XV. — Bnni|nc du. Peuple
La société, me disait mon ami Villegardelle, un an avant la révolution de février, est malade d’une maladie qui tuera les médecins.
Avis aux entrepreneurs de réformes !
Jamais on ne fut si bon prophbte que mon ami Villegardelle. Lpdru-Rollin, le pbre du suffrage universel, est en exil; Louis Blanc, qui posa la question du'travail garanti, en exil; Considérant, le successeur de Fourier, en exil ; Cabet, le fondateur d’Icarie, jugé comme escroc, émigré, et moi, le théoricien du crédit j gratuit, en prison. Je passe sous silence les quelque mille autres, qui sont morts, qui ont souffert, qui souffrent encore pour la République. Quand je cite Lcdru-Rollin, Louis Blanc, Considérant, Cabet, ou moi-même, c’est comme si je citais les noms de tous nos compagnons d’infortune : quelques-uns pour tous. Souffrir, perdre, s’il faut, la vie, pour un médecin qui comprend les devoirs de- son état, n’esl rien lorsque le malade guérit. Mais guérira-t-il î voilà la question. Il ne veut pas seulement prendre le rembde. Dans l’incertitude du succès, j’aimerais autant courir la campagne, avec mon ami Villegardelle.
Je lie veux point entamer ici une discussion sur le crédit gratuit et sur. les combinaisons économiques par lesquelles les fondateurs de la Banque du peuple pensaient donner l’essor à leur entreprise. J’ai-publié sur cette matière
assez d’articles et de brochures pour que je puisse, en ce moment, faire grâce à mes lecteurs d’une dissertation sur le papier-monnaie. D’ailleurs, je me propose, en temps et lieu, d’y revenir. Nous n’avons pas, que mes lecteurs'se le tiennent pour dit, renoncé h nos projets. Ceux qui ont prétendu que nous avions été diarmés de trouver dans un arrêt de Cour d’assises un jirétexto de liquider la Banque du peuple, ont parlé de nos intentions, qu’ils ne connaissent pas plus •que nos moyens, dans la lâcheté de leur conscience. C’est partie remise, messieurs, llozvous-en à notre parole; et croyez qu’avec nous comme avec les bonnes femmes ce qui esl différé ■n'esl pas perdu.
Je veux seulement rendre compte de l’idéembre, qui, en dehors de toute spéculation financière , avait présidé àla création de la Banque du peuple, destinée, dans l’opinion des fondateurs, à réformer le système des institutions de crédit, et, par suite,'l’économie entière do la société.
La Banque du peuple a été fondée dans un triple but :
1° Appliquer les principes de constitution sociale expliqués ci-devant, et préluder ,à la réforme politique par un exemple do centralisation spontanée, indépendante et spéciale.
2° Attaquer le gouvernementalisme, qui n’est autre chose que l’exagération du communisme, en donnant l’essor à l’initiative populaire “ et procurant de plus en plus la liberté individuelle par la mutualité.
3“ Assurer le travail et le bien-clro à tous les producteurs, en les organisant les uns à l’égard des autres comme principe et fin de la t production, en autres termes, comme capitalistes et comme consommateurs.
Par le principe de sa formation, la Banque du peuple n’était donc point destinée à devenir une banque d’Etat. L’Etat, sans compter qu’il ne peut donner crédit, attendu qu’il n’a ni valeurs ni hypothèques, n’a pas qualilé pour se faire baiiquier, pas plus que pour- se faire industriel ou commerçant.
Ce n’était pas davantage une banque fonctionnant au profit d’une société d’actionnaires, offrant au peuple des conditions plus ou moins avantageuses de crédit, mais opérant dans son intérêt piopro, comme la société des cuisiniers ou celle des tailleurs. Une société de la Banque du peuple, conçue d’apr'es ce principe, n’eùt été, comnÿi toutes les associations ouvrières actucllément existantes, qu’une institution de monopole. C’était rentrer dans le privilège, et 1« privilège, si populaire qu’il se fasse, est toujours la négation de l’équilibre,une chose antisociale.
La Banque du peuple devait être la pro-
Ï iriété de tous les citoyens qui en accepteraient es services ; qui, dans ce but, la commanditeraient do leurs capitaux, s’ils jugeaient qu’une base métallique lui fût pour quelque, temps
ÎO LES CONTESSIONS
pncore indisf^nsaMe: qui, dans tous les cas, lui promettaient la préférence de leurs escomptes et recevaient en paiement ses reconnaissances. D'après cela, la Banque du peuple fonctionnant au profit de ceui-là mêmes qui formaient sa clientèle, n’avait ni intérits à percevoir pour ses avances, ni commission à jirendre ]iour ses escomptes ; elle n'avait à jirélever u'une rétribution minime pour salaires et
rais. Le ca^it était donc gr.ctiit! .Le prin-
cijie iéalis<j, les consc^uencts se déroulaient à l'infini.
Comment nos économistes, nos financiers, nos capitalistes, nos grands projiriétaires. nos gros industriels, tous ces hommes d'ordre, de pliilantliropie, d'amour du travail. du commerce. du lion marché et du progrès, n'avaioiitils jamais eu cette idcef Pourquoi, lorsqu'un s<x'ialiste. dans l'intérêt de la jiraluction, de la circulation, de la consommation. dans l'iiitérét des ouvriers. des commerçans. des agriculteurs. de tout le monde, l’eut mise eu avant, la repoussèrent-ils lous^ Pouniuoi veulent-ils que le iKiysan, qui pourrait, par ce système, emiirunter à Iji jo 0|0 d'intérêt et i long terme. continue à payer 12 et 15 p. OjO, grâce à la nécessité où il «t de renouveler son emprunt tous les trois ou quatre ans? Pourquoi, lorsiiue la société en nom collectif de la Banque du peuple, privre de son chef, fut forcée de se liquider, s’en réjouirent-ils? Est-ce que la Banque du peuple leur faisait tort? Deniandai^elle (piclque chose au capital et àla 'rente?.\lta- ([uail-elle la propriété et le gouvernement?... Je ne jHiusserai («s plus loin mes questions: je demande seulement à ces messieurs, que je ne suppose' pas tout-à-fait liés par un pacte d’usure. pourquoi celte étonnante réproLiation de leur part, poun[uoi?...
La Banque du peuple, donnant l'exemple de l'initiative populaire, aussi bien pour le gouvemeraent que pour réconomie publique, dé- S'jrmais identiliés en une même synthèse, devenait donc à la fois, pour le prolétariat, princiii*- et instrument d'émancipation : elle créait la lilterté politique et industrielle. Et comme toute philosophie, toute religion est l'expression métaphysioue ou symtKiliqiie de l'éo iiomie wciale. la Banque du peuple, changeant la base matérielle de la société, préludait à la révolution philosophique et religieuse ; c'est ainsi du moins que l'avaietit conçue les fondateurs.
Au reste, pour faire ressarlir la pfnsée révolutionnaire qui avait pnsidé à la fondation de la Banque du peuple, je ne saurais mieux faire, après eu avoir rappelé le principe, qutt de le (•■uniKarer avec la formule du Luxemlwurg, rai'porîéo par Louis Blanc.
Le [udnt de départ de la Banque du peuple, le but quelle jxiursuivait, était donc la lilxrté.
C'est par un plus grand développemen de la liljerté individuelle quelle aspirait à fonder la liberté collective, la société à la fois divergente et convergente, la vraie solidarité des intelligences.
Ou'est-ce d'abord que la liberté?
La lilterté est de deux sortes : simple, c'est celle du terlsare, du civilisé même, tant qu'il ne reconnaît d’autre loi que celle du. Chacun chez soi, chacun pour soi ; — composée, lorsqu'elle suppose, [tour son existence, le concours de deux ou plusieurs libertés.
Au point de vue barbare, liberté est synonyme d'isolement ; celui-là est le plus libre dont faction est la moins limité>e par celle des autres; l’existence d’un seul individu sur touti' la face du globe donnerait ainsi fidée de la |)lus haute liberté possible. — Au point de vue social. lil>erté et solidarité sont termes idenli- (pies : la litjerlé de chacun'rencontrant dans la lilxrté d’autrui, non plus une limite, comme li' dit la Déclaration des Droits de l'Homme et du Oitoven île 1793, mais un auxiliaire, l'homme le plus libre est celui qui a le plus de relalioih avec ses semblables.
Ces deux manières do concevoir la liberli' s'excluant l'une fautre, il en résulte que la lilierté du sauvage ne peut pas être rationnellement et justement revendiquée par l'homme \ ivanl en société : il faut choisir.
Deux nations sont séparées par un bras d'’ mer. ou une chaîne de montagnes. Elles soni respectivement libres, tant qu’elles no coiiimuniqueut [Xiint entre elles, mais elles sont itanvres: c'est de la liberté simple; elles seront |ilus libres et plus riches si clics échangent leurproduits: c'est ce que j'appelle lilterfé composée. L'activité particulière de chacune de ces deux nations prenant d’autant plus d’extension qu’elles se fournissent mutuellement plus d'objets de consommation et de travail, leur libinic devient aussi plus grande : car la lil.ierté, c’cM l'action. Donc l'édiange crée entre nations des rapports ([ui. tout en rendant leurs libertés solidaires. en augmentent fétenduo : la liheiii' croit, comme la force, par l'union, rt.s u/iiln major. Ce fait élémentaire nous révèle loul un système ;do dévelopiiemens nouveaux ixmr la liberté, système dans lequel l’échange des produits n'est que le premier pas.
En ellèt ; l’échange no larderait p.as à devi;nir une cause d'assujélissemenl, de subalteniisation. de gêne extrême pour les peuples, s'il devait s’effectuer toujours selon le mode primitif, en nature. Il faut un moyen qui, sans ricii ôter à la solidarité créée par l’é'change, par conséquent sans diminuer l'iniporlancc ih^ échanges, l'augmente au contraire, et rende l'échange aussi'facile, aussi libre que la production elle-même.
f.e moyen, c'est la monnaie. Parfinveution de là monnaie, ['échange est devenu coji- WRCE, c'est-à-dire propriété et communauté.
DT'N RÉVOU'TlONN'AmE
Ainsi donc riiommo oui Iravaillo, (■ (|in SP met on rapport d échanç;p avec est plus libre que celui qui la rav:
vole, comme le barbare. — Deux t qui échangent leui's produits, sans s’associer, sont plus libres ipie s’ils ne geaienl pas: — ils le deviendront encore, si, au lieu de l’i'cliange en i adoptent, d’accord avec un grand noi
enli’e les individus et plus de liberti' et plus d’action, les rmnL'nerait bientôt à une l'éodnlitt' financière cl corporative, à une servitude orgaiusée,cent fois plus insiq'porlableciue la misère antérieure, si, par un nouveau iiuiven, analogue à la monnaie métallique, ou ne parvenait à remédier à celle temianci' de suballernisation, el par consétpieiil <à élever n un degré supérieur encore la liberté.
Tel est le problCme ipie s'est proposé de résoudre la Banque du peuple.
f.’est une vérité d’expérionre que le numéraire, c’est-à-dire la valeur la plus idéaliséio la plus échangeable, la plus exacte; relli* tpji sert à toutes les •transactions, qui fut un inslrument de liberté économique à l’époque nii le commerce se faisait par échange, rwlevient un instrument d’exploitation et de parasitisme, lorsqu’à la faveur de la division du travail l’indiistrie et le commerce ont actpiis un haut degré de développement, et qa’ensiiile, jiar une sorlc (le séparation des pouvoirs éconoini(pi('s. aiinlogne à la séparation des pouvoirs poliliipics, les producteurs viennent a se classer en deux partis antagonistes, les entrepreiieurs-capilalistes-propriélaires, et les niivriem mi salariés.
Il s’agit donc de rendre à la liberté ceux ipie l’argent tient sons sa dépendnnre; d’affranchir, en un mot, h’s serfs du capital, comme l’argent
innovation touche aux fondomens ije l’économie sociale; que c’est là nue (piiestion ('ssmitiellemeiit organique, laquelle uéeessile, par conséquent, rintervention d’une autorité supérieure à celle de tous les gouvernemens élatilis, l’inlervention de la Raison collective, tpii n’c*st autre que la Liberté même,
Bt de raenic que l’oiq et l’argent, malgré leur prix, n’OUt pas eu à l’origine cours
ni LES COSFESSIOKS
necjevaitpas avant tout s’appliquer àlaFrance, l’auteur d'Icarie. a fait scission avec l’ancien monde; il est allé planter sa lente auprès des Peaux-Rouges, sur les bords du Mississipi.
Cette ignorance du but et celte contradiction des moyens, qui se retrouvent chez la plupart des utopistes, est le signe non équivoque de l’impraticabilité des théories comme de l’impuissance des réformateurs. Quoi! vous voulez rendre les hommes plus libres, plus sages, plus beaux et plus forts,- et vous leur demandez, pour condition préalable dù bonheur que vous promettez, de vous aliandonner leur corps, leur âme, leur intelligence, leurs traditions, leurs biens, de faire entre vos mains abjuration complète de leur être! Qui êtes-vous donc pour substituer votre sagesse d’un' quart d’heure à la raison éternelle, universelle ’ Tout ce qui s’est produit d’utile dans l’économie des nations, de vrai dans leurs croyances, de juste dans leurs institutions, de beau • et de grand dans leurs monumens, est venu par la liberté et par la déduction logique des faits antérieurs. Quant au pouvoir lui-même, il n’existe que pour prot^er le droit acquis et maintenir la paix : lui ^attribuer une plus grande part d’action, c’est le faire de protecteur oppresseur, de juge de paix sergent de pionniers. En toute autre chose que la police, les règlemens de l’Etat sont des entraves; son travail est concussion: ses encouragcmens, privilèges; son influence, corruption. Cette thèse exigerait des volumes : l’iiistoire des malversations des gouvernemens en politique, religion, industrie, travaux publics, finances, impôts, etc,, etc., etc., serait en ce moment l’ouvrage e plus utile à la démocratie.
Avez-vous donc conçu une idée heureuse?
Poæédez-vous quelque importante découverte?
Hâlez-^vous d’en faire part à vos concitoyens; puis mettez vous-même la main à l’œuvre, entreprenez, agissez, et ne sollicitez ni n’attaquez le Gouvernement. C’est folie et injustice de battre les murailles de l’Autorité de votre bélier démocratique et social; tournezlé plutôt contre l’inertie des masses, contre le préjugé gouvernemental qui arrête tout élan populaire ; et laissez tomber, par son inutilité même, le despotisme. Suscitez cette action collective, sans laquelle-la condition du peuple sera élernelleraenl malheureuse, et ses efforts impuissans. Au lieu de pourchasser le pouvoir, priez-le seulement de ne se plus mêler de rien; et apprenez au peuple à faire par lui-même, sans le secours du pouvoir, de la richesse et de l’ordre.
Voilà, en mon âme et conscience, comment j’ai toujours entendu le socialisme. A'oilà ce qui m’a surtout éloigné des autres écoles, ce que je voulais avant février, ce que, mes amis et moi, nous avons essayé de réaliser après.
Hormis ma proposition dn SI juillet, dont l’u- >niqüe but était d’inviter l’Etat à donner la no¬
toriété nécessaire aux nouveaux principes do l’économie sociale, par l’établissement d’une taxe mutuelle, je n’ai jamais proposé à l’Etat de faire quoi que ce fût; je n’ai porté à la tribune aucune espèce de projet. Tant que j’ai eu l’honneur de représenter le peuple, j’ai laissé dormir mon initiative parlementaire : mon silence a été l’acte le plus utile et le plus intelligent de ma carrière politique. Mes votes ont âé presque toujours négatifs. Il s’agissait, la plupart du temps, d’empêcher les utopies ou le mauvais vouloir de la majorité de se produire; j’aurais voté avec la môme résolution contre les utopies de la minorité.
La Banque du peuple fut, de la part des citojœns qm se ralliaient alors aux idées émises par le Peuple, l’elfet de cet esprit d’entreprise, si naturel à notre pays, mais que notre manie de gouvernement tend à rendre toujours plus rare. Après le vole de la Constitution et l’élection de Louis Bonaparte, la nécessité d’agir nous parut impérieuse. Le gouvernement modéré (lu général Cavaignac, celui plus réactionnaire de Louis Bonaparte, ne laissaient guère d’espoir aux écoles; et quanta la Montagne, ses diiïérens programmes sont là pour prouver qu’en dehors de l’action populaire, elle eût élé comme le parti, conservateur, complètement stérile. Il y avait charlatanisme et lâcheté, selon nous, à parler éternellement socialisme, sans rien entreprendre de socialiste.
Autant la nécessité était pressante, autant l’occasion se présentait d’ailleurs favorable. Bien que la ferveur ne fût plus la même qu’à l’époque des manifestations du Luxembourg, les esprits, devenus plus raisonneurs, étaieni lus éclairés. Le socialisme tout entier avait û accepter le principe du Crédit gratuit : l’idée avait si bien pris, qu’on en publiait déjà des contre-façons. Les uns, affectant de confondre la Banque du peuple avec la banque àlazel, allaient jusqu’à me reprocher d’avoir volé l’idée de cet économiste; d’autres, remuant leur fonds de magasin, y avaient découvert uiie prétendue théorie du crédit gratuit, d’après laquelle on me prouvait que je n’entenclais rien à l’affaire , et que le véritable crédit gratuit n’était pas gratuit du tout. Misère clés partis et des sectes ! Le jour où, par l’application d’un fait vulgaire, on crut la société de la Banque du peuple à la veille de devenir une puissance, le directeur fut accusé, traité de voleur et (te plagiaire, par ceux-là mêmes qui depuis huit ans combattaient la formule négative du crédit gratuit, dans la définition si connue de la propriété.
Tout nous pressait donc d’agir, la dignité du parti, l’occasion favorable , l’impatience des ouwiere. Le peuple commençait à comprendre que la circulation des valeurs, qu’il ne faut pas confondre avec le transport des marchandises, comme l’a faitMazel,- pouvait et devait s’dpérer sans fëtributidn ; que cette Opéra-
DX^N RÊVOLÜTIONNAIRE, v3
(ion se faisanf sans frais, (oiücs les adaires do commerce se réglaient, ipso facto, au comptant; ([u’ainsi l’escompte, ta commandite, le prêt à intérêt, ramortissemcnt,lesl3au':àfcniie et <’i loyer, les placomens à rente viagère ou perpétuelle, etc., devenaient des formules do créait dorénavant sans objet, dos mslitulion.s hors de service.
Et maintenant cette entreprise, dont je viens de faire connaître le principe anli-goiivcrnoraental, la portée écoiioraicpie, l’esprit do haute initiative et de profond libéralisme, était-elle donc, sous le rapport de l’exécution, si difficile? J’affirme, après ce que trois mois, je ne puis pas dire de mise en train, mais do préparatifs, nous ont révélé, que rien n’est plus simple.
La circulation des râleurs étant prise pour point de départ de la réforme économique, nu rebours de la Banque Mazel, dont le princi|io est la circulation des produits, c’est-à-dire l’échange, toute la question était do créer un centre circulatoire où les valeurs ordinaires du commerce, à litre particulier, échéance déterminée, souscription individuelle, vinssent s’écliaiiger, sous les conditions de sûreté cl de garantie oiàlinaire, contre des titres généraux revêtus du caractère social, lesquels, passant do main en main, comme des effets endossés, produiraient, sans écritures, l’effet d’un virement de parties entre tous les cliens, si nombreux qu’ils fussent, de la Banque;
Théoriquement, les opérations pouvaient commencer dès qu’il y aurait imcx adliéreiis à la Banque ; plus, ensuite, le nonibrc dos adhérons s’élèverait, plus prompts, jdus décisifs devaient être les effets de rinstituliou.
L’un des principaux était, à nicsurn (|nc les adhésions arriveraient à la Banque, do retirer peu à peu de la circulation, le numéraire, dt^veiiu inutile; par conséquent de restituer aux producteurs un capital actuellement cm|)loyé en pure perte. Du même coup, le problème si imporlant de la balance du commerce était résolu • avec le parasitisme do l’argent tombait In parasitisme de la douane.
Telle est, eu peu do mots, l’idée économique,—plus simple que celle do la monnaie,— qui.devait faire la base des opérations do la Banque du peuple, et qui a eu l’avantage de se voir méconnue et dédaignée pai‘ les socialistes, sifflée par les économistes, déclarée inintelligible par les démocrates, factieuse par les doctrinaires, et sacrilège par les jésuites. Qu’un homme s’en vienne dire : Je possède un moteur qui fonctionne sans air, sans eau, sans vapeur, sans combustible; dont la construction, frais de matière première compris, ne coûte pas cent sous par force de cheval, et dont la la dépense d’entretien est zéro ; un moteur qui rend inutiles toutes vos machines, vos chantiers de innstrqction, vos bêtes de trait et de labour; qui supflrim'é d'omfciée lè trois q'uarfs
de la main-d'œuvre, et économise,six milliards sur les frais de la production — un pareil homme sera traité comme ennemi public, et poursuivi comme un monstre par tout le monde. Los pauvres se plaindront qu’il leur ôte le travail ; les lâches qu'il leur ravit le revenu; les aigrefins politiques demanderont conmient, ensujiprimant .six niilliardsde maind’œuvre, il est possible d’augmenter la fortune publique de six milliards; les prêtres et les dévots accuseront cet homiue de matériialisme ; les radicaux et les doctrinaires lui reprocheront do négliger les intérêe politiques, les socialistes de rcconsh'uire sournoisement le régime propriétaire. On verra les brochui-es tomber comme grêle, les journaux üdminer, et l’académie des sciences morales, dans un ordi'o du jour motivé, crier anathème au malencontreux inventeur.
La Banque du peuple était, comme la proposition d’une releimc sur tous les revenus et salaires, une application particulière du principe de jicTCAi.iTÈ, Ijase de l’économie sociale.' J’ai déjà fait remarquer qu’en vertu de ce princiiw, les phénomènes de l’économie sociale sont inverses de ceux de l’économie domestique, si mal à propos appelée économie politique. Ajoutons ([uo l’errour commune des partis, des communistes aussi bien que des conservateurs, vient de ce fjue les uns et les autres s’obstinent à traiter les atl’aires do la société et do l’Etat d’après la routine de l’intérêt individuel et les formes do transaclion de citoyen ù citoyen. C’est ainsi (|uc le système de Louis Blanc, qui a soulevé en niême tem|'B un si grand enthousiasme et une réprohaliou si énergique, n’est pas autre, cho.sc (lue le gouverne- - mentalisme ficîil. Thiers. étcnilu à la production agricole cl industrielle, que l’Etat avait, jusqu’à ce jour, i-espectée. Les idées économiques de ces deux écrivains sont absolument les mêmes, sauf la généralité d’ap|ilicalion ; c’est toujours réconomie domesti(tue servant do règle à l’Etat, la gestion du pore de faniillo jirise pour type de gouvernement. Chez l’un comme chez l’autre, l’Etat vend, achète, prête, emprunte, paie des intérêts et perçoit des revenus, fait des bénéfices, salarie des commis, des directeurs, des employé.s, épargne, thésaurise, amortit, commandite, etc., exactement comme un propriétaire ou une société anonyme. En un mot, les us et coutumes de la famiile, de la propriété individuelle, de l’industrie privée, ilu commerce privé, ajiidiqués à l'Etat : voilà la cause de tous les embarras, do tous les enraiemens île la société; voilà pomvpioi les socialistes n’ont été jusqu’à présent que des Malthusiens déguisés, comme les radicaux, avec leur politique, ne sont qu’une contrefaçon do l’absolutisme.
C'est, au surplus, ce qui va ressortir, avec la dernière évidence, do l’examen de la Formule du Luxèmbdurg, que Lo'uis Blanc devait pi'o-
poser à l’adoption du Gouvernement proyi- Eoire. On verra que l’auteur de VOroamsalioii du Tramil ne-inéiitail, pour sa tliéoric, lu faut d’amôur ni tant de haine : c’était un écrivain disert qui, à l’imitation de tous ceux qui se sontcceup'ésde ces matières, appliquant a la société ce qui ne peut être vrai que du particulier, arrivait d’autant plus sûrement a 1 absurde qu’il déduisait plus logiquement les cou- ^uences de son hjqiothèse.
PnOJEI DE DÉCRET.
■ {Exlrail du SowEin-MoxDE, 15 septembre 1849.)
’ Art i'r.—11 serait créé nn minislcre du progrès, dont la mission serait d’accomplir la révolution sociale, çt d anicner gradncllcracnt, pacifitiuemcnî, sans secousse, I abolition du prolclariat.
. Obsercalions. — Le gouYernenieiit est sans compétence pour accomplir mie révolution sociale. Uespoird’anienerpfffijÆffucnicn/, par celte
voie, l’abolition du prolétariat est une utopie, et le ministère du progrès une sinécure.
■ Art. E.—Pour cela, le ministère du progrès serait chargé : lo'de racheter, au inoven de rentes sur l’Etat, les chemins de fer et les mines;
La soeiélé n’achète rien, ne stipule ni ne paie de rentes. La création d’une dette publique est une erreur d’économie sociale, suggérée par les habitudes de l’économie domestique, et qui a pour corollaire invariable la banqueroute.
«o 'Bc transformer la Banpe do Franco en Banque d’État;
■ L’Etat no fait pas la Banque. La théorie de Law.est encore ime erreur d’économie sociale, renouvelée de l’économie domestique.
3» Do centraliser, an grand avantage de tons cl nu profit de l’Etat, les ass-nranccs;
L’Etatn’est point assureur.—L’assurance, au point de vue de la société, est une operation essentiellement mutucllisle, qui exclut toute idée de bénéfice.
io D’établir, sous la direction de fonclionnaires responsables, de vaste cntrejxits, où producteur ct^amifacte
den^, lesouelles seraient représentées par des récépissés .avant une valeur négociable, et pouvant faire office de papier-monuaie parfailcment g-aranli, puisquil aurait pour gage une marchandise délenninéeet espertiscc;
L’Etat ne fait point le commerce d’entrepôt.
Les marchandises doivent se rendre, en droiture, du lieu de production <à celui de consommation, sans stationner en route dans des gares et des magasins.—Les récépissés de marehandises conduites à l’entrepôt sont un papiermonnaie très imparfaitement garanti, attendu qu’il ne snflit pas, pour constitûer une v.iiECB, que la marchandise soit expcriiscc, il faut qu’elle
soi t TEXTCE ET UITÆE.
Art.3.—Des bénéfices que tes cheminsde fer, te mine?, l assurances, la banque, rapportent aujourd’hui à la spéci lation privée, et qni dans le nouveau svslème relourueraieiit à l’Etat, joints à ceux qui.résulteraicnl des droits d’entre-
lo ni
'Etat ne fait pas de bénéfices. Le produit dans la société, ne se distingue pas du produit intf.—Dire que les bénéfices de la spéculation privée reviendraient, par la voie de l'Etat et (In ministère du progrès, aux travailleurs, c’est dire qu’ils reviendraient à la spéculation privée, ce qui, dans rhj^pothèse, est une contradiction.
( f. — L’intérêt et l’amorlissemenl des sommes ducs, par siiile des opérations précédente, seraient prélevés sur le budget des Travailleurs; le reste serait employo : lo ,i comnianditcr les associations ouvrières j 2o u fonder des loniçs agricoles.
L’Etat ne contractant point de dettes, n'a point àsolder d’intérêts et d’amortissement. Et comme il n’a pas non plus de revenu, il ne commandite point d’associations, ne fonde pas de colonies. — La solution du problème ne consiste à déposséder les exploitans actuels pour substituer d’autres exploitans, associes ou -. mais à faire que les producteurs obtiennent lo crédit au taux le plus bas possible, qui est zéro; que les consommateurs achètent les produits au plus bas prix possible, qui est le prix de revient; que le travaûlleur reçoive un salaire égal à son service, ni moins, ni plus; que le commerce trouve dans le pays rhêmeun déirauché toujours suffisant, ce qui veut dire toujours égal à la production, si haut qu’elle , moule. A ces conditions, il n’y a plus ni exploiteurs ni exploités. L’organisation par l’Etat est un non-sens.
Art. 5. — Pour être appelées à jouir de la commandite de l’Él.i( tes associations ouvrières devraient èlrc instituées . d’.jprès le principe d’une fralcrncllo .suiidariti, de mamérc à pouvoir acquérir, en se développant, un capital collectif, iualiénable cl toujours je oopiS
m-î'iït pl'u“ un msl'niracnt''de tyrannie, la posS ssion des inslriiinens do travail un prhilége, le crédit une raaichan- (lise, le bicii-c‘ire une exception, j'üisivet{î un droit.
La solidarilé, si elle se base sur autre chose que la mutualité, est la négation de la liberté individuelle : c’est le coramunisine, le gouvernement de l’homme par l’homme. Si elle a pour fondement la mutualité, elle ifaque faire do la commandite de l'Etal; elle n’a pas même besoin diassocialion. L’association, telle que vous l’entendez, telle que vous la' définissez d’après le code civil cl le code de commerce, est encore une idée renouvelée do l’économie patriarcale, et qui, loin de tendre à se multiplier, tend au contraire à disparaître : c’est une utopie. Quant à l’usure et au crédit, comment pouvez-vous vous flatter de tuer la première, alors que vous stipulez des intérêts et dos bénéfices? et comment pouvez-vous dire que le second cessera d’être une marchandise, quand vous établissez.un droit d’entrepôt?
D'ÜN RÉVOLÜTIONNAroE.
H n^ipparlient point à l'Etat de régler les conditions d’association dès travailleurs. C'est détruire la liberté corporative, cîi même temps que la liberté individuelle; c’est rcproduirc à la fois, sous une autre forme, et les entraves féodales à la liberté du coininorce et de l’iiidusirie, et les lois monarebiques contre les réunions et associations de citoyens. Au reste voyons vos statuts':
Après le prélèvement du pris des .salaires, de l'inlérèl du copilnl, des frais d’cnlrelieu et de malériel, le Uncjke sei-a ainsi rèparii :
' Un quart pour l’amorlis-seinont du capital apparloiiaiit au propriétaire avec lequel l’Elat aurait- traité ;
Un quart pour l’étahlis-sement d’uu f(uid.s de secours de.stiiié aur vieillards, auv malades, aux liiesscs, etc.;
Un quart à partager entre te travailleurs à liiro do l;éuéflcc, comme il sera dit plus lard;
Un quart enlin pour la formalion d’uu l'omlà do léscrve dont la deslinalion sera indiquée plus bas.
Ainsi sera coiisliluée ras-socialiuii dans un aiclicr.
l^ous parlez sans ce.sso do salaires, d'inlérêls, d'ainorlissement, de Iténéfices, loiites eboses qui, avec le prix de la malièro première, eonslitiicnt le prix de vente, liais quelle est la tnostire du salaire^ qu’est-ce qu’une journée de Iravail'? Quel sera ensuite le prix du prêt? Quelle ]inrt faut-il faire au bénéfice’? Iaî prix de la chose doit-il se mesurer sur les liesoins du travailleur, ou les liesoins du travailleur se régler sur le prix de la chose? Qu’est-ce que la vai.euu, ,enlin? '\’'oilà ce qu’il faudrait savoir, avant tic parler de rétribution et de partage; voilà l’ours qu’il faut tuer, avant d’en vendre la peau. Sans cela, vous bâtissez en l’air ; el les bases consliliitives de vos associalions' ne sont pas antre chose, d’après voiis-mOnie, que des bypolhèses. Suivons.
Resterait ii étendre rnssocialiou cuire tous les .ilcliers (i’une même indusirio, afin de les rendre solidaires l'uu de '
Deux condilions y sulliraieni D'abord on déicrmineroit le eu éfjird à la siliialion du moi bénélice licile au-dessus du pi
prix unifurme et a enipéchor lonte concurrence
Toujours la solidarité eomnnmisto, à la place lie la solidarité mutuclliste: loiijours le gouvernement de riiorame par l'homme, toujours la servitude.
On déterminerai! h pnx de rtrienl '—Ces,\ à peu près comme si vous disiez : on Irouvera le mouvement perpétuel, on fera la qnadraluro du cercle. Le prix do revient se compose, en dernière analyse, de salaires : or, qii’est-ce que e salaire? qu’est-ce que la journée de travail ? le salaire se niesnre-t-il sur les besoins du Iravaillenr, ou sur le prix que le c-onsoinmaicnr peut donner de la marchandise? qu’cst-co que
le prix? qu’est-ce que la valeur? Il faut toujours en revenir là.
On fixerait le chiffre du hniêfice licite.—C'esl comme si vous disiez encore ; on fixera le chiffre du vol licite. Il en est du bénéfice comme de l’iiitérét. comme du prix, comme de la valeur ; il se délermiiio, soit par la coiiciirroiicedes produclcnrs,.süit par le besoin du ennsommaicnr; il n’a pas de mesure légale. U faut lercjelcr loui ciilierou l’admcllro dans loiile sa possibilité, avec toutes ses oscillations.
De manière à arrirer à un prix uniforme et à empêcher toute concurrence.—Monopok, coalition, innnobilisme. Le prix, comme la valeur, est chose o.ssenliellemcnt 'mobile, par conséquent essentiellement vari;d)le, et qui dans ses varialions ne se règle que par la concurrence. c’esl-à-dirc par la iticnllé que le consonnnalenr trouve en lui-même on en aulrui de se |iasscr lies services de celui ipii les snri'ail. Oloz l;i concurrence, les choses n’onl plus do jirix; la valeur n’cs! qu’un mol; l’échange o.st arbitraire: la circulaliona perduson balancier; la sociéléi privée de force molriee, s’arrête comme une pendule dont le ressort est déleudii.
On ctaliiirail dans les aleliers de lu- meme industrie uii siilaire proportionnel. — La même qiieslioii rovicnl tmijuur.s. Qu'est-ro qui fait le |irix? qn’est-co qui constitue la valeur? quelle esl, pour Paris et pour chaque commune, la 11niile ou proporlion du salaire?... Lasolulion do CCS problèmes suppo.se toute une science, la ])lu3 (liflicile, la plus hérissée de conlradiclinns : c’est se nioriuer do ses lecteurs que de leur dire, pour tout rensoignemeiU : ou diterminera, on ctalilira, on fixera.
l.a siilid.irilo niiisi ébiblie entre tons le.s atcl iers d’une mémo indusirio, il y aurait onliii à réaliser la souveraine condiiion do l'ordre, celle ([ui dcvi'a rendre à jamais les haines, les guerres, les nùvoi.uTioxs, inipossibles; il y nurail è fonder la soiidnrilé eiilre luutes Ics^ induslrics di-
Oii relrouvc ici l’homme du IT mai-s. Louis Blanc, comme tous les hommes de gouverneineiil, est eimomi des révolutions. C’est pour empêcher les révolulioiis (pi'il crée nue solidarilé de marlirc et d'airain,d’abord enlretous le.s ouvriers d'un même alelier, puis cuire tous les ateliers d’une mémo indu.strie, puis outre toutes les induslrics. Le monde ainsi solidifié, on peut le délier de faire un mouvement. La Banque du peuple, au contraire, vont régulariser la i-évolulion, l’élablir en permanence, on faire l’élal légal, coiisUlnlionnel et juridique de la sociélé. A'ous sommes systéniatkiuement révolulionnairos : Louis Blanc est systéinaliqueraent cniilre-révolulionnaire.
; pour cola sont indlspcnsabte :
lolalo dos bénolicos üo ebaque industrii’, taie, la partager avec Ions les Iravailleurs.
Losommclelakdesbéncfursdecha.nteiiKhislrie est une idéoqni implique contradiction. Dans la sociélé morcelé’ et on concurrence anarchique,
le bénéfice de l’un se compose du déficit de l’autre; le profit indique un rapport de rivalité et d’antagonisme propre à l’économie domestique. Mais là où tous les travailleurs dans une môme industrie; où toutes les industries dans l’Etat, sont associés et solidaires, il n’y a plus lieu à bénéfice. Car, si le bénéfice licite est égal pour tous, il est nul : il y a identité entre le prix de vente et le prix de revient, entre le produit nef et le produit brut. Le partage des bénéfices entre tous les travailleurs de chaque industrie est aussi absurde que l’idée de donner à tout le monde 25,000 livres de rente.
Ensuite, (tes divers fonds de ,réson-e dont nous parlions tout à l’heure, former un fonds do mutuelle assistance entre toutes les industries, de telle sorte que celle qui, une année, se trouverait en souffrance, filt secourue par celle qui aurait prospéré. Un grand capital serait ainsi formé, lequel n’appartiendrait ii personne en particulier, mais appartiendrait h tous collectivement.
La répartition do ce capital de la société entière serait cjnliéo a un conseil d’administration placé au sommet de tous les ateliers. Dans scs mains seraient réunies les rênes do toutes les industries, comme dans la main d’un ingénieur nommé par l’Etat serait remise la direction de chaque industrie particulière..
Contradictions sur contradictions ! Après nous avoir entretenu de bénéfices, Louis Blanc nous parlé de fonds de réserve : encore une idée empruntée à l’économie domestique, mais qui s’évanouit dans l’économie sociale.
Le fonds de réserve est cette partie de l’avoir du producteur qui n’esT, ni produit, ni instrument de production, ni richesse mobilière ou immobilière, mais capital libre ou réalisé, c’està-dire argent. Or, l’argent n’est pas une richesse pour la société ; c’est tout siinpleinent un moyen de circulation, qui pourrait très avantageusement être remplacé par du papier, par une substance de valeur nulle. Il suit de là quo, dans la société, l’argent ne peut devenir fonds de réserve; que dis-je? il ii’y a pas de fonds do réserve itour une société. Tout est machine ou marchandise, instrument de production ou objet de consommation. Une réserve sociale! lion Dieu! c’est im reste dans une éiiuation.
Quant au conseil d’administration, chargé de faire la répariition du fonds de réserve de la société, c’est la plus réjouissante plaisanterie qui stfit jamais venue à la tôle d’un utopiste. La ré- .serve de la société se compose de tous les produits fabriqués d’avance par chaque industrie, et qui attcndenl en magasins le consommateur. La distribution de ce fonds de réserve n’est pas autre chose que la circulation, Y échange des produits conirelesprodiiils. — Il est des é|ioques où l’espèce humaine, héliélée, ne peut être ramenée au sens commun q'ac par les jiltts grosses platitudes. Nous sommes a 1 une de ces époques-là.
L’Étnt arriverait à la réalisation de ce plan par des nicsuros successives. 11 ne s'agit do violcnlor pci-sonno. L’Etat donnerait son uiodèlc : ii coté vin-aient les assncialinas privées, le système économique actuel. Mais telle est la force
d’élasticité que nous croyons au nôtre, qu’en peu de toniVs, c’est noire ferme croyance, il se serait étendu sur toute la société, attirant dans son sein les systèmes rivaux par l’irrésistible attrait de sa puissance. Ce serait la pierre jetée dans l’eau, et traçant des cercles qui naissent l’un de l’autre en s’agrandissant toujours.
Art. 7. Les colonies agricoles seraient fondées dans le même but, d’après les mêmes principes, et siu les mêmes bases.
^près avoir ainsi exposé son plan, Louis Blanc engage les associations ouvrières à se concerter, à nouer entre elles ce précieux lien de solidarité, qui les soutiendra, dit-il, contre le milieu environnant; à créer, en un mot, par leur organisation spontanée, le Ministère du progrès. C’est finir par où il aurait fallu commencer : il est curieux de voir le théoricien de l’organisation par l’Etat faire appel à l’initiative populaire. Malheureusement, si le conseil est bon, les moyens indiqués sont détestables : je n’en veux d’autre preuve que ce Ministère du progrès qui revient encore au bout des exhortations de Lonis Blanc. Hors dé l’Eglise, point de salut ; hors du Gouvernement, point de liberté t le réformateur du Luxembourg- ne sorfpas de là!...
Je n'ai jamais douté, pour mon compte, de la bonne foi de Louis Blanc, de la ferme croyance qu’il a en son système, al de sa volonté arrêtée de le réaliser, si le Minislère du progrès lut en eût donné les moyens. C’est, par cet esprit affirmatif, par ce génie hardi et entreprenant, lieaucoup plus ciue par les qualités de son style et la profondeur de ses études, que Louis Blanc est à nies yeux un écrivain respectable, et qui mérite qu’on le réfute. Aujourd’hui que l’espoir d’une initiative par en haut est perdue pour sa théorie, il engage les travailleurs, de toute la force de son éloquence, à la réaliser par leur propre initiative, ce qui est déjà une contradiction à son système, ainsi que la pratique le lui démontrera.Cen’est pas tout: après avoir reproduit et développé, au ixiiiit ■de vue comniuniste, la théorie de Law du crédit par l’Etat, Louis Blanc, dans le premier numéro du Nouveau Monde, s’est rangé au principe du crédit gratuit, sans songer que le crédit gratuit est la négation mônieducrédilparrElal, comme du bénéfice, de Vinlcret, de Yainorlissement, du produit net, du salaire uniforme, de la réserve sociale, do la solidarité sans concurrence, du communisme, du gouvernementalisme, de tout ce qui, en un mot, constitue Vorganisalion du travail et l’associafto/i, d’après Louis Blanc.
La Banque du peuple a été fondée en opposition des théories du Luxembourg, aussi bien que des théories absolutistes et malthusiennes : il est étrange qu’on veuille en faire aujourd’hui un moyen de-féodalité communautaire, et de gouvernementalisme mercantile. Crée? le crédit gratuit, le crédit qui assure à la fois, à chaque jtroducteur, sans aucune condition d’association solidaire, l’instrument de travail et Le dé-
RÉ^■OIXTIO^•^•AIl\r;.
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Dl'N RÉV()I.rTIOXNAmE,
liant à cette eanditlalure qui excluait de leurs dynasties. Seul, avec li‘s répi de la gauclie qui volaient pour Cavaie'i le petit nombre de socialistes rallies ai llaspail, le Peuple était dans la bon ïans la voie de la logique et de la lid République. C’est pour cela (|uc j’ai ( de toutes mes forces la candidature t Napoléon ; je croyais faire oiipositinn pire, tandis que. malheureux! je faisa de à la Révolution. Je voulais emi charriot d’Ézécbiel, forcer la main ii ( régne dans les deux et qui goinerne 1 blïques, comme dit Bossuet ; et l 'éta l’iluraanité que je me rendais sacrih suis puni : Meil culpù!
Franchement, je 'n’eusse pas domnnd avant le 10 décembre, que de me ral candidature de Louis Bonaparte, et 10 décembre, que d’appuyci’ son g' ment, s’il avait su me tliru par iiuel au nom de quel principe, en vertu (!
nécessité, histori([ue. oolithiuc ou s avait été fait Président de la Bé|)ubli(pi que Cavaignac, ulutét que Lodru-Bol les gouvernails laissent tout à devi gouvernés; et plus j’y pensais, jilu.ma bonne volonté, je devenais perpl sorbé dans mes réflexions, je crus un j( trouvé la solution que je ehcrcliais parole,s prophétiques de .Mirabeau, i par CliAtoaubriant dans une circousl n’était pas sans analogie avec le ui i 1818, je véux parler du sacre de l’ci 5 décembre 1801 : «Nous donnons n » exemple de celte aveugle et mobile 1) dératiori ([ui nous a conduits d’àg » à toutes les crises tpii nous ont su » ment affligés. Il semble ipie nos « puissent être dessillés, et que uoi )) résolu d’être, jusipi’à la cniisoiiuu )i siècles, des eiifnnsquelquefois miilii )) jours querelleurs. «
La papillonne! aurail dit Fnui'iei là une cause? est-ce un principe? e‘ néce.ssité? O Providence! lit as v;ii voies sont impénélrables!
Enfin, Louis Bonaparte n paih' : il vélé lui-même; mais le monde ne 1’;
core compris,
LxFraxce, a-t-il dit, je ne sais plus ,1 i|uel propos, je ne sais plus quand, je ne sais plib où, LK Frax’cf, m’a élc mrcf. gi E JE m: sus ii'.nr.i x P.vnTil... Traduisez : La France m a élu paire qu’elle ne rcut plux de t/nuvcrneinen/.
Oui, la France a nommé Louis Bonaparte Président de la République, parce (pi’elle e^l fatiguée des partis, parce que tous les partis sont'morts, parce qu’avec les partis le pouvoir lui-même est mort, et qu’il n’y a plus qu'à l’enterrer. Car, ainsi que nous l'avons vu (fans tout Je cours de re iveiLle pouvoir et |i>s partis sDnl run à l-itulre cllel el cause ; dlcz ceux-ei,
force et la grandeur de la nation française, monarchie eC répuWique, Eglise et parlement, lioiu'geoisie et noblesse, gloire militaire, sciences, lettres, beaux-arts, tout est mort; tout a été fauché comme une vendange, et jeté dans la cuve révolutionnaire. Gardez-vous d’arrêter le travail de décomposition; n’allez pas mêler avec la houe et le marc la liqueur vivante et vermeille. Ce serait tuer une seconde fois Lazare dans sa tombe.
Depuis près de nngt ans que nous avons commencé de mourir, que de fois nous avons cru toucher au terme de notre métamorphose !
Pas un accident qui n’ait été pris par nous pour le signal de la résurrection, pas le plus petit bruit qui n’ait sonné à nos oreilles comme la trompette du jugement. Cependant les années se suivent, et le.grand jour n’arrive pas. C’est comme au moyen âge, la mysliücatiou des millénaires. Pologne, Belgique, Suisse, Ancône, quadruple alliance, droit de wsite, sociétés seerëles, machines infernales, coalitions parlementaires; puis BejTOuth, Cracovie, Prilchard, les mariages espagnols, l’emprunt russe; puis là disette, la réforme électorale, leSunderbund, et, par dessus tout, la corruption!... Enfin, Révolution de février, spectacle en douze tableaux, sufirage univei'sel, réaction, et puis encore, et puis toujours, corruption! Que d’occasions de nous faire voir, si un reste de cœur nous battait ! que de motifs d’agir, si nous étions un peuple! Parfois, nous avons essayé de nous lever... le froid de la mort nous a reclpués dans notre cercueil. Nous avons jeté nos dernières flammes entre les pots et les veri’os : les toasts des draasliques, des démocrates, des socialistes, sont toute notre part dans l’histoire de France, depuis juillet 18i7 jusqu’à septembre 18i9.
Nous ne cessons d’accuser, et moi le premier, injuste ! le gouvernement de Louis Bonaparte. Ainsi nous accusions Louis-Philippe. Le gouvernement du 10 décembre? il n’existe que pour mettre le scellé sur la chambre mortuaire, vous dis-je ; laissez-lc remplir sa fonction de croque-mort. Apres la fâche horrible et sans seconde de la roy-auté do juillet, le devoir de la présidence est de vous déposer dans votre charmer. Louis-Philippe fut, par le pouvoir, le dévastaleur de la société; Louis Bonaparte sera le démolisseur de ce qu’avait laissé Louis-Philippe, le pouvoir. Les circouslahces qui ont accompagné son élection, la place qu’il occupe dans la série révolutionnaire, la politique que lui ont imposée scs parrains, l’usage qu’il a été conduit à faire de son autorité, la perspective ouverte devant lui : tout le pousse, tout le précipite. C’est la Révolution elle-même qui a fait la leçon à Louis Bonaparte. N’a-t-il pas, comme Louis-Philippe, marié ensemble, afin de les déshonorer l’un par l’autre, le jésuite et le doctrinaire? n’a-t-il pas dit, dans son discours d’instaUation, qu’il eon-
linüerait la politique de Cavaignac, le fils d ■ régicide?... En vérité, je.vous le.dis : le rôle du Président de la République était écrit au livr ■ des destinées ; ce rôle, c’est de démoraliser le pouvoir, comme Carrier démoralisait' le supplice.
Cette situation comprise, la marcb'e, que le socialisme avait à suivre était toute tracée. 11 n’avait qu’à pousser à la démolition du pouvoir; en agissant, pour ainsi dire, de concert avec le pouvoir, et favorisant, par ùne, opposition calculée, l’œuvre de Louis,Bonaparte. Par cette tactique, la Providence divine et la Providence humaine se retrouvant d’accord, rien ne nous résisterait. Les considérations qui, avant le 10 décembre, avaient fait redouter au socialisme l’alliance de la Montagne, ne subsistaient plus : cette alliance devenait tout profit, tout bénéfice. Louis Bonaparte élu à une majorité écrasante, la réaction rendue par lui si redoulaiile, l’espérance de ressaisir le pouvoir disparaissait pour longtemps aux yeux des Montagnards, éngagés par leur programme, et forcés de marcher où il nous plairait les conduire.
Deux choses étaient à faire : en premier lieu, absorber la question politique dans la question sociale, en attaquant simultanément et,de,front le principe capitaliste et le principe d’autorité; secondement, faire produire à celui-ci toutes les conséquences de sa dernière formule, en autres termes, aider la présidence, autant qu’il serait en nous, dans son œuvre de suicide.
Par là, la vieille société était arrachée de ses fondemens ; le jacobinisme devenait pùr socialisme ; la démocratie se faisait plus libérale, plus philosophique, plus réelle; le socialisme lui-même sortait de son enveloppe mythologique, et se posait, comme sur deux colonnes, sur la double négation de l’usure et du pouvoir. Partant de là, le sj'stèrae social se dégageait de la fumée des utopies; la société prenait conscience d’elle-même, et la liberté so développait sans contradiction, sous l’aile du génie populaire.
En même temps le pouvoir accomplissait paisiblement sa destinée. La Liberté, qui autrefois l’avait produit, étendait sur lui le suaire : le triomphe du socialisme était de le faire mourir, comme dit na'ivement le peuple, dé sa belle mort.
Mais, à côlé du capital et du pouvoir, il était une troisième puissance qui, depuis soixante ans, paraissait endormie, et dont l’agonie menaçait d’être bien anlrement redoutable : c’était l’Eglise.
Le capiial, dont l’analogue, dans l’ordre de la politique, est Gouvernement, a pour synonyme, dans l’ordi'e de la religion, le CalMicis'nie. L’idée économique du capital, l’idée politique du gouvernement ou de l’autorité, l’idée'théologique de l’Eglise, sont trois idées identiques cl réciproquement converlibles : attaquer l’une
D'UN REVOLUïIONNAIUE. 83
c’est attaquer l’autre, ainsi que le savent parfaitement aujourd’hui tous les philosophes. Ce qüe'le'càpital fait sur le travail, et l’Etat sur la lihefttS, l’Eglise l’ophre à son tour sur l’intelli-, gence.' Cette'trinité. de l’absolutisme est fatale, ilans la pratique comme dans la philosophie.
Pour opprimer efficacement le peuple, il faut renchaîrter'à'la fois dans son corps, dans sa volonté,’dahs sa raison. Si donc le socialisme voulait se raanifester d’une manière coinjilète, j)OSitive, dégà^ée de tout mysticisme, il u’avait qu’ühe chose a faire, c’était de lancer dans la circulation intellectuelle l’idée do celle trilogie. L’occasion se présentait on ne peut plus favorable.
■ Les chefs du catholicisme, comme s’ils eussent été d’accord avec nous, étaient venus d’eüx-raÊmes se placer sous le coup de la dialectique révolutionnaire. Ils avaient pris parti pour la Sainte-Alliance contre les nationalités, pour lès goüvernemens contre les sujets, pour le capital contre le travail. A Rome, la lutte était ouverte entre la théocratie et la révolution; et, comme pour rendre plus éclatante la dénionstratidn socialiste, le gouvernement de Louis Bonaparte,embrassait hautement, au nom des intérêts catholiques, la cause du pape. Nous n’avions plus qu’à signaler cette triple forme de l’esclavage social, cotte couspiration de l’autel, du tr&o et du coffre-fort, jioiir qu’elle fût aussitôt comprise. Pendant que la léaction dénonçait notre athéisme, ce qui nous inquiétait assurément fort peu, nous racontions chaque malin quelque épisode de la ligue sainte, et, sàns déclamation, sans argument, le IKüple était démonarchisé otdécatholicisé.
Tel fut, à partir du 10,décembre, le plan de bataille indiqué par le Peuple et- suivi genéraleméht par les journaux de la démocratie sociale; 'ét, j’ose le dire, si ce plan n’a pas encorp Obtenu tout le succès qu’on est en droit'd’en attendre, il a produit déjà des résultats impérissables ; le reste est une question de temps.
Le capital ne ressaisira jamais sa prépondéraiKîe : 'son secret est dévoilé. Qu’il célèbre sa défnière orgie ; demain il faut qu’il se brûle, sur SOS trésors, comme Sardanapalc.
Le'pouvoir est perdu en Franco, condamné qu’il est à faire chaque jour, pour sa propre défense, ce que le socialisme pourrait inventer de plus tcrrildc pour sa destruction.
Le catholicisme n’a pas attendu ([u’on lui ôlût le masque : le squeloUc s’est déeouvori sous son linceul.' Le monde chrétien crie vengeance conti-e l’Eglise et contre le pape. L’expédition d’Oudinot a donné cà la pn|iauté le coup de grâce : les doctrinaires, qui ne songeaient qu’à détruire le jacobinisme en l’attaquant dans lin de scs foyers, poussés par les jésuites, ont fait eux-mêmes la besogne du socialisme. En Pie IX s’est écroulé le trône de saint Pierre, Or, la papauté démolie, le catho¬
licisme est sans vertu : Motie k bête, mon le
Quand la rage des partis, quand les honmies de Dieu,’ ignorans des alfàires do la philosophie , font si bien les choses, c’est une haute inqirudcnce, c’est presque un crime de les chicaner dans leur travail. Nous n’avions qu’à expliquer le sens des faits, à mesure que l’aveuglement de nos ennemis les mettait on Inhiière ; relever la logique, j'ai presque dil la loyaulé avec laquelle le gouvernement do Louis Bonaparte s’arrachait les entrailles: approuver, louer môme les démonslralions éloquentes du ministère BaiTOl-Falloux-Faucher, ou, ce qui revenait absolument nu raCrao, les dénoncer de toile süi'lo que ces amis y trouvassent sans cesse de nouveaux motifs de jiersisUmce.
Dès avant février, j’avais prévu ce qui arrivait. Personne ne fut jamais mieux prépai’é pour une lullc do sang-froid. Hais telle est l’ardeur des discussions politiques, que le plus sago y est toujours emporté par la passion. Quand il me suffisait, pour vaincre, de la seule raison, je me jclai avec une sorte de fureur dans l’arèiie. Les injustes aUaquos doni j’avais été l’objet de la part do cpielqucs hommes du parti de la Monlagiio m’avaient blessé; l’élection de Louis Bonaiiarle, injurieuse, suivant moi, pour
10 parti républicain, me pesait. J’étais comme le peuple, quand l’aiguillon de la lyrannie le louche, cl (|u’il se soulève en mugissant conlre ses maîlres.La vérité et Injustice dé notre cau.se, au lieu de calmer mon zèle, ne servaient qu’à l’atliscr ; tant il est vrai que les hommes qui foui le plus d’usage do leur cnlendemenl sont souvent les plus indomplablcs dans leurs passions. Je me suis al)hné d’éludos, j’ai abruli mon .'imo à force de médiUUions : je'n’ai réussi qu’à cnllammer davantage mon irascibilité. A peine relevé d’une maladie grave, je déclarai la guerre au Présidcnl de la ilépublique. .T’allais livrer bataille au lion : je n’étais pas mémo un moucheron.
,1e l’avoue, à présent qu’il m’est pprmis de mieux juger les faits ; cette agression immodérée de ma part envers le chef do l’Etat était iiijuslc.
Dès lo premier jour de sou cnlrée eu fonctions, lo gonvernemcnl présidentiel, fidèle a l’ordre qui lui avait été donné d’en-haut, préludait à l’extinction du principe d’autorité, en soulevant le conllit entre les pouvoirs. Pouvaisje mieux aUcudre que les sommalions de Jî. Odiloii Barrot à rAssornldéc Constituante, et la fameuse iiroposilioii ilalcair? Comment co fini venait confirmer mes prévisions me fit-
11 jicrdre le calme? A quoi bon des invectives envers un liommc qui, instrument do la fatalilé, méritait après tout, pour sa diligence, des applaudisscmens?
Je savais à raci-vcille que le gouverneraeni. est de sa nalure coiUre-révoluliunnaire : ou il résiste, ou il opprime, ou il corrompi, ou il
sSvil. Lo gouvernement ne sait, ne peut, ne voudra jamais autre chose. Mettez un saint Vincent de Paul au pouvoir : il y sera Guizot ou Talleyrand. Sans remonter au-delà de Fdvrier,'le Gouvernement provisoire, la Commission Exécutive, lo général Cavaignac, tous les i-épublicains, tous les socialistes qui avaient passé aux airaires,,n’avaient-ils pas fait, qui do la dictature, ([ui de la réaction? Comment Louis'Bonaparle n’eût-il point marché sur leurs tracés? Etait-ce sa faute à lui? Ses intentions u’étaient-ellos pas pures? Scs idces connues n’étaien^elles pas une protestation contre sa politique? Pourquoi donc cette fureur d’accusation, qui n’allait à rien de moins qu’à incriminer le destin? La responsabilité que je faisais peser sur Louis Bonaparte était à contresens; et, à force de l’accuser de réaction, J’étais moi-môme, en voulant l’empêcher, réaction-
Je n’ignorais pas davantage, et qui jamais le sut mieux que moi? que si le Président de la llépubliquc, aux termes expiés de vingt articles de la Constitution, n’était que l’agent et le subordonné de l’Assemblée, en vertu du principe de la séparation des pouvoirs, il était son égal et fatalement son antagoniste. Il était donc impossible qu’il n’y eût pas dans le gouvernement conflit d’attributions, rivalité de prérogatives, tiraillcraens réciproques, accusations mutuelles, par conséquent, dissolution imminente de l’autorité. La proposition Bateau, ou toute autre semblable, devait jaillir du dualisme constitutionnel aussi infailliblement que l’étincelle jaillit du choc du caillou contre l’acier. Ajoutez que Louis Bonaparte, philosophe médiocre, ce dont assurément je ne lui fais pas un crime, avait pour conseillers des jésuites et des doctrinaires, les pires logiciens, les plus détestables politiques qu’il y ait au monde; que de plus il il se trouvait par l’injustice de sa position porsonncllemciit responsable d’une politique dont il n’avait à signer que les actes; responsable desconllitsconstitutionnels, dont on le faisait le boute-en-train ; rcspoiisahio de la sottise et des mauvaises passions des con- .•ieillers, que la coalition de ses électeurs lui imposait !
Quand je songe à la misère de ce chef d’Etat, je suis tenté de pleurer sur lui, et je bénis nia iiristm. Jamais homme fuf-il plus affreusement sacrifié? Lo vulgaire s’csl émerveillé de cette élévation inouïe ; je n’y vois que le châtiment posthume d’une ambition au tombeau, que la justice sociale poursuit encore, mais que le peuple, do courte luémoire, a déjà oubliée. Comme si le neveu devait porter les iniquités do l’oncle, Louis Bonanarto, j’en ai lieur, no sera ((u’un martyr de plus du fanatisme gouvernemental ; il suivra dans leur chute les monarques scs devanciers, ou bien il ira rejoindre dans leur infortune.les démo- ^.ralcs qui lui frayèrent la roule, Louis Blanc
etLedru-Rolliii,Blanqui et Barbes. Car, ni plus ni moins qu’eux tous il représente le principe d’autorité; et, soit que par son initiative il veuille précipiter, soit qu’il essaie de refouler la révolution, il succombera à la tûclie, il pé- Vira. Triste victime! quand tout en mè réjouissant de tes efforts, j’aurais dû te plaindre, t’excuser, te défendre peut-être, je n’ai eii ppur loi qu’injure et sarcasme ; j’ai été méchant.'
Si j’avais la riioindre foi aux vocations surnaturelles, je dirais que de deux choses l’une : Louis Bonaparte a été appelé à la présidence de la République pour racheter le peuple français de l’esclavage du pouvoir, restauré et consolidé par l’Empereur, ou bien pour expier le despotisme de l’Empereur. Deux voies, en effet,'sont ouvertes àLouis Bonaparte : l’une qui, par l’initiative populaire et la solidarité organique des intérêts, mène droit à l’égalité et à la paix, c’est celle indiciuée par l’analyse socialiste et l’histoire révolutionnaire; l’autre qui, par le pouvoir, lo conduira infailliblement aux catastrophes, c’est la voie de l’usurpation, déguisée ou à force ouverte, et dans laquelle l’élù du 10 décembre se trouve visiblement engagé. Fautil que nous voyions encore celui-là sauter comme les autres, et tout retour lui esl-il fermé?... Deraandcz-le à lui-même : quant à moi, je ne sam'ais plus rien vous dire. Je suis un trop grand ennemi pour que je me hasarde à donner des conseils; il me suffit que je vous fasse voir dans lo passé l’avenir de notre pays réfléchi comme en une glace. Qui vivra verra!...
Il y avait donc, avant le 10 décembre, mille contre un àparier que le président de la République, quel qu’il fût, se placerait sur le terrain gouvernemental, par conséquent sur le terrain réactionnaire. Dès le 23, Louis Bonaparte, en prêtant serment à la constitution, réalisait cette prévision sinistre. 11 suivrait, disait-il, la politique de Cavaignac; et, en signé d’alliance, il donnait la main à son riv;d. Quelle révélation pour le général, quand de la bouche même de Louis Bonaparte, il s’entendit dire quoies actes de son gouvernement n’avaient été ([u’une préparation à l’absolutisme ! Combien il dut regretter sa funeste complaisance pour ces /lonnêlcs et modérés qai l’avaient si indignement trahi ! Et qu’il dut gémir de n’avoir pas accordé cette amnistio qu’il réservait sans doute en signe de réconciliation, pour le jour do son avènement ! Fais ce que dois, advienne que pourra ! Cclto maxime féodale était digne d’un républicain.
Les sujets d’oiiposition arrivèrent vite, et le suicide du gouvernement commença. La proposition Bateau, faisant suite à la sommation du jirésident du conseil, dénonça les hostilités. L’incompatibilité d’humeur entre les pouvoirs n’attendait pas au trentième .jour pour se dévoiler; du même coup se manifesta plus ardente la haine mutuelle, instinctive, du peuple pour le
D'UN REVOLÜTIONNAIRE, 85
gouvernement, du gouvernement pour le peuple. La journée du 29 janvier, dans laquelle on vit le goiivernement et la démocratie s’accuser l’un l’autre de conspiration et descendre dans la rue, prêts à se livrer mtaillc, ne fut probablement qu’une panique, ell'et de leur méfiance réciproque : ce qu’il y eut de plus clair en celte aventure, fut qu’entre la démocratie et le Président, de’ même qu’autrefois entre l’opposition et Louis-Philippe, la guerre s’agitait.
lu Peuple se signala entre tous dans la lutte. Nospréniiers-Paris ressemblaient à des réquisitoires. Un.minist're, M. Léon Faucher, revenant à son premier métier, avait la complaisance de nous donner la réplique ; ses insertions au Moniteur, commentées par la presse républicaine, liroduisaiént un ell'et monstre de colère et de
É é. Cet Être bilieux, (jue le ciel a fait plus que sa caricature, et qui a la singulière manie de vouloir être pire que sa réputation, faisait plus à lui seul, contre le pouvoir qu’il représentait, que toutes les diatribes démocratiques et sociales. Si la patience avait pu tenir à la Montagne, et M. Léon Faucher au ministère trois mois de plus, les gamins de Paris auraient reconduit au fort de Ham Louis Bonaparte, et ses ministres à Cliarenton. Mais un tel succès n’était point réservé à la malignité journalistique; la question sociale no pouvait se vider à ce combat du ridicule : c’est un honneur pour ellei
Louis Bonaparte,'devenu par la volonté du législateur et l’égoïsme de scs conseillers l’agent responsable d’une politique de reaction et de rancune, perdit en trois mois la meilleure part des forces que lui avait apportées le scrutin de décembre. Compromis ])ar O. Barrot, engagé dans une expédition liberticide par M. de Falloux, déshonoré par Léon Fauclior, le Gouvernement s’affaissa sous le nouveau Président pour ne se relever plus. La foi au pouvoir, le respect de l’autorité est mort dans les cœurs. Qu’est-ce qu’une puissance qui ne repose que sur la pointe d’une baïonnette"; Bois et princes n’y croient plus eux-mêmes ; leurs intérêts de capitalistes passent avant leur dignité do souverains. Ce, n’est pas de leurs couronnes qu’ils s’occupent aujourd’hui ; c’est de leurs pro|)riéics! Ils ne protestent jioiiit. comme autrelois Louis XVni, l’exilé de Mitlau, contre les actes de la démocratie: ils lui réclament leurs revenus. Essayer de ta monarchie, en France, quand , tout le monde, et les titulai.res euxmêmes n’ÿ voit plus qu’une aflaire de liste civile, c’est tourner le poignard dans le cadavre. .
Il n’y a'pas de victoire sans morts ni blessés. J’ai gagné, à la bataille du 29 janvier, livrée entre l’autorité législative et la prérogative présidentielle, trois ans de prison. Ce sont là les croix et pensions que la République démocratique et sociale promet à ses soldats. Je ne m’en plains pas : Qui cherche le péril périra, dit
l’Ecriture sainte; cl, A ht guerre comme à la guerre. Mais je ne puis m’empêcher de faire remarquer ici avec quelle profonde sagesse le législateur, soigneux des vengeances des partis, leur adonné, dans l’inslituliou du jury, un moyen honnête de se décimer les uns les autres, et a rétabli, pour le service de leurs haines, l’ostracisme dans nos lois.
En attaquant Louis Bonaparte, je m’étais cru, vis-à-vis de la justice, parfaileméut eu règle. Le seul délit qu’on pût me reprocher, si tant est que j’en eusse commis un, était d’avoir ofi'ensé le Président de la République. Or, le Président de la Républkiue étant, comme tout autre magistrat, responsable ; par conséquent les prérogatives de la iicrsoime royale, déterminées par la loi do 1819, n’existant pas pour lui, je ne pouvais être cité en justice que sur la plainte du Président que j’aurais otiensé, non poursuivi d’office par le ministère public, qui n’avait point à se mêler d’une querelle entre particuliers. Ainsi, ce n’était plus un délit politiipie qu’on iiouvait m’imputer, mais bien une simple offense ou dillamalion toute personnelle. Sur ce terrain, je n’avais rien à craindre. Je n’avais point attaqué Louis Bonaparte dans sa vio privée ; j’avais parlé uniquement des actes de son pouvoir. Devant la Gonslitutiun et devant la loi, ma position était inexpugnable.
On le sentait si bien, que plus tard, lors de la discussion de la dernière loi sur la presse, on crut devoir, par une disposition spéciale, attribuer au ministero public la poursuite des ofionses commises par la voie de la presse contre le Président.
Mais pour les casuistes du parquet, celte dit ficullé, qui me semblait, à moi, logicien scru puleux. insurmontable, n’était qu’une bagatelle. A mon extrême surprise, je' me vis accusé, pour unqiainphlet où il ii’élait question que du Président do la République :
1" D’excitation à la haine du gouvorucnient :
2" De provocation à la guerre civile;
. 3" D’attaque à la Constitution cl à la propriété !
S’il avait |)lu à M. Meyiiard de Franc de me charger encore, à propos d’un article du Peuple sur Louis Bonaparte, des crimes d’infanticide, de viol ou de fausse monnaie, il le pouvait : l’accusation aurait passé tout entière : il n’y avait pas do raison pour que je ne fusse aussi bien, aussi judicieusement condamné.
Sur son honneur et sa conscience, devant Dieu et devant les honnnes, à la majorité de 8 contre h, le jury me déclara coupable de tout ce qu’on voulut, et j’en eus pour mes trois ans. Vous demandez, candides lecteurs, comment il est possible d’accorder l’honneur et la conscience avec l’arbitraire d’une pareille accusation. Voici le mot de l’énigme, ([ui vous servira pour résoudre tous les problèmes du même genre.
« La loi, — dit le Code d’instruction crimi- » nelle, art. 342, — ne demande pas compte
8fl LES COiN
B aux jui-és d(s myem par lesquels ils se sont B convaincus; elle pe leur prescrit point de rèy> gles desquelles ils doivent faire particulibre- » ment dépendre la plénitude et la sulïîsance B d’iuie prèùve. Elle ne leur dit point : Fous B tiendrez pour irai tout fait attesté par tel du B tel nombre de témoins. Elle ne leur dit pas non B plus : Fous ne regarderez pas comme suffisam- » ment établie toute prcute qui ne sera pas for- » mée de tel procès-rerbaL de telles pièces, de tant B de.témoins du de tant d’indices. Elle rie leur » fait que cette seule question, qui renferme » toute la mesm-c de leuré devoirs ; lre;-i'o?«
B une intime cohpiction?y>
Comprenez-vous maintenant’ On dit aux jurés : Avez-vous l'iniime connetion que le citoyen P.-J. Pnovrnox, ici présent, est un sujet dangereux pour l’Etat, ihcommode aux jésuites, inquiétant pour vos capitaux et vos propriétés? Peu importé qu’il existe ou n’existe pas de corps de délit, que le ministère public n’apporte aucune preuve de son accusation, que les motifs SÛT lesquels il s’appuie soient sans rapport avec les crimes et délits imputés à l’accusé. La loi ne vous demande pas compte des moyens par lesquels vous vous serez convaincus; eUeneprescrit point dé règles à votre jugement. Et quand même ledit Proudhori vous démontrerait—il en est fort capable,—que les faits mentionnés dans Pacte d’accusation sont controuvés’et travestis; quand il établirait, par pièces'et témoignages^, qu’il a fait tout le contraire de ce dont on l'accuse, et que c’ést Louis Bonaparte lui-méme qui, dans les articles incriminés, attaque la institution, provoque les citoyens à la guerre ehile, démolit rêglise et le gouvernement, et met en péril Ja propriété, vous n'étes point tenus de vous eh rapporter à de tels indices .Vous connaissez l’accusé; vous avez entendu parler de ses doctrines,: il ne vise à rien de moins, diton, qu’à faire perdre au capital son revenu, en lui faisant concurrence par le crédit, ainsi ([u’à démolir le gouverneriient en organisant le suffram universel. La loi ne vous fait que cette seule question, qui renferme la mesure de vos devoirs : 'Arez-rous, à l’égard de cet homme, me intime conciction?
Dans les procès civils, le juge est obligé de motiver sa décision. II faut qu’il rappelle les faits, les pièces, les témoignages, les textes de lois, la jurisprudence ; puis, qu’il fasse desraisonnemèns, des inductions, qu’il pose des principes et des conclusions. Ve.vposé des motifs, en un mot, est la partie essentielle de tout jugement.
Au criminel, c’est autre chose : le jury est dispensé de motiver son verdict. On ne lui demande que son intime conviction. 11 prononce d'instinct, par intuition, comme les femmes et les bêtes, chez lesquelles on a cru de tout temps qu’halntait la divinité. — Que t’a fait Aristide? demandait un Athénien à ce juré de campagne qui allail déposer çonhe rüiustrc proscrit sa
boule noire. — Il m'ennuie, répondit l'homme probe et libre, de l’entendre toujours appeler le JUSTE ! Voilà l’intime comiction !
Je n’ai garde de maudire mes juges : ils n’ont fait que suivre l’esprit de leur imparfaite institution. D’ailleurs, cette tuile, comme dit mon ami Langlois, qui comparaît en ce moment pour son compte devant le jury de Versailles, devait, un jour ou l’autre, tomber sur ma tête. Mais si je voulais bien être jugé, condarariéj voire même emprisonné, du moins avais-je fait vœu dans mon coeur que ce serait pour une cause grave, la Banque du peuple, par exemple. La Providence, qui me poursuit, ne m’a pas jugé digne de souffrir pour la vérité.
Vive la République démocratique et sociale 1
XVIlI. — 21 luui's ; Loi S5U* les cliib.'S.
Késisiance légale.
Ainsi, par l’élection du 10 décembre, et la formation du ministère Barrot-Faùcher-Falloux, la réaction avait fait uii nouveau progrès. Le gouvernement avait passé des républicains du lendemain aux doctrinaires. Encore un pas, encore une manifestation de la démocratie inintelligente, et nous tombions entre les mains des jésuites. C’était sous les coups de ses propres théologiens, devenus ainsi les continuateurede la Révolution, que devait périr le principe d’autorité.
Tout s’enchaîne dans la marche des sociétés, tout sert au progrès des révolutions. Et quand, pauvres raisonneurs que nous soirimes, rions crojons tout perdu par un de ces coups dè notre politique aveugle, tout est sauvé. La réaction comme l’action nous pousse en avant. la résistance est mouvement. Lè Président dé la République, dont la signilîcation historique est de dissoudre partrii nous le principe d’autorité, lie devait point s’adresser aux montagnards pour accomplir son œuvre de mort. D’après les lois de la dialectique révolutionnaire, qui mène à leur insu les gouvernemens 'et les sociétés, c’aurait été, de la part de Louis Bonaparte, un mouvement rétrograde. Depuis février, l’axe du monde s’étant déplacé, alors qu’on semblait reculer, on avançait. T'ious venons dé voir M. Odiion Barrot s’attaquer, au nom de la Constitution elle-même, à la Constitution,' én élevant le conflit entre los pouvoirs : riôus allons voir M. Léon Faucher, le provocateur du 29 janvier, s’attaquer, par la loi des clubs, ‘aux Institutions. Après les institutions, viendront les Principes, et après les principes, les Classes de la société. C’est ainsi que le pouvoir vient à bout de soi : il no peut vivre ni avec la Constitution, ni avec les institutions, ni avec les principes, ni avec les hommes. La démolition du pouvoir par lui-même forme une série d'àcles spéciaux déterminés d’avance, une sorte d’opération analytique que nous allons-voir le gpuvenioment de Louis Bonaparte exécuter'avec une rigueur; une précision qui n'apparticnpcnl
D’UN HÉVOLUTIONNATRE. 87
qu'à nolro pays. Le peuple français est le plus logicien de tous les peuples.
Certes, après la révolution de février faite au nom du droit de réunion, du droit qu’ont les citoyens de discuter entre eux les intérêts du pays, et de manifester solennellement leur opinion sur les actes du pouvoir ; après, dis-je, cette affirmation éclatante de l’initiative populaire, s’il était une institution qu’un pouvoir démocratique dût respecter, et non-seulement respecter, mais développer, organiser, jusqu’à ce qu’il en eût fait le plus puissant moyen d’ordre et de paix : c’étaient les clubs. Je dis clubs, comme je dirais meetings, sociétés populaires, casinos, gymnases, académies, congrès, comices, etc. ; en un mot,’associations et réunions de toute nature et de toute espèce. Le nom ne fait rien à la chose. Sous le nom de clubs ou tout autre qu’il vous plaira, il s’agit de l’organisation du suffrage universel sous toutes les formes, de l’édifice même de la Démocratie.
Le Gouvernement provisoire s’était contenté de faire surveiller les clubs : il s’est beaucoup vanté de. sa tolérance. Tolérer ! c’était déjà se déclarer hostile, c’était renier son principe. Après la toléi'ance, devait infailliblement venir l’intolérance. Cavaignac donna le signal ; l’atrabilaire Léon Faucher, trouvant l’œuvre de son prédécesseur insuffisante, entreprit de la compléter. Un projet de loi fut déiiosé par lui, qui déclarait purement et simplement l’interdiction des clubs.
Interdire les clubs, supprimer le droit de réunion, ne permettre aux citoyens de s’assembler au nombre do plus de vingt personnes, et pour quelque objet que ce soit, qu’avec la permission et sous le bon plaisir de l’autorité : c’est déclarer que le pouvoir est tout, qu’à lui seul appartiennent le progrès, l’intelligence, les idées ; que la démocratie u’est qu’un mot, que la véritable constitution do la société est le régime cellulaire; et qu’il faut, de nécessité absolue, pour la paix du monde et l’ordre do la civilisation, qu’une de ces deux choses périsse, ou l’initiative des citoy'ens, ou celle de l’État; ou la liberté, ou le gouvernement. Le projet.de M. Léon Faucher no contenait pas autre chose, au fond, que ce dilemme.
Lorsque M. Odilon Barrot porta lo premier la main sur U’arche sainte dugouveriiement, en élevantle conflit des pouvoirs, nous répondîmes à sa pensée en suspendant sur la tête de Louis Bonaparte l’épée de Damoclès, la rosponsabiité présidentielle. M. Léon Fauchei' s’en preimit aux institutions : ce qu’il y av.ut de mieux à faire était dè lui opposer une institution, la résistance légale.
On se souvient de cette fameuse séance du 21 mars, dans laquelle AI. Crémieux, rapporteur, déclara au nom de la commission nommée pour examiner le projctde loi sur les clubs, que par ce projet la Constitution était violée, et qu’eu conséquence, la commission cessait de prendre
part au débat. On sait qu’à la suite de cette déclaration, près de deux cents membres de l’Assemblée constiluanto sortirent de la salle des délibérations, et so réuniront immédiatement dans rancienno salle, pour aviser. Ce n’était rien de moins que le commencement d’une manifeslation semblable à celle du Id juin, lo premier pas dans la voie de la résistance coustilutionnelle. Mais on était trop près de février; et, admirez la prudence des représoutaus, par crainte d’afi’aiblir l’autorité, ou aimait mieux tolérer une violation ([ue faire une révolution. Grâce h un arrangement parlementaire, la démonstration de la minorité ii’eut pas de suite. Aliiis le l‘eupk, dès lo lendemain, comidéla la pensée de l’opposition, en appelani dès ce moment les citoyens, si l’Assemblée adoptait le projet (le loi, à la résistance.
Comme la question de résistance légab e.^l do la plus liauto gravité, qu’elle fût partie du droit républicain, cpie chaque jour l'arbitraire du pouvoir et de la majorité iinrlementaire la ramène, et que bien des gens la confond(3nt avec lo droit à l'insurrection reconnu par la Déclaration de 1793, je vais, avant de rendre raison de la politiiiue suivie par le Peupk eu celte circonstance, résumer eu ([uelques mots les vnds |)i'incipes.
Qu’est-ce que le droit à l’insurrection ?
Que faut-il euteiidre par ré.sistaiice légale?
Fil quels cas l’uu ou l’autre peut-il s'appliquer'?
S’il était possible que le gouvorncmenl eûl vraiment souci de l’ordro, ([ii’il resiiectàt la liberté et recherchât moins l’arbitraire, il s’emjirossei'ait do traiter ol'iiciellomeiit ces questions : il n’iibaiidoimerait pas cette tàebe à un journaliste. Aliiis le gouvernement hait pardessus tout les (piestions légales, et les étoidi'e tant qu’il peut. Ce qui rucciipe, c'est de poursuivre les autours, iiiipriiiieurà, crieurs, colporteurs, afficheurs : c’est pour eux qu’il réserve ses instructions et circulaires.
J’observe d’aboid que le droit d’insurrection, de même ciuo celui do résistaiico légale, sont propres à la période de siiiionliiiatiou et d'antagonisme : ils toml.ienl en désiiéliiile avec la pratique de la liberté. Dans une démocraüo organisée sm- la base do l’iiiitialive populaire, à foyers mulliples et ailmiiiislralions convergentes. il ne saurait y avoir lieu à l’exercice de liareils droits. Déjà, par l'étalilissemcut du suf- .i'rage imiversel, la Coasliiiilion do 1790 avait infirmé, tout en le rocminai.ssnnt iiiiplicitcmciit, lo droit (l’insurrefliou. Le ilespolismo impérial, les Cliarles de ISi'i- et 1830, le cous à 200 fr., l’onl rétabli. La Uévolution de février l’avail aboli de nouvixau, en même lomps que la peine de mort : la monstrueuse doctrine de l’om nipolcncc dos majorités parlementaires, que le gouvorncmenl voudrait faire prévaloir, le ramène encore.
Ce n’est donc pas. à dire vrai, un ]irincipe
88 LES COXFESSIOXS
(l'institution démocratique et sociale que nous allons discuter en ce moment ; c'est un principe demonarcliie absolue et constitutioniielle, une idée né-c- du prmléçre. Le socialisme répudie le droit à l'insurrection et la résistance lésale ; il n’a que faire, pour sa théorie, de pareilles sanctions. Mais, forcé de se défendre sur le terrain où la Constitution l'appelle, il l'emprunte aux ahsolutistfs et aux doctrinaires, auteurs nu inspirateuis de cette Conslilution. et s'en sert contre eux on manière d'arumiienl ad hominm. comme (iil l'Ecole.
Le droit à l'iasurrection est celui en vertu duquel un peuple iK-nt revendiquer sa liberté, soit contre la tyrannie d'uiulespote. si'iit (aaiitre les privilèges d'une aristocratie, sans dénonciation previlablè. et par les annes.
11 iwiif arriver, et tid n été jns(]u'ici i'étaf pres-que c-.instant de la pliqiart des nations, (ju'un qveuiile immense, dissi'iiliiié. dé,sarmO. trahi, se trouve à la merci de quekques milliers de satellites aux onln-s d'un desqiote. Pans cet état. rinsurrection est lie plein droit ; elle ne connaît de ri-des que celles de la ]irudeuce et de l’occ.asion. De celte esii'ece furent l'insurrection du IV juillet et celle du 10 août. La conspiration de .Malet, en 1812. qtouvait déterminer une insurreclion qui ei'il été ligalenicilt légitime. L'insunvciion de juillet IS30. oü le ! pays se rançrea du de la majorité représentative cont.ee un roi violateur du ]\icle. fut irréqiiijcliable; celle de ISVS. oit la majorité du pays se leva contre in majorité représentative pi’ur réclamer le Iwhiélirv du droit (decloral, fut d'autant qdus rationnelle, (pi'elle avait qirécisémeiit jwiur objet d'abroçer le droit d'insurrection en rchalilissani le suliracre universel.
Lors donc ipie la Convention, aqiri-s avoir or- "anisé lis nssembléf-s primaires et consacré de nouveau le sutl'rase universel, écrivait dans la Constitution de l'an n le droit à l'insurredioii. elle faisait, à pnqu-emeiit parler, de la iéirislation nhrospective ; elle prenait une trarantie contre un danqer cpii. en principe, n'existait jdus. La ('/instituante de 1818 en a usé de même. lorscpi'apr!''avoir di'claré. article 2'(. le fhffragf dirvc( et un'n-irsrl . elle ajoute, article 110. à l'insLardè la Cliarlc de ISdO. qu'elle confie le dép'l lie In CollSlililtinil et des dlXHls quelle criusnire n In ijurde et nu finlriotisme de tous les Franrais. En principe . réjxhons-ie. le sntfratte universi’l al'oiit le droit d'insurrection ; dans la pirnttijlie, l'antai.miii<iiie de- [louvuirs et l'afisolutisnie dix; majorités peuvent le faire rcnailre. Comment et dans (piel casl c'est ce qu'il s'a?it (le délermiiier.
Le droit d'insurrection oiVre donc ceci de caractéristique et (le spécial, qu'il suppose un peuple opprimé par un despote, un tiei's-état }xu' une aristocratie, le srrand nombre par le plus ]vii(. Tel c-st le principe. Hors de là, le .Iroit d'insurreciion disjiarait ; en pH'et, le relymumtre à uii povU LOnU-e la nalioii. à une
minorité contre une majorité, c’est nier le suffraae universel lui-même, c'esl faire de i'élai de "uerre l'état juridique des sociétés, et jxiscr comme principe d’ordre la suerre civile.
ïoulefois. il est un cas où le droit d'insurrection pourrait être légitimement invoqué qiai une nimorité contre une majorité ; ce serait celui oü la majorité, pour perpétuer son dtpotisme, voudrait abolir le sull'rage universel, ou. tout au moins, en restreindre l’exorcire. Dans ce cas, (lis-je, la minorité a le droit d,.. résister à l'oppression, même par la force.
En elfet, le suffrage universel est le mode pailequel la majorité cl la minorité se manifesteui : c'est de lui que la majorité lire son droit en même temps que son existence . de telle soi te que. si le suH'rage universel était suiqtrimé, toute minorité pourrait, sans être contrcdiie, se dire majorité, et conséquemment en appelé;' à l'insurrection. Loilà ce qui légitime la coiisqiiration de trente ans dont on a vu certain, membres du Gouvernement provisoire s'eimi'giieillir à la tribune. De ISIV à 18i8, le sni'frace universel u'existanl pas. la légitimur' du gouvernement pouvait toujours être suspectée ; et l'expérience a deux fois iirniiM qu'en eff'el. hors du suft'rage universel, tt'lir légitimité du gouvernement est nulle.
En deux mots, et nonobstant tout vote cnn- Iraire du peuple ou de ses représentaiis, l i majorité. li.“ coiiscnteineiit tacite nu raanifn-i" du Peujile. contre le suffrage universel, in: -> présume qias.
Telle est, d’après nos Constitutions iiiipai-faites et nos traditions révolutionnaires, la jnl'ispnidence. si j'ose ainsi dire, du droit d'insurrection. û‘ qu'il importe le qilus d'en rrè'nir. c'est qu'avec le progrès de la démncraii' ce terrible droit s'abroge de lui-même; et l'ni' peut affirmer qu'à moins d'une restauratimi, désormais impossible, dos idées absolutistes, Ir teiiqis des conspirations et des révoltes e,; liassé.
\ étions h la résistance légale.
Le droit d'insurrection, àvons-noiis dit. ne peut, dans un pays où le suff'rage universel eo de rigueur, être reconnu à la minorité contiv la majorité. Quelque arbitraires que soient le^ décisions de celles-ci, si llagrante’que paraissi' la violation du pacte, une raajoritfl peut tmijours mer quelle le viole ; ce qui rainènr I'' différend à une simqile question d’appréciatimi, et ne laisse, qiar consécjueni, aucun prétcxii' ,i la révolte. Et quand même la minorité se jinvaudrait de certains di'oils (intérieurs ou sujurieurs à la Constitution, que la majorité, seinn elle, aurait méconnus, il serait fticile à cellr-i i d'invoquer à son tour d’autres droits miirrieurs et supérieurs, telsiiue celui du salut public, en vertu de^uels elle légitimerait sa volonté ; si liien qu’eri définitive il faudrait lii.ijours en revenir à une solution par le volt', la loi du nombre. .VdmclU.ms donc, comme ù ■
DIX DÉVOLÜTIOXNAIRE.
montriie, cette proposition ; 1 et la maiorité des citoyens, ni (iitionnellenient par le snltri fontlit par les armes est illégi Cependant une minorité ne merci d’une majorité ; la just galion de la force, veut tpie I garanties. Car il peut arrive passions politiques et de rop rt'ls. qu’à la suite d’un acte d iiorité affirnip que la Cnnsii tandis que la majorité le i:
peuple étant appelé,' c prononcer en dernier ment, la majorité des citoyi majorité dos représenlans, d filé et la justice se l Itéré, foulées aux pieds par et d'après la Conslituliou, dev; .Alors la minorité, ouvi plus un parti d'oppo mentaire : eest un jiorti ] classe de citoyens mise hors tuation est la liuiite, li de tout lien social. Mais rinsi dite : que peut, ilans t
de la société; (tue la fnreui venue Jusqu’à dire : ^ qu'il y'a deux nations dans la laiblequi est opprimée, l'an h i|ui opprime ; ([ue la d’autre avouée ; mon i minorité est de coihoi déclarant. Le lien suci lilé est quitte enver.s la niajc gcnient ^tolitiquc : c'est re i le refus d’obéir au pouvoir, d
de faire le service militaire, motivé a été iioinraé ])ar les lance légale, uarco une !(' pou raat hors de la légalité, les ci lent en refusant de lui obéir.
La loi sur les clubs l'iniervi dans les réunions électorales, de Rome, violant la Consii pour ainsi dire, hors la loi 1
ce ])arti obtenait la majoiàté. cl tpie li‘ giniM'riiement persistât, le droit d’insiim'ciiun pnnlait alors s’ensuivit'.
Avec des ministres dont rnn ■(ir('li'ndaii .pic le cri de F/re la Uépuhlique dén; claie! qui résume toute la Cunsliluiinn, eq ii:enn,stitutionnel et factieux; dont l'autr.'tti'uoiiçaitlos démocrates,3ociulistes c.ninme dos nmlfaiteurs et des pillards; dont un troisième les faisait poursuivre, juger et condamner rnimne Icls; avec un gouvernement qui, sous le nom
IE> fDNFESSIONS
I«rce<îu Ils daif-nt SI...
ceux qui, coiqiables (it leur pi.ùiie auuravée. ]
-le r- ^ l'.i
que MM. ( laiem a e lion léuili vint leur .
plus iirunr
riÏÏvÏ
nl"es7éèum
liilnuie. Li presse iléiiuirraiiiine en laisaii ensuiie. pcmianl un nu us. le texte île ses instriietif.ns au peuple. Les représenians eu (MTivaienl à leiii-s élirieurs ; iiarlout on soniinait le souverneraeul de >'anx'ter dans sa voie deréaclioii. Si, malexé les notirieatiims qui lui étaient laites. le imiivoir s'olistinnit. alors on formait des riiniités ]unu' le liloi-us hermétique du uouvernemeTil ; leseiloypus et les communes s enlendaieni pour refuser simullânémeut l'impOt, les
droits d'oelroi,de résie, de navigation, d'enreiiistrement, etc., le service militaire; l’obéissance aux autorités. On agitait l’opinion ju.sqti'à ce que la résistance, sans autre signal, éclatât spontanément et (le partout. Le luntif de la résistance était simple et clair ; la loi -sur les clubs, l’expédition de Rome, les persécutions judiciaires, étaient une guerre faite .l la République : étail-cc aux républicains de fournir l’argent et les soldais’?...
Gmçoit-on ce que pouvait être une ré.sistaiirf. organi.sée dans les 37,000 communes de France? Le parti démocratiqile comptait plus du tiers de la nation : cherchez donc des garnis,aires et des gendarmes pour contrainilre timmillions de contribuables! Les paysans, .f' queli]iie opinion qu’ils fussent, n’auraient p,^^ plus tût entendu parler de refus de l’iuipi’ii, qn'avaiil de se déclarer ils auraient commenn^ par ne jilus payer; la haine de l’impôt du '-ei de celui sur les boissons et des 45 centime-, élail une sûre garantie de leurs dispositions. i| serait arrivé dans les villes et les campagnes r,. qui arrive à la Banque, à la Bourse et dans limi le miiiide financier et commercial, au rnomein des crises politiques ; dans l'incertitude deévi'memens et afin de n ôtre pas dupe, chacun ajourne le plus qu’il jieul ses paiemens. )..■ gouvernement eiit-il voulu user de rigueur ' Les poursuites n’auraient fait que soufller !•• feu. ii'uii seul coup, sans conflit, sans ellusiiiii de sang, notre svsième .si compliqué d'impOiétait reiiversté el force était de le changer i|i’ fond en comhle; la conscription abolie, la n'fiirme hvpotliécaire et les mstilutions de endit conquises. Le peuple appelé à voter luiméme rimput. le socialisme, par cette ré-nliition de la minorité , devenait une loi h.
nécessité, et entrait dans la pratique môme d.' lElal.
Il ne faut qu’un peu de connaissance du peuple el de la machine gouvernementale pom comprendre ce qu’tm pareil sy.stcme d'opposition, solennellemenl annoncé, énergiquemem soutenu, avait d’irrésistible, surtout apAs Icéleciiims du 13 mai. I-e jiarti démocratique fi.i se-ul à le trouver me.sqnin. impraticable, impns-silile. On parla de mobiliers saisis, vendu- r l’encan; de paysansetlrayésdevant les porleiiilie contraintes! Les feuilles les plus avancées les )ilus fnriliondes. s’étoiinbrenl de celle pohtique iiicoiwmihlc, de cette tactique de provumtr, comme elles disaient. Elles tremblaient e riiié-e d'ex!io.ser le peuple à la garnison cnller üve! Les |ilns bienveillans trouvaient la résolution imprudente, hasardeuse, surtout aniigouvernementale. Si le peuple, disaient-ils, s. refuse une fois h payer l'impôt, il ne le paicci jamais plus, el le gouvernement sera impossible! Cest toujours le gouvernement qui pis^ ii ■ cupo nos radicaux. Il leur faut le gouvernenieiil, et, avec le gouvernement, un budget, d'fonds secrets, le plus possible, Bref, la contre-
D'rX RÉVOLITIONNAIUE.
révolution fut adniirabk'incnl (lofomUii' par les organes (Je la révolution ; les néo-jacohiiiN portèrent pour les doctrinaires. Le Peuple recueil- !it de son initiative cinq ans de prisun et 10,000 fr. d’amende, et le Constitnlwnnel, riant bOus cape, n'eut (pi’à garder le siloiieo.
Quelle leron i)Our moi 1 quelle |iitoyalile cliuto! Comme j’avais mal jiigt' mes eoiilemporains, conservateurs et amis do l'ordre jus- (|u’à la moelle des os! tomme ie (,■(lmlais^ni^ peu nos preitendus révolutionnaires, gens de tapage cl de bavardage, (pii , dans la grande é|iO(iue de 1789 à 1800, n’oiit a[ieiTU ([u’agiialions, manifestations, bataillons, proscriiilinns. eide la République fondée on 02, ne savent encore aujourd’hui qu( 1 I
laient là les rouges qui inetlaient en fureur Léon Faucher! c’étaient là les prétendus lerioristes dont le gouvernement de Louis liunapai-ie faisait un épouvantail! Calomnie!
Les partis sont comme les suriéti’s. cmmiK' riiomme. En vieillissam. ns revieiniein a i mifaiice. L’bisloire du radiealismi>. ilepuis le 2.» février 18à8 jusipi’an 13 juin 18ifl. n’est qu'une succession de fautes. .Mais c'est eiicure lui aveu qu’il me faut faire, ipielipie pi'uiilile (|ii'il soit à mon amour-propre. Le radicalisnii' a été mieux servi par son incapai ité ipi'il ne l'eût été par les moyens décisifs (|i/e je propoviis. Depuis le 13 juin nous en avons fini a\ee les partis et avec le gnuveniemeiil : l'ela vaut mieux que d’avoir rétabli les moiilagnanP à la ni,ice des doctrinaires et des ji'suites. I.a lii'oolulion ne nous laisse plus rien à faii'c. Il mudo Kl da se!