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CHAPITRE IX

("omment l'abus d'une chose en tue l'usage. — Les espiègles rivaux. — l'ourquoi nous avions un certain respect pour nos professeurs. — Haine des écoliers envers les surveillants.— Origine de cette hostilité permanente. —Us sont fort à plaindre. — Tableau d'après nature de leurs petites misères. — Injustice des chefs à leur égard. — Ce sont de véritahles souffre-douleurs. — V'iù d';:hann'tons pour un tard! épisode intéressant. — Maximilien se trouve propriétaire de plusieurs centaines de hannetons. — Une idée d'écolier. — Comment le hasard fait souvent qu'une petite cause produit un grand effet. — Une invasion de hannetons. — Émeute dans la classe. — Les autorités méconnues. — Ce qu'on appelle de bons apùtres. — M. Bernardet intervient. — La punition générale. — Solidarité loyalement reconnue. — La caisse des fonds communs mise à sec. — Nouvelles conventions d'urgence. — Les lauriers populaires de Maximilien troublent le sommeil de Maurice. — Il se promet de le surpasser. — Circonstances mystérieuses de sa conduite. — Tout se réunit pour m'accabler. — Ce que c'était que M. Vantigny. — M. Yantigny peint au physique et au moral. — Ses faiblesses intimes. — Ses goûts méridionaux. — Il se croit bel homme. — Ses qualités, sa patience, sa réserve : sa roideur et son exactitude militaires. — Jl devient le but de tous nos traits. — Son tic particulier très-bizarre. — Comment Maurice avait pris en grippe le pantalon de son maître d'étude. — Ce qu'il advint de cette inimitié. — M. Vantigny collé sur son banc. — Effort violent suivi d'un déchirement cruel. — .Spectacle aussi singulier qu'inattendu. — Modeste et noble révélation qui nous touche profondément. — Méconlenlcment de M. liernardet.

— Une menace sérieuse. — Maurice manque lâchement à nos conventions. — Je passe pour le coupable. — On me dénonce. — Je me défends inutilement. — On m'accuse en outre de mensonge. — Je suis privé d'assister à la fête de ma mère.

— Ma désolation. — M. Vantigny prend mon parti. — Un accès de colère terminé par un mauvais calembour. — La perfidie de Maurice commence. — Il me console en se moquant de moi. — Je prends Maurice en flagrant délit. — Ma générosité envers lui. — Sa froide ironie. — Ses dénégations ell'ronlées. — Je suis victime de ma délicatesse. — Je me détache entièrement de Maurice. — Je prends une énergique résolution. — Mes dernières propo.sitions de paix à Maurice. — Il me nargue encore. — De quelle façon je me venge en ronqiant avec lui. — Le mépris et le dégoût succèdent dans mon co-ur à mon amitié pour Maurice. — Mes chagrins secrets. — Je jure de sortir de l'institution bernardet.

CUAPITUE l.\.

JiNSi que je 1 ai dit dans Je ehapilre ju'écédeiit, de- Jpuis que nous avions un fonds commun de pen- ^sums, la discipline s'était encore relàclicc elles 'étourdis ne s(! gênaient plus, pour ainsi dire. Il y avait rivalité parmi eux à qui inventerait le plus 'de nielles et les meilleures. Parmi les j)lus espiègles, je dois nommer Théodore de Courcy, Achille Ju[)ille, Léon Fromageau, Maxi milieu de Castcldignac et mon ami iMaurice Lambert ; celui-ci surtout montrait une imagination iné- [)uisable et tenait comme à honneur de n'être surpasse par aucun.

Chaque jour voyail éclore de noiiscanx tours dus à l'un de ces bons apôtres.

J'en citerai deux seulement, en engageant mes jeunes lecteurs à ne pas les imilei'.

Quoique nos prol'esseurs songeassent plus à nous amuser

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qu'à nous instruire, nous avions cependant pour eux un certain respect; c'est qu'ils étaient généralement savants, quoiqu'ils se servissent peu de leur science auprès de nous. La science possède quelque chose de si respectable en ellemême, que tous ceux qui en sont revêtus, paraissent, comme ils le sont en effet, supérieurs aux autres hommes ; et, parmi ceux-ci, les plus incapables d'en comprendre la beauté, la sentent instinctivement; c'est ce qui arrive particulièrement aux écoliers. J'ai toujours remarqué que les plus dissipés parmi mes camarades, étaient convenables en présence de leurs professeurs .

Mais les surveillants, les maitres d'étude ! Oh ! le maître d'étude est traditionnellement la bête noire des écoliers ; vous savez de quel nom on les baptise au collège. Nous n'étions pas tout à fait aussi avancés à l'institution Bernardet, toutefois nos maitres délude n'en étaient guère plus respectés : faire enrager le mailre d'étude, c'est pain bénit pour les écoliers !

Ils savent le peu de cas que les chefs font en général de ces pauvres jeunes gens, les parias de renseignement. Us sont comme l'esclave dont parle Ésope ; s'ils font mal, ils sont châtiés ; s'ils font mieux que le maître, ils le sont encore; on les sacrilie sans cesse auxélèvcS) et l'on exige pourtant qu'ils acquièrent sur eux inlluence et autorité : c'est une absurde et manifeste contradiction ; si le chef veut rendre son subordonné respectable, il doit connnencer par donner lui-même , à tout ce qui l'entoure , l'exemple du respect envers ses représentants.

Au lieu de cela, les pauvres maiti'es d'étude sont traités

avec hauteur, avec dédain, confondus, ou peu s'en faut, avec les domestiques, nourris comme les élèves, levés avec eux, couchés avec eux, mal rétri])ués, surchargés d'occupation; comment leur faire un crime, après cela, de leur négligence, de leur apathie? Aussi de jour en jour le choix des maîtres d'étude devient plus difficile ; les chefs d'école en sont réduits à confier leurs élèves à des hommes grossiers, ignorants, sans éducation, abrutis par la pipe et l'eau-devie, sales et mal couverts, gens d'ha])itudes presque crapuleuses et qui font la perte des maisons, celle des élèves et la honte de l'enseignement.

Les chefs de maison les méprisent, non sans raison; mais est-ce là le moyen de remédier au mal? Ne devraient-ils pas se dire que la première faute en est à eux ? S'ils approchaient davantage leurs maîtres d'étude de leur personne , s'ils les rétribuaient mieux, s'ils les surchargeaient moins de besogne, s'ils leur témoignaient plus d'égards, insensiblement ils relèveraient cette profession , si avilie aujourd'hui, ressource dernière de tous ceux qui n'en ont plus; des jeunes gens honorables et pauvres ne craindraient plus de s'y livrer. C'est la plaie de l'instruction publique, et ce n'est pas avec des lois d'une exécution impossible, d'ailleurs, ([u'on y remédiera : c'est à ceux-là seulement qui ont fait le mal qu'il appartient de le guérir.

Nous faisions donc de nos maîtres d'étude une sorte de jouets, bien sûrs (ju'ils ne se plaindraient pas trop amèrement de nous, dans la crainte d'être congédiés. Car telle est la funeste habitude des instituteurs : si la discipline faiblit, «messieurs, leur disent-ils, vous vous négligez, vous

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ne sévissez pas assez ; les élèves demandent à être tenus de près. » Le maître d'étude veut-il sévir, « monsieur, vous vous attirez l'antipathie des élèves, vous les accablez de punitions, ils vous détestent. — Que faire donc? — 11 faut du tact avec la jeunesse ; un maître habile doit les conduire presque par sa seule influence. — Mais pour obtenir de l'iniluence sur ces jeunes esprits, il faudrait a\ant tout que vous m'entourassiez publiquement de votre considération, de votre confiance ; que vous donniez vous-même la mesure des égards et du respect que vous voulez que l'on ait pour moi.»

Mais messieurs les chefs d'institution se gardent bien de faire ce simple raisonnement qui les gênerait en les condamnant, et les pauvres maîtres d'étude restent les parias des maisons d'éducation.

Un jour (jue Mavimilien de Casteldignac se promenait avec son père dans l'allée de la Muette, il rencontra un de ces gamins de Paris qui, les pieds nus, en chemise, couverts à peine d'un mauvais pantalon rapiécé en cent endroits , qui se festonne par le bas, s'en vont un grand sac d'une main et une branche d'arbre de l'autre, criant à tue-tête : « d'zhanntons! d'zhanntons pour un iard ! » ce qui veut dire en bon français : « voilà des hannetons pour un liard ! » Celui-ci avait les joues si creuses, la mine si hâve, lair si souffreteux, que Maximilien en fut ému de compassion, tout gascon qu'il était. Ce qui prouve que les Gascons ne sont pas absolument dépourvus de cœur, ainsi (pie certains anatomistes mahntentionnés en avaient répandu le bruit jusqu'alors.

Ma\i milieu demanda à son père de Ini aclieter le sac plein du pauvre diable : « Hé! qu'en \eux-tu faire? lui dit son père, il y a au moins, là dedans , trois ou quatre cents de ces sales petits insectes !

— Eh ! tant mieux, papa, tant mieux, je les donnerai à mes camarades, demain, à la récréation; ce sera un spectacle bien divertissant que de voir voler tous ces hannetons, et nous nous amuserons un peu !

On sait qu'employé dans ce sens , un peu signifie beaucoup, dans le langage des écoliers.

M. de Casteldignac sourit de l'étrange idée de son fils, et lui donne les 75 centimes nécessaires à l'acquisition des trois cents hannetons.

Le lendemain, Maximilien les apporta donc avec l' intention de nous les distribuer : mais le diable est malin, comme on dit ; ce fut lui sans doute qui arrangea les choses comme elles se passèrent.

Maximilien avait renfermé son sac de hannetons dans son pupitre; or, le sac était mal clos sans doute et le pupitre avait un trou par-dessous ; trou pratiqué danspresqu<! tous nos pupitres ; c'était par là (pie nous glissions les épîtres que nous nous adressions pendant la classe et surtout pendant l'étude; ces trous étaient nos petites postes.

Il faisait un temps magnifique; le soleil du printemps échauffait l'atmosphère; un de ces hannetons, plus Ikiireux que les .nitres ou plus avisé, soilil du sac lioiiva l(^ trou et tond)a à teri'ê ; puis, un instant après, il déploya ses ailes et le voilà décrivant dans la salle ses mille spirales

avec le plus joyeux hourdonnemenl. Le maître nous avertit sévèrement de prendre garde à nous, et menace de punition le propriétaire du hanneton, s"il parvient à le connaître.

L'escapade imprévue du hanneton, nos rires étouffés, la menace même du surveillant que Casteldignac ne pouvait souffrir, lui inspira l'idée la plus bouffonne qui ait jamais passé par la cervelle d'un écolier.

ïl demande à sortir pour un besoin, emporte avec lui son sac et le vide dans la classe partout sur son chemin. Nous le regardions faire du coin de l'œil, jouissant d'avance de ce qui allait arriver et trop heureux de ce bon tour pour attirer sur hii l'attention du maître.

Une minute ne s'était pas écoulée qu'un hanneton s'élève en bourdonnant ; nouvel avertissement du maître ; un second hanneton s'envole, puis deux, puis trois, puis dix, puis vingt, puis cent, puis enfin l'essaim entier : vous imaginez-vous l'explosion de rires que provoqua parmi nous cette invasion de hannetons; leur bourdonnement sonore couvrait la voix du maître au moins autant que nos rires; le pauvre homme, tout rouge de colère, déploie en vain un luxe de menaces inusitées, on no l'entend pas ; ne sachant plus ce qu'il fait, il s'élance, le mouchoir à la main, après les hannetons et le voihà qui leur donne la chasse; mais c'est en vain, plus il en abat, plus il s'en élève, c'est une nouvelle édition de Thydre de Lerne. Voyant son embarras, quelques-uns de nous, plus malicieux encore que les autres, feignent de vouloir l'aider dans son nuivre do destruction : « Attendez, monsieur, attendez ! nous allons vous

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aider ! » s'écrièrent-ils avec une gravité risible ; et les voilà courant à travers la classe, enjambant les bancs, montant sur les tables et n'al)attant pas un seul hanneton, bien entendu, les maladroits !

Leur exemple ne pouvait manquer d'être suivi; Casteldignac lui-même, s'élance après ses hannetons fugitifs en criant plus haut que les autres : « Que c'est bête de faire des farces comme ça! on ne peut pas travailler ici, c'est

emb » (vous savez ce mot consacré). L'exclamation de

Casteldignac et l'action qui la suivait , ajoutait tellement au comique de la situation que les rires redoublent de façon à produire l'effet d'une émeute; nous nous pâmions de rire tout en courant après les hannetons; il ne resta pas un seul élève sur son banc : en vain, le maître, le front couvert de sueur, s'épuisait à nous crier : « à vos places donc, à vos places! » Nous ne voulions pas entendre, et le bruit, le tumulte, les rires allaient toujours croissant, si l)ien qu'ils attirèrent l'altenlion de M. Bernardet, qui accourut tout Iroublé, ne sachant ce qui se passait et se demandant si le feu était à la maison.

A sa vue , tout rentra dans Tordre , car, telle est l'influence des chefs d'étal)lissements : quels qu'ils soient, le silence se rétablit et M. Bernardet , fort irrité , demanda presque brutalement au maître de (|uoi il s'agissait , raccusant devant nous tous de ne pas savoir conduire des élèves; telle est la justice distributive dans les pensions.

Le pauvre homme conslciiié rendit rom|)te comme il put de révéïiomenl : en l'entendinil, nous a\ions JMcndela

peine à étouffer nos rires et la présence seule de M. lîcr-

nardet pouvait nous contenir.

M. Bernardet, fort courroucé, car il tenait k l'ordre extérieur plus qu'à tout au monde, déclara qu'il donnerait un pensum général de cinq cents vers, si le coupable ne s'avouait pas. La punition eût été sans doute beaucoup plus forte pour Casteldignac, s'il se fût déclaré ; d'ailleurs, nous avions tous participé à sa faute, il n'était pas juste qu'il en souffrît seul la peine. Le silence seul répondit à la menace de M. Bernardet et nous eûmes chacun cinq cents vers à copier.

C'était une bagatelle, vu l'état encore florissant, nous le croyions du moins, de notre caisse. On compta et Ton fit une juste répartition des fonds communs. Nous en fûmes donc quittes cette fois encore pour la peur; mais notre caissier nous avertit que les fonds étaient à sec. Cette nouvelle produisit une consternation générale ; jamais le bruit de la faillite d'aucun banquier ne fit une si vive impression sur Tcsprit de ses correspondants. On tint conseil et il y fut arrêté que jusqu'à nouvel ordre, les fautes et les punitions seraient personnelles et qu'en cas d'une menace de pensum général, celui qui l'aurait attiré devrait se déclarer à ses risques et périls, et prendre la responsabilité de son action. Cet état de choses devait durer jusqu'à ce que nos pertes fussent réparées; que si le coupable ne s'avouait pas, on aurait le droit de le dénoncer.

Je me le tins d'autant i)his pour dit (|iie le lendemain même on célébrait chez moi la fête de ma mère, on devait venir me chercher à midi, cl pour licu au monde, je

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n'eusse voulu y manquer; j'y manquai pourtant, grâce à mon ami Maurice.

Les succès de leurs rivaux excitent, dit-on, une noble émuration chez les grands cœurs ; les lauriers de Philippe troublaient les nuits d'Alexandre : le triomphe que venait de remporter Casteldignac, troubla le sommeil d cMaurice; il était donc surpassé?. . . il y avait de quoi en dessécher de dépit !

Un matin, il vint en classe de meilleure heure que d'habitude; les pensionnaires étaient encore au réfectoire; Maurice s'était tellement pressé qu'il avait oublié la clef de son pupitre; je ne mettais presque jamais mon cadenas au mien, c'était une négligence dont je fus cruellement puni. Ne pouvant ouvrir son pupitre, il déposa furtivement dans le mien, un petit paquet de papier qui contenait une matière assez lourde et très-molle, à ce que je sus depuis : après quoi, il-descendit au jardin pour prendre sa part de la récréation qui suivait le déjeuner des pensionnaires ; j'arrivai sur ces entrefaites et n'ayant pas besoin de monter à la salle d'études, je restai à la récréation. Deux pensionnaires dont l'un était mon voisin en classe, eurent besoin de monter en haut, et mon voisin Léon Fromageau ayant ouvert mon pupitre pour y prendre un livre, vit le paquet dont j'ai parlé plus haut, l'ouvrit par curiosité, et n'eut pas le temps, ou bien (»ul)!ia de mCn parler, quoi(|U(' la chose en valut la peine, comme on va voir.

Avant la lin de la récréation, sous un |»réte\le, Mauric»^ s'esquiva, je ne le remarquai pas alors, ce fut de|)uis scMdement que je me rappelai ce petit incident; je reinarijuai loulefois qu'il avait le boni des doitils noircis par une ma-

27, t LES CONFESSIONS D'UN ÉCOLIER.

tière gluante. Cela m'intéressait trop peu pour que je lui en fisse l'observation : cependant il avait un air de trouble qui me frappa.

« Qu'as-tu, Maurice ? lui dis-je avec bienveillance'.

— Moi ? rien ; que veux-tu que j'aie ?

— Je ne le sais pas, puisque je te le demande ; mais tu as l'air tout chose. »

Je vous demande pardon du terme, c'est de la couleur locale, vous devez la reconnaître.

« Allons donc ! tu ne sais ce que tu dis, me répondit Maurice avec un geste insouciant, tu rêves, mon cber Arthur. »

La cloche qui sonnait la rentrée, interrompit à cet endroit notre dialogue ; nous prîmes nos rangs, chacun dans sa division et la nôtre se dirigea vers sa salle d'études, sou* la surveillance de ce pauvre M. Yantigny, l'innocente victime des hannetons de Casteldignac.

Ce brave M. Yantigny ! c'était le type des maîtres d'étude dans son beau côté. Il avait au moins 5 pieds 8 pouces (vieux style) ou si vous préférez : 1 mètre 77; gi'and, maigre, sec, osseux ; avec une figure d'un ovab^ allongé dans le genre des urnes lacrymatoires , de petits yeux gris, dont il essuyait trente fois par heure les coins avec son mouchoir de cotonnade rouge et blanc, parce qu'il jouissait, je crois, d'une fistule lacrymale, une bouche démesurénKMit large « qui d'une oreille à l'autre va, » comme on le disail (h la dame des pensées de Deodatus; des dents noircies et gâtées par l'action corrosive du laltac, car ce bon M. Yanligny, ex-caporal dans le 17*régiment de grenadiers, funiail,

prisait et chiquait ! Il avait aussi comme tous les méridionaux, la passion de cette exécrable gousse qu'Horace nomme à bon droit une peste ; il eût mis de l'ail jusque dans son café, s'il eût eu assez d'imagination pour inventer ce nouveau condiment. Il ne dédaignait pas non plus, je crois, le petit verre de schnik et eût volontiers chanté comme dans le Chalet :

« Du vin du Rhin, du rhum, du rack,

« Ça fait du bien à l'estomac :

« Voilà [bis] le refrain du bivouac ! »

M. Vantigny s'était probablement fort bien trouvé du bivouac et il bivouaquait souvent et partout.

Il avait, je crois, la faiblesse de se croire bel homme ; et pour accroître encore sans doute ses agréments, il portait tout entière sa barbe ; une barbe rouge magniri([uc, rouge de carotte cuite. Enfin pour compléter l'ensemble, sur son nez en bec de canne s'élevaient des lunettes bleues, et le lout était terminé par un front chauve, où erraient encore quelques cheveux d'un blond hardi, dans lesquels il avait l'habitude de passer la main les doigts ouverts, comme s'il eût eu à rejeter en arrière les flots d'une ondoyante chevelure.

Malgré ses prétentions, niîdgré sa taille infinie, sa bouche rabelaisienne, les émanations méphitiques qui s'exhalaient de toute sa personne, malgré sa barbe enflammée, c'était un bon homme que ce M. Vantigny. Je me suis demandé bien sonvent comment nii individu pouvait atteindre* à ce degré de patience que j'ai remarqué en lui.

Il avait conservé, du régiment, des allures, roides comme

23fi LES CONFESSIONS DTIN ÉCOLIER.

son col éternel de crinoline ; tout était compassé en lui ; il pai'lait, buvait, mangeait, prisait, mouchait et dormait, je crois même, par compas et par mesure ; je ne lui entendis jamais dire un mot inconvenant à aucun de nous, il ne nous tutoyait même pas et avait l'extrême l)onté de nous qualifier de Messieurs; il s'efforçait d'être juste dans sa conduite à notre égard. Nous eussions dû avoir des égards pour ce brave homme.

Mais d'un autre côté, il ne se familiarisait jamais avec nous ; il eût cru déroger, s'il eût eu un sourire, un mot aimable pour un de ses élèves, et, bien plus encore, s'il se fut intéressé le moins du monde à nos jeux. Il avait la ponctualité, l'exactitude, la loyauté de la discipline militaire ; mais il en avait aussi la roideur, le cassant et rinflexibililé: c'est pourquoi nous ne l'aimions pas; dès lors ses nombreux ridicules nous frappaient davantage et il était devenu le but de nos inépuisables espiègleries.

M. Yantigny avait pour tout costume de rechange, une redingote unique, un pantalon noir cl un gilel de Casimir de même couleur. Le refrain du bivouac absorbait la presque totalité de ses pauvres émoluments. Cependant si son costume était d'un âge plus que respectal)le, il finit avouer qu'il était d'une propreté remarquable ; son pantalon noir était râpé jusffu'à la corde, mais il n'y avait pas une reprise, pas une tache, et sans la légèreté du tissu qui prenait à certains endroits la souplesse de la mousseline avec des reflets noirs glacés de l)lanc par l'effet de la lumière, on eut pu croire que ledit pantalon était neuf: il riait si tin (ju"il fallait des miracles de précautions et les allures

Patfe 236

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qu 11 ic.ii. i; ^,clai:..^ ,c mouchoir à la main après les hannetons

compassées de celui qui le portait, pour qu'il ne tombât pas en ruine.

Eh bien , c'est à ce respectable pantalon qu'en voulait Maurice; il avait juré sa perte, le traitre ! et il ne tint (pie trop bien son serment.

Nous venions donc de rentrer en classe. « Commençons pi'ésentement la récitation , » nous dit le maître ; préscnlcmcnt était son mot ; il le répétait sans cesse et le mettait à toute sauce : il nous menaçait présentement que nous "fiG.non^ présentement privés de dessert à déjeuner, présentement, ou en retenue pour huit ymY^ présentement .

Nous le singions à qui mieuv mieux, et jamais aucun de nous ne lui eut adressé la moindre question sans y introduire de gré ou de force le îdn\(t\\\ présentement . « Monsieur, voulez-vous me permettre de sortir présentement! — Monsieur, mon cahier est fini présentement. — Monsieur, mon devoir n'est pas fait, parce ([ue j'ai été malade hier présentement.

Présentement donc, M. Vantigny venait de s'asseoir avec sa gravité ordinaire et procédait à la récitation qui durait une heure; il en passait la moitié assis sur le siège de bois adhérent au mur où s'ai)puyail la chaire , l'autre moitié en se promenant de long en large sur ses longues jambes. Ce qui nous faisait dire de lui :

« Un jour, sur ses longs pieds allait, ji; ne sais où,

« Le Vanligiiy au lon;^ hec enniianclié d'un iDiigrou. »

A la demi-heure sonnante, M. Vantigny veut se lever, mais il retombe assis; il fait encore un elfort, nous culen- <lons un ])ruit semblable à celui (Tune étolfe (pii se dé-

chiic; il se lève enfin et se retourne pour examiner l'obstacle qui d'abord l'avait empècbé de se lever : mais hélas! les fonds de son pantalon étaient restés collés au siège de bois enduit de poix par Maurice, et le décent M. Vantigny, en se retournant , expose , sans voile , à nos regards , cette partie de nous-mêmes qu'on est convenu d'appeler le séant. C'était un spectacle inusité, il faut en convenir, et assez drôle pour excuser le rire fou dont fut prise toute la classe, un rire homérique, je vous assure.

M. Yantigny ne riait pas, lui ; fort embarrassé de luimême et ne sachant comme se tirer d'embarras, il se rassit vivement afin de cacher ce qu'il nous montrait si bien. Cette fois, il était sérieusement affecté et je crus voir une larme poindre dans ses yeux ; pleurait-il l'humiliation ({u'il venait de subir ou la perte de son noble pantalon noir? c'est ce que je n'ai jamais bien su ; peut-être les deux causes agissaient-elles ensemble sur lui.

Toutefois, comme c'était un ancien soldat, il se remit promptement et, sans colère , nous avoua (pie ce jiantalon était le seul qu'il possédât et qu'il serait fort gêné pour le remplacer; c'était la première fois qu'il nous témoignait un peu d'expansion. Nous en fûmes touchés elles rires cessèrent bien plus vite que s'il nous eût menacés. « Je suis bien loin, nous dit-il d"un ton de digne simplicité, de vous accuser tous de celle mauvaise action; il n'y a qu'un cœur froid, égoïste, insensil)le, qui en soit capable ; je le répète, ceci n'est plus une espièglerie, c'est une mauvaise action, puisqu'elle frappe dans ses intérêts un homme pauvre (luellc rend plus pauvre encore! »

Ceci s'adressait à notre sensibilité, et si Ton eût examiné nos jeunes visages, on les eût vus tous sérieux ou émus, Maurice, car c'était lui l'auteur du mal, n'en avait pas sans doute compris l'étendue; il baissa la tête sur son pupitre et rougit jusqu'aux oreilles.

M. Yantigny se retira après avoir fait avertir M. Bernardet. Cette fois le mécontentement de celui-ci était à son comble, nous ne lardâmes pas à nous en ressentir.

Il nous menaça sérieusement de cinq cents vers, s'il ne connaissait pas l'auteur de la faute. Cette menace nous fit trcml)ler ; car si courts, si mal écrits que fussent nos vers, il nous fallait bien toujours trois récréations pour en confectionner cinq cents; je trendjlais plus que tous les autres, craignant que dans un accès de sévérité inusitée , il ne plùl à M. Bcrnardet de ne me laisser aller chez moi ({u'après la retenue, je ne savais pas ce qui m'attendait.

Aux premières menaces du chef, tous mes camarades se tournèrent vers moi en murmurant tout bas : « Déclare-loi, déclare-toi ! » Je regardais de côté et d'autre sans rien comprendre à ce qui se passait; j'étais aussi innocent du fait que le plus innocent d'entre eux. Voyant que leur avis n'était pas suivi et (|ue je ne me déclarais \)i\s , Léon Froniageau me dit à l'oreille :

« Tu sais ({u"il est consenu (ju'on deiioiicei'a en cas do pensum général ?

— Oui, lui dis- je, je le sais : mais (lu'cst-ce (tue ça me fait ?

— Alors déclare-loi coupable, si cela ne te fait rien : cela nous évitera la i)eine de le faire.

— Que je me déclare coupable? repris-je tout ébahi; et de quoi, coupable?

— Allons, ne fais donc pas l'innocent; on sait bien que c'est toi.

— Moi?. . . c'est moi ? répondis-je stupéfait ; je t'assure. . .

— Faut-il le dénoncer? demanda tout Ijas Fromageau aux autres élèves.

— Oui, oui; tant pis pour lui ! c'est un lâche, répondirent-ils tout d'une voix.

Léon Fromageau se leva, et ayant demandé la permission de parler :

« Monsieur, dit-il de cette voix nette et ferme qui appartient à ceux qui parlent pour accomplir un devoir, le coupable c'est Arthur Giroval : j'en suis sur.

— Moi? m'écriai-je indigné; ce n'est pas vrai, tu mens.

— Non, reprit avec force mon accusateur ; c'est toi (|ui mens lâchement : ce matin , pendant la récréation , ayant ouvert ton pupitre pour y prendre ma grammaire que je t'avais prêtée hier, j'y ai vu un paquet que j'ai ouvert; c'était la poix qui est encore étendue sur le siège de M. Yantigny.

— Ce n'est pas vrai ! m'écriai-je de nouveau ; lu mens pour me faire punir.

— Non, je ne mens pas, reprit-il plus fermement encore ; et la preuve, c'est (ju" Achille Jupille était avec moi, et il a vu comme moi la poix dans loii pupitre.

— Cela est-il vrai? demanda M. Bernardet à Ju[ti]le.

— Oui, monsieur, très-vrai ; je Tai vu.

— Non ! non ! non ! criai-jc alors tout couiToucé, cela n'est pas vrai ! il ment aussi.

— Pourquoi vouloir lutter contre l'évidence, Arthur? reprit M. Bernarclet ; ceux qui vous aiment le mieux vous accusent : croyez- vous réparer votre faute ou en éviter le châtiment en vous réfugiant dans les dénégations? ce serait vouloir la réparer par une nouvelle faute plus condamnahlc encore ; avouez-la, cela vaudra beaucoup mieux.

— Non ! repris-je les yeux en larmes , je ne puis avouer ; car, en vérité, je ne suis pas le coupable.

— C'est bien, Monsieur, ajouta sévèrement M. Bernardcl ; vous persistez dans le mal : pour votre punition, 'vous copierez dix pages de grammaire, et je vais écrire chez vous l)0ur ])rier M. votre père de vous laisser à la pension pendant la fête de madame votre mère. »

Ces mots me firent éclater en sanglots.

« Monsieur! Monsieur! m'écriai-je ; je ne suis pas l'auteur du mal, je vous le jure ; oui, je vous le jure ! laissezmoi assister à la fcte de ma mère , je vous en prie !... »

Mais M. Bernardet ne m'écoutait même pas; il me jela un regard méprisant et sortit.

Les sanglots soulevaient ma poitrine : je plongeai ma tète dans mes bras sur «non pu]iitre pour |)leurer tout à mon aise; puis, me i-ele\ant tout à coup dans un accès de colère, je tond)ai sur Léon Lromageau à grands coups de p(»in;j. J'étais le plus fort et il allait recevoir prol)ablement une honnepUi', connue nous disions alors et comme vous diles sans doute encore, car les Iraditions ne meurent pas dans l'université, quand M. Vanligny rentra avec un pan-

talon à raies perpendiculaires (|Lii l'allongeait encore ; il

semblait un géant.

«Eh bien! me dit-il en m'arrètant; qu'est-ce donc et que signifie cette colère, M. Giroval?

— C'est Fromageau qui m'accuse d'avoir fait le coup, Monsieur, et M. Bernardet vient de me condamner à ne pas assister à la fête de ma mère. »

Ici mes pleurs de recommencer et mes coups de poing de rouler sur le dos de l'infortuné Fromageau, à qui je criais dans ma fureur, frappant à bras raccourci : «Tiens! Fromageau; tiens! je veux faire de toi un fromage mou ! »

Mes camarades et M. Vantigny lui-même ne purent s"empccher de rire de cette mauvaise allusion au nom de mon dénonciateur.

Le maître d'études m'arrêta pourtant, et s'adressant aux élèves :

« Je connais M. Giroval, dit-il, vous le connaissez aussi ; c'est un excellent garçon et qui ne ment jamais (rien i Tétait plus vrai ; mon oncle Junius m'avait fait prendre le mensonge en horreur). Je suis sûr, ajouta le bon Vantigny, je suis sur, pour moi, de son innocence. G est une lâcheté bien odieuse de la part de celui qui, ayant commis le délit, en laisse retomber la peine sur un camarade innocent. »

Et Maurice était là, assistant tranquillement à ces scènes, entendant sans émotion mes pleurs et mes prières, écoutant froidement les cruelles épithètes dont on llélrissait sa conduite, et il ne s'accusait pas ! 11 poussa plus loin la lâcheté : il ne recula pas d«n;uil hi plus infâme h\[»ocrisie. Il était si

notoirement mon ami qu'il ne pouvait pas rester complètement insensible à mes chagrins sans appeler sur lui-même mes soupçons; se tournant donc vers moi : « Console-toi, me dit-il d'une Yoix onctueuse, tu n'en mourras pas pour cela ; allons, un peu de courage ! » En même temps il prit ma main dans la sienne.

A ce contact, un souvenir traverse rapidement mon esprit, je lui prends la main et l'examinant de plus près, j'y retrouve les traces de la poix qu'il avait touchée. Mes larmes cessèrent tout à coup comme par enchantement, le calme succéda en moi à la colère ; je le regardai en face si sérieusement qu'il ne put s'empêcher de rougir : cette rougeur était un aveu complet.

« C'est bien, lui dis-je froidement en retirant ma main, je comprends.

— Que comprends-tu ? répliqua-t-il , reprenant tout son aplomb, en même temps que sous la table, il s'efforçait d'enlever de sa main les vestiges accusateurs.

— Ne te gêne pas, Maurice, lui murmurai-je à l'oreille ; va, ce n'est pas moi qui t'accuserai.

— M'accuser et de quoi? interrompit-il elfrontément.

— D'avoir pétri de la poix ce matin , ajoutai-je en lui saisissant la main pour la lui porter sous les yeux.

— Allons donc, tu veux rire! et il me montrait d'un air de bravade cette main dont il avait enlevé adroitement toute trace de poix. »

Je demeurai anéanti; j'étais victime de ma délicatesse, je n'avais pas voulu dénoncer mon ami f[uand je pouvais encore le convaincre, et maintcnniif il était h"0|» lard et il

i>U LES CONFESSlaWS D'LM ÉCOLIEIl.

nie l;iiss;iil avec (les airs de l'aillci'ie sous le coii[» rlii clialimcnl ciicoiini ]);ii' lui seul. Jrlais liois de moi, celle coii- (liiile égoïste, peilide et lâche de la part de celui (|ue je regardais comme mon meilleur ami, me transportait diiidignalioii.

« Kt c"est toi, lui dis-je, loi, Maurice, ({ui agis ainsi? Oli! je ne t'en aurais jamais ci'u capalile. »

11 se mit à ricaner.

« Ah! c'est comme cela! murmnrai-je entre mes dents, eh hieu! lu me le paieras! »

Ma résolution élait prise; je me contins pendant toute la classe; mais à la récréation, je Tahordai d'un air déci<lé : s'attendant à une péripétie, les camarades de la division nous entouraient curieusement. Je le priai par un dernier ménagement.

« Maurice, lui dis-je lran(j[uillement, c'est toi (jui as l'ail le couj) de ce matin?

— Oui : après?

— Tu ne me laisseras pas punir le jour de la fête de ma mère?

— Qu'est-ce que ça me fait à moi, la l'été de la mère?... .le dois partir demain pour aller chez mon cousin le commandeur de Kerniel, il y a matinée dansante; crois-tu que je m'en priverai |»our loi?

— Ce serait juste, puis(|ue^c'est toi (jui as mérité la punition.

— Tiens! reprit-il ell'ronlémcnt, ce serait anuisant si l'on riait [)uni clnupie fois ([non le mérile!

— Ainsi, tu le refuses à te déclarer?

LES CONFESSIONS D'UN ÉCOLIER. 2 'm

— Tu es ravissant d'ingénuité, Artliur, ma parole.

— Sais-tu que nous serons l»rouillés pour toujours, cette fois !

— Vraiment, tu me fais peur! (// me narguait.)

— Tu ne tiens donc pas à mon amitié !

— Qu'en penses-tu ?. . . » Et riant de son plus joli sourire il tourna élégamment sur ses talons en faisant claquer ses doigts comme des castagnettes.

Ce dédain cynique me fit perdre patience, et comme il se retournait, je lui envoyai dans le bas des reins un vigoureux coup de pied; il se retourna, l'œil éclatant, et revint sur moi la menace à la bouche; nos camarades nous séparèrent :

«Laissez-le faire, leur criais-je; pendant que je suis en train, il en aura assez pour ne pas me demander son reste ! »

A partir de ce moment, nous devînmes ennemis irréconciliables; nous cherchions sans cesse à nous nuire, cl [tlu^ d'une fois nous en vînmes aux mains. Le mépris et la haine avaient remplacé dans mon âme l'amitié que je portais à cet être si beau par les formes, si affreux e>i réalité; il m'avait privé d'assister aux réjouissances de la fétc de ma mère. .T'ap])ris dès lors à me méfiei' des api)arences. ^Mais ce coup me fut cruel ; je pleurai longtemps la lu'rtt; de mon illusion ; j'avais cru avoir uu ami et je n'avais trouvé qu'un être sans àme et sans cœur, idolâtre de lui-même, iucapable d'aimer (|ui (|U(' ce iVil aulremcut (|uc dans s(tn projjrc iiiléivl ou pour se désennuyer. Je renonçai à I auiilié.

L'inslilulion lîernardcl nTétail devenue insupportable:

2i(î LES CONFESSIONS D'UN ÉCOLIER.

je résolus d'en sortir, n'importe à quel prix, n'importe par quel moyen ; cela n'était pas difficile ; il suffisait de faire connaître adroitement la vérité à ma famille.

On verra dans le chapitre suivant comment les circonstances semblèrent d'abord déjouer tous mes plans , et par quelle série de conjonctures je fus conduit insensiblement à commettre bien des fautes que je me reproche le plus dans ma vie d'écolier.

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