‹ Les confessions de FréronChapitre 10 sur 189 · VArînée littéraire de Fréron, ITtk, tome I, pages 7 et · texte numérisé non relu

VArînée littéraire de Fréron, ITtk, tome I, pages 7 et

2. Fréron écrivait, en 1757, au sujet de la part que lauteurde l'Esprit (le Ffibbé Dexfontaines lui attribuait dans la rédaction des diverses feuilles de ce célèbre critique : " Léditeur s'est trompé lorsquii a dit que j'ai spécialement travaillé aux Jugementi?. J'y ai fait quelques articles, à la vérité, mais en très-petit nombre, fl'est aux Observations que jai eu beaucoup de part, surtout depuis la mort de l'abbé Granef (en 1741). Il y a environ sept ou hidt volumes de ma façon. J'ai encore aidé l'abbé Desfontaines

Dans le cours d'une carrière longue et agitée, il garda toujours une'vive reconnaissance pour ses anciens maîtres, et il n'y a pas d'écrivain de leur ordre dont il ne parle avec éloge dans ses écrits.

Le dix-huitiénie siècle qui aimait le pseudonyme ne s'étonna pas de voir Fréron — comme bien d'autres de ses contemporains, — s'intituler successivement Vabbé Fréron, le chevalier Fréron; c'est sous ce dernier nom qu'il publia, d'abord dans les feuilles de l'abbé Desfontaines, puis dans le recueil de ses Opuscules, et, plus tard, dans VAlmanach des Mases, diverses poésies fugitives, au premier rang desquelles on peut mettre VOdc sur la bataille de Fontenoy >, une des meilleures qui aient paru depuis celles qui ont immortalisé le nom de Jean-Baptiste Rousseau.

Est-ce à dire pour cela que Fréron était né poëteet qu'il eût pu suivre cette carrière honorable, mais hérissée de difficultés? Certes non, et il eut le bon esprit de ne pas se méprendre sur la portée du succès de ses vers, et surtout de son ode. Cependant, toujours fidèle à son goût pour la poésie, nous le voyons analyser avec une prédilection marquée les productions en ce genre, et, parfois même, lâchant la bride à son Pégase, semer de quelques vers, voire de tirades assez étendues, éloquentes ou spirituelles, ses appréciations critiques.

De son amour pour la rime et de ses premiers essais en vers, il resta au style de Fréron les qualités, et — pourquoi ne le dirions-nous pas aussi? — les défauts qu'en-

dans sa traduction 4e Virgile. » {A/mée littévnirc, 1757, tome III, pape 133.)

1. A la lia de ce volume j'ai réuni les Poésies fugitives de Fréron, et entre autres, son Ode sur la bntaiUe de Fontenoy. — Dans une lettre à Roy, — célèbre poëte lyrique dans le genre illustré par Quinault, — Fréron lui dit : « Lo public honora d'un favorable accueil mon Ode sur la journée de Fontenoy. Vous daignâtes vous-mcmo applaudir à ce faible essai. » {Lettres sur quelques écrits de ce temps, 171!). tome I, page 197.)

traîne l'emploi de la forme poétique dans les allures de la prose.

Ce style nombreux, carré, précis, pur et correct, est quelquefois surchargé d"épithètes, de métaphores cherchées, d'images mythologiques. Mais ces défauts sont de son siècle; ses qualités seules lui sont propres.

D'ailleurs, que d'esprit! quelles fortes études chez Fréron ! Avec quel art et quel bonheur il employait l'ironie ! combien il se montra familier avec toutes les ruses du genre polémique! Il semblait que ce fut là son élément natif,

El comme on naît poêle, il étail né crilique.

De 1739 à 174o, époque de la mort de Desfontaines, — c'est-à-dire pendant six années, — sous la direction et avec les conseils d"un tel maître, Fréron fit un apprentissage au sortir duquel il passa si bien maître à son tour et acquit en peu de temps un si grand renom, qu'on peut dire qu'il ne tarda pas à faire oublier l'éminent critique qui lui avait donné des leçons.

Cœur loyal et reconnaissant, aimant sincèrement et son pays natal et son maître, il ne laissa jamais passer- la moindre occasion de rappeler Tun et de louer l'autre.

Dans une lettre adressée à l'abbé Desfontaines, au sujet de la petite comédie du Sylphe^, de Saint-Foix, Breton comme lui *, Fréron dit :

« Je ne suis pas moins jaloux de la gloire de la Bretagne, que vous l'êtes de l'honneur de la Xormandie^ L'intérêt même que j'y prends doit être d'autant

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