantant de cette nouvelle mode importée sans doute du juiys des beefsteaks et des roastbcefs, il disait qu'on Nouiait sans doute faire de lui un boxeur de première force en le souniellaiit ;i ce légiine aiiimid.
yjt.''i»^^
i jtiri.eoi iii.iwï.i(,;,;^d.iC.u'S.
Il le viL jeter son pam a un chien
Nous limes de ses plaisanteries et nous cessâmes de nous occuper ce jour-là de ce petit incident. .
Mais le soir chez lui, au diner, (c'est lui-même qui m'a raconté cette histoire), il fut encore privé de pain, sans que sou père, du reste, lui reparlât le moins du monde de ce quis'était passé la veille.
Maurice accepta cotte fois son diner sans pain, sans faire d'observation ; il pressentait trop bien ce qui lui eût clé répondu pour risquer un mot sur ce sujet.
« Mon père, me disait-il, croit me punir beaucoiqi en me privant de pain à tous mes repas? comme si c'était déjà une si bonne chose que le pain! Je m'accommode fort bien de ce régime, et si mon père attend que je lui demande grâce, il attendra longtemps ! »
On voit que M. Maurice était une mauvaise petite tète et que son père avait raison de le Icnir de près en bride.
Six jours se passèrent ainsi, }»endant lesquels soit chez lui, soit à l'inslitution, Maurice ne lit ({ue des repas sans pain : il continuait à i»laisanfor de la punition qui hii avait été inlligée.
Mais le septième jour les clutscs changèrent ; il Jir mangea pres(j[ue plus à la jiension, et il m'avoua conlidentiellement qu'il ne uiangcail guère plus clic/, lui; sou a|i|i«'tit avait cessé comme par cucliaulruu'ut. rieu ne rcxcilail et, disait-il , le cœur lui souIcMiil rieu (piCii regai'daut la viande sur son assiette.
Le huitième jour, il ne mangea (pie <les hiiils, et le neuvième JOUI' euliu. vaincu parce ivgime, il èpi'ouvail un tel
210 LES CONFESSlOxNS D'UN ÉCULIEK.
dégoût de tous les mets qu'il n'\ pomait iiiouie [dus touchei". ni à peine les voir.
Il eût bien \oulu ne pas s'humilier jusqu'à demander grâce, mais son père ne paraissait pas dispose à céder sans cela; Maurice avait de l'esprit, il comprit que, plus tôt ou plus tard, il faudrait toujours plier et qu'il y aurait sottise à lui de se laisser souffrir pour arriver au même résultat; il pria son père de bonne grâce de lui pardonner et de lui rendre le pain.
Il était sûr de voir sa démarche accueillie, mais il ne s'attendait pas à ce qui allait lui arriver.
M. Lambert déclara à son lils qu'il se trouvait désarmé par l'aveu de sa faute, mais non au point de ne la lui pas faire expier entièrement ; en conséquence, Maurice ne mangerait que du pain à tous ses repas pendant autant de jours qu'il en avait passé sans pain.
Maurice d'abord trouva cette punition beaucoup plus sévère, beaucoup plus dure surtout que la première : «Comment pourrai-je vivre pendant huit jours en ne mangeant que du pain? » disait-il en se plaignant : « Mon père veut donc me faire mourir?»
Cependant au déjeuner, il mangea son pain avec le plus grand plaisir et il m'avouait à la récréation (|ue jamais jambon de Bayonne, poulet ou perdreau Iruilé ne lui a\ait paru aussi savoureux. Les joins suivants, il le mangea encore avec plaisir et finit le neuvième sans avoir éprouvé les fatigues d'estomac et les dégoûts qu'il avait ressentis à l'approche seule des autres mets. <puuid il était privé de pain.
LES CONFESSIOxNS DTiN ECOLIER. 211
« Eh bien ! lui dit son père, à la fin du neuvième jour, que dis-tu de tes deux neuvaines?
— La première était, en réalité, la plus pénible, papa.
— Tu ne mépriseras donc plus le pain ?
— Non vraiment, je t'assure ; le pain est la nouri-iture par excellence de l'homme, le plus signalé bienfait de Dieu. On pom'rait ne vivre que de pain et se bien porter* mais ([uelle que lut la nourriture que l'on prît, on ne saurait se passer de pain.
— Très-bien, mon enfant, te voilà comme je te voulais; actuellement, tu tireras encore un autre profit de cette expérience ; tu saui'as désormais qu'on ne se révolte pas con tre l'autorité paternelle: c'est un crime et une folie; un crime, car cette autorité dérive immédiatement de celle de Dieu, et c'est la plus sainte ici-bas ; une folie, car la résislance d'un enfant est chose impossible; tôt ou tard, de "ré ou de force, il faut qu'il se courbe sous l'autorité paternelle. En l'acceptant comme un joug aimé, il f;u( [)reuve d'un bon esi)rit et d'un bon cœur; et il est heureux, parce qu'il rend sa famille heureuse; en ne raccc))lant (jue de force, il témoigne un mauvais cœur et un mauvais esprit; et il s'attire mille chagrins, car ceux ({u'il cause à ses parents retombent directement sur lui. Or, lu n'es pas un sot, Maurice, lu n'es [las non |tlus, le ciel en sciil loué! un mauvais enl'anl, l'orgueil seul l'a [tcidn. DoivnaA.nil In sauras (pie l'orgueilestun mauvais conseiller, lu ne l'écouleias plus; lu sauras aussi ([u'il n'y a pas plus de honte à s'avouer coupable d'une faute devant son père ({u'à s'aNouer coupable devant Dieu; c'est en déleslant ses fautes, en les confessanl
avec humilité qu'on se les fait paidoniier : maiiilouaiil, eml)rasse-moi, des ce moment, j'oublie Ion eireui- et je te la i)aidonne ; tâche par ta conduite, à l'avenir, de ne jamais m'en faire souvenir. »
Maurice me rendit scrupuleusement compte de tous ces détails, et plus tard en me rappelant en quels termes il m'en entretenait, j'ai i)uen conclure (juil n'avait point été ému; son cœur était resté impassible; mais son esprit avait été frappé ; il ne comprit, en tout ceci, qu'une seule chose : l'inutilité et le danger de la résistance ; dans l'intérêt de sa tranquillité, il se promit désormais de ne jamais braver l'autotorilé paternelle; quant à déplorer sa faute en elle-même, il n'y songea même pas. Pour que Maurice me fît de pareilles confidences, il fallait que j'eusse singulièrement conquis son amitié; nous étions fort intimes, alors, en eifet, et ce temps où je crus avoir un ami, fut le plus beau de mon enfance.
J'avais parlé si souvent de Maurice à ma mère, que celle-ci se détermina enfin à [)rier M. Lambert de pcrmeltie à son lits de venir quel((nefois dîner chez moi; après inl'ormations sufiisantes, M. Land)ert y avait consenti; naturellement, il m'avait invité à mon tour, et s'était etVorcé de me rendre les politesses qu'on avait faites à suneid'ant. De là, quelques visites réciproques des deux familles; M. Ljunbeit possédait cette supériorité attrayante et douce des hommes de génie ; partout (»îi il se présentait, il s'attirait la conliancc et les sympathies en même tenq)s que l'admiration ; c'est que M. Lambert était véritablement un honnne supérieui": il se rendait à lui-même la justice cpii lui était due, et ne pouvant douter de son grand talent, iU»ubliail aisément sa
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côlélirité auprès des autres; modeste , f[uand il parlai! de lui-même, ce qu'il évitait le plus possible, il était plein de prévenances, d'abandon, de complaisance pour les autres, se mettait sans pédanterie à leur hauteur, et s'efforçait de mettre en relief et de faire valoir leur mérite : quant à sa fortune , il ne l'appréciait que parce qu'elle était le produit de son travail et de son talent ; il n'attachait aucun prix à la fortune en elle-même.
Nos familles se convinrent mutuellement et lièrent entre elles de fréquentes relations.
(]ette circonstance devait accroître naturellement mon affection naissante pour Maurice et elle l'accrut. Je ne pouvais plus me passer de lui, il semblait ne pouvoir vivre sans moi. Nous passions l'un chez l'autre presque tous nos jours de congé ; nous avions obtenu de M. Lambert d'être placés l'un à côté de l'autre en classe, en étude , au réfectoire , en récréation ; nous n'aurions pas accepté une partie l'un sans Tautre ; s'il m'arrivaitun petit bonheur, vite j'en faisais con- (idence à mon ami ; s'il m'arrivait une contrariété, je la lui confiais aussi; recevais-je quelques friandises, une boîte de lionboiis ou de fruits confits, il y en avait ;ni moins la moitié p(>ur Maui'ice ; tous mes jouets, m<'s ballons, mes cerceaux, mes tou[)ies, mes livres de lectui'e, tout ce ipu' j"av;iis élail à lui aulanl cl plus peut-être (pi'à moi ; il semblait agir de même à mon égard; mais moins exclusif (pie moi dans son amitié, il mangeait fort bien ses frijiudises sans les partager avec moi, à moins que je ne hisse sous ses yeux; il jouait avec tousses camarades, sanssinipiieler (pie je fusse on non de la partie; il souriait à Ions, riait avec
211 LES CONFESSIONS DUN ÉGOFJEr;.
Ions, s'amusait avec tous aussi bien qu'avec moi ; il ne me témoignait de préférence marquée que par ses confidences; discret avec tous et impénétrable, il n'avait réellement pas de secrets pour moi.
Cette préférence me tlattait singulièrement, et à cause d'elle je lui pardonnais ses infidélités, quoiqu'au fond elles me blessassent. En effet, celui qui donne toute son affection à un ami, n'a-t-il pas le droit bien acquis de vouloir aussi toute l'affection de son ami?... Mais, je vous Tai dit, je crois déjà, Maurice était une de ces natures banales, égoïstes, avortées et froides auxquelles Prométhée eût vainement essayé de communiquer le feu du ciel.
Cependant il se laissait aimer de honne grâce, m 'avouant naïvement et en riant, que je Faimais plus qu'il ne méritait et qu'il ne saurait en faire autant pour personne ; si on lui reprochait son indifférence, sa facilité à accepter de tout le monde, à se lier avec le premier venu, si je me plaignais qu'il ne m'aimait pas, il me répondait avec le plus beau sang-froid: «Ecoute donc, je t'aime comme je puis; ce n'est pas ma faute si je suis incapable d'aimer davantage; je te donne tout ce dont je puis disposer en matière d'affection, et tu ne peux m'en vouloir si je suis pauvre de ce côlé ; tu me reproches de ne pas t'aimer assez, moi je te reprocherais bien volontiers de m'aimertrop; c'est vrai cela, tu semblés vouloir me confisquer pour toi seul; tu veux que je renonce à tous mes camarades, ([iic je Ks ri» ligne pour ne vivre qu'auprès de toi ; tu es l)ien gentil, certainement, mais moi je m'ennuierais si je n'avais (\\w ta société; j'aime les parties nombreuses. »
Je me dépitais , je me fâchais, je me reprochais à moimême mon amitié pour un ingrat , je me promettais de faire comme lui, de devenir indifférent à son égard; je me retirais de tous les jeux, et triste, souffrant, je le houdais pendant quelques heures ; lui ne paraissait seulement pas s'en apercevoir, il jouait, riait, courait d'aussi hon cœur que s'il ne se fût rien passé entre nous. Cette tranquillité, cette froideur me houleversaient, j'en ai quelquefois pleuré de chagrin; mais avant la tin de la journée, je revenais vers lui, et le cœur ému, je lui tendais la main en lui disant d'une voix tremhlante :
«Maurice, est-ce que nous ne sommes plus amis?
— Pourquoi cela? me répondait-il en riant , je ne sais pas si tu as cessé d'être mon ami; mais moi, je n'ai pas cessé d'être le tien.
-^ Oui, à ta manière, répliquais-je avec un sourire contraint.
— Ma manière est la bonne.
— Elle n'est pas difficile du moins et ne te donne pas de mal.
— Ne vcu\-tu pas que ton amitié soit un fardeau pour moi?
— Non certainement, je voudrais qu'elle t'occUpàt assez pour que tu n'eusses pas besoin de t'occuperdes autres.
— Mais je ne m'en occupe pas; ce sont eux qui s'occul>('iit de moi : veux-tu pour te plaire que je me fiiche avec lous mes camarades? singulière manière de traiter un ami, (pu; de vouloir le brouiller avec le genre humain! »
Il plaisanlait toujours ainsi, exagérani volonlairenienl
2U} LES CONFESSIONS D'UN ÉCOLIKli.
mes sentiments et mes prétentions, afin de les rendre ridicules ou absin'des ; décidément, ce garçon-là n'était pasfail pour éprouver aucun sentiment sérieux, il n'était capable d'aucun dé\oueiuent : or, l'amitié vraie n'est qu'un dévouement réciproque de deux hommes l'un pour l'autre, autrement ce n'est plus qu'un mot.
J'éprouvai bientôt combien je devais peu compter sur le dévouement de Maurice.
L'usage des pensums, cette absurde punition, qui tue bêtement le temps, sans agir sur l'élève à son profit d'aucune manière, l'usage des pensums était en honneur à l'institution Bernardet : on était condamné à 50 vers, à 1 00, à 200, quelquefois, l'abus allait jusqu'à 500 vers, pour une faute souvent légère contre la discipline.
Mais comme tout se faisait pour la forme seulement dans cette maison, MM. les professeurs ne prenaient pas la peine de lire les vers qu'on leur présentait et il est vrai de dire qu'ils eussent été condamnés à une terrible corvée, en le faisant.
La plupart du temps les pensums étaient horriltlement griffonnés, illisibles et dégoûtants; mais qu'importe? on comptait à peu près le nombre de vers et tout était dit.
D'abord les élèves avaient copié des vers de douze syllabes, et j'ai vu des copies remplies de ce seul vers : Ni l'or ni la grandeur ne nons rendent heureux :
Ou bien encore :
A peine nous sortions des i>orles de Trézène.
Et cela se répétait 2 ou 300 fois avec le plus grand succès: temps et papier bien (Muployés, n'est-ce pas?
Bientôt , les élèves trouvèrent qu'il était trop long do copier des vers hexamètres , et puisqu'il ne s'agissait que de vers, il vint en usage de copier ceux-ci de madame Deshoulières , adressés à ses enfants :
Dans ces prés llcuris Qu'arroso la Seino Clierclicz qui vous mono , Mes chères brebis :
J'ai fait pour vous rendre Le destin plus doux, Ce qu'on peut allendrc D'une amitié leudre, Le ciel en courroux Ne m'a laissé rien, Iloulellc ni cliieu.
C'était joli et pastoral, mais une fois lancés dans la voie du progrès, on ne s'arrête plus : l'un de nous, plus avisé que les autres, s'avisa de découvrir dans une vieille grammaire de Letellier, ces vers charmants (charmants pour nous à cause de leur exiguïté) :
On a vu des connnis
Mis Comme dos princes Qui Jadis sont venus
Nus D<^ l(MH's provinces.
Ces vers eurent la vogue : Iciu* invention fut cilée à l'envi; c'était à qui découvrirait les [)Uis i»eli(s vers. Aiijourd'hui. l'un de nous, loutravi, trouvait :
La ciyalo ayaul clianlé Tout l'été.
21 s LES CONFESSIONS D'UN ÉCOLIER.
un autre , plus heureux encore , découvrit dans La Fonfaine ;
El qu'on sorl-il soiiveiil?
Du veiil.
Cela fit fureur , mais le chef-d'œuvre du genre fui du à Maurice : eu s'amusant à chercher des gravures dans les livres de son père , il eut la fortune de rencontrer dans Victor Hugo [les Djinns) ces vers admirables pour tout le monde, mais sans prix pour nous :
.Mur, villo Et port, Asile De mort ; Mer grise Où brise La brise, Tout dort.
Dans la plaine Naît un bruil, C'est riialcine De la nuit ; Elle brame Comme une Ame Qu'une flamme Toujours suit.
La voix plus haute Semble un prolol, D'un nain qui saule C'est le galop ; Il ri(, s'élance, Puis en radencc Sur un pied danse Au ImmiI d'un Hnt.
Nous n'étions pas de force à comprendre la beauté de ces vers, ni l'adresse merveilleuse du poète qui savait former un sens parfait et conserver le rhythme harmonieux de la poésie en n'employant qu'un mot ou deux à chaque vers; ils furent pourtant à l'unanimité déclarés ravissants et supérieurs à tout ce que nous avions vu jusque-là. Si nous eussions trouvé les mauvaises rapsodies, de deux ou trois lettres seulement , consignées dans le catalogue des curiosités littéraires de Guérard, je ne doute pas qu'elles n'eussent été déclarées surpasser de beaucoup les vers de Hugo. Nous les mesurions à la quantité des lettres employées dans chaque vers, et moins il y en avait, plus les vers étaient admirables et admirés.
Maurice eut un succès de vogue ; il fut déclaré le grandmaître es pensums , et peu s'en fallut qu'on ne lui fîl une ovation .
Ce triomphe excita mon émulation, et je voulais à toute force apporter un nouveau perfectionnement au pensum.
J'en rêvai inutilement pendant plus de quinze jours , etenfin^ voici la merveilleuse idée que je mis au jour :
J'avais remarqué que nos pensums étaient si mal écrits qu'il était vraiment -presque impossible de reconnaître la main qui en avait tracé les caractères. De cette observation naquit en moi la pensée de créer un fonds commun auquel chacun contribuerait pendant la classe et les études mêmes, de fîiçon qu'au moment du besoin il n'y aurait qu'à puiser dans le fonds commun pour éviter toutes les retenues.
Cette pensée fut accueillie avec acclamation , et chacun, déchirant cinij ou six paires de ses cahiers, se mil à les
gribouiller avec une ardeur peu commune; en moins tie liuit jours, nous réunîmes plus de quarante mille vers dans le genre le plus demandé. Je lus naturellement nommé le trésorier des pensums en commun, et mon pupitre s'engorgea d'une masse de sales copies griffonnées des deux cotés. Plus tard , quand j'appris la mythologie , en me rappelant dans quel état était mon pupitre, je ne pus m'empècher de le comparer aux écuries d'Augias.
J'étais très-fier de mon succès : il fut dépassé. Un plus ingénieux reconnut le moyen d'écrire avec deux plumes superposées (les plumes de fer n'étaient pas encore en vogue comme aujourd'hui, et la plume d'oie, par sa flexibilité, se prétait heureusement à cette combinaison). Un autre alla plus loin, et l'on confectionna le pensum avec trois plumes superposées ; on essaya même d'obtenir un résultat plus satisfaisant encore avec quatre plumes, mais on en reconnut promptement l'impossibilité et on y renonça.
Vous croyez peut-être que nous avions louché les colonnes d'Hercule? Nullement. Vn élève de cinquième lit mieux encore.
Ce brave garçon, cet ingénieux écolier (je dois son nom à la postérité la plus reculée), Mavimilien deCasleldignac avait un portier, ce qui n'a rien de bien extraordinaire ; mais ce portier avait un fds, élève de l'école mutuelle ; Uippith te Saucissard était le type vivant du iintlucl , comme s'intitulent ces messieurs. Il adorait le jeu de bouchon, la toupie au cercle, la croix de Saint-André, le petit palet, les loques, et autres distractions qui ont le |)ri\ilége de charmer ceux de la mutuelle.
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Mais Hippolyte Saucissard n'était pas doué d'une adresse exceptionnelle, bien au contraire , d'où il ad\enait que la passion de ce [)auvre Hippolyte était une passion malheureuse, puisqu'il perdait toujours, et persécutée, puisque son père lui frictionnait les reins avec de l'huile de fagot, selon sa noble expression, (juand il le jrrenait sur le fait, et il l'y prenait souvent. Hippolyte Saucissard criait alors comme un chien sur la patte duquel passe une voiture ; on aurait ciii qu'on l'écorchait, ce qui ne l'empêchait pas de recommencer le lendemain.
Ce n'est pas que le père Saucissartl blàmàt en ellesmêmes les innocentes distractions de iM. son fils, il s'en serait fort peu inquiété, si, dans ses jours de détresse, quand il avait perdu ses toupies et ses loques au cercle, ses deniers au bouchon , ce pauvre Hippolyte n'eût pas eu la faiblesse de lever des emprunts forcés sur la bourse de son père, pour nourrir sa passion ; ou en d'auti-es termes de voler des gros sous à son père ; indè irœ : cela se conçoit.
Eh bien, Maximilien de Casteldignac, en vrai Gascon (ju'il était, eut la diaboli(iue i)ensée de spéculer sur la passion de ce pauvre Hippolvte : il lui i»roi)osa de nous faire des pensums à un sou la page; la proposition fut acceptée d'end)lée, comme on peut le croire : luuis nous cotisâmes et au lieu d'un fonds comnnni de pensums, nous limes un fonds commun d'argeni puui'.iclicici' noire papier, et [»our i»a\er noire petit écrivain pui)lic (jui cessa dès lors de voler son [»èie: notre entreprise eut du moins cela de b(tn.
Mais la jalousie et riutérèl ne lardèrenl pas à jeU-r la discorde dans le canq» des (îrecs.
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Ceux qui se faisaient rarement doiiiier des pensuius, prétendirent contribuer plus que i)Ourleur part, proportion gardée, avec ceux qui s'en faisaient accabler abusivement, surtout depuis que nous avions un écrivain de pensums; on n'y regardait plus, et les mauvais élèves puisaient à la masse comme si elle eut été inépuisable.
En vain les plus sages s'efforcèrent de démontrer qu'il était de l'intérêt de tous de maintenir l'intreprise dans un état florissant, faisant observer, qu'après tout, c'était une misérable question de centimes; les amours-propres étaient en jeu, les prétentions irritées; caries enfants ont leurs prétentions tout aussi implacables que celles des grandes personnes : on cessa de se cotiser, et quoique nous eussions un trésor considérable de pensums, on les prodigua si follement que nous vîmes bientôt venir le fond du sac.
Cependant, nous en avions encore au moins pour trois mois sans une circonstance dont ^laurice fut la cause. Circonstance fatale, puisqu'elle me brouilla définitivement avec Maurice.
Pour bien comprendre conmient les choses suivirent cette pente rapide, il faut les reprendre de plus haut; c'est ce que nous ferons dans le chajùlre neuNième deces ^éridi(iues et instructives confessions.