‹ Les confessions de FréronChapitre 105 sur 189 · L'Aimée iiltérairc, pages 264 et · texte numérisé non relu

L'Aimée iiltérairc, pages 264 et

lions et non des discours, les vers des rimes et non de la poésie. Pour ne parler que de ce dernier genre, et pour vous le représenter tel qu'il devrait être, et tel qu'il est, distinguez avec moi le poëme véritablement poëme et le poëme académique.

Qu'est-ce qu'un poëme dans toute l'étendue du terme? C'est un ouvrage de poésie plein de chaleur et de fécondité pourlinvention, de justesse et d'économie pour l'ordonnance, de force et de hardiesse pour l'exécution. Les images y tiennent le premier rang, les sentiments, le second; en un mot, des tictions heureuses, de beaux vers, bien harmonieux, bien cadencés, bien périodiques, un style noble, naturel, élégant : voilà le point de perfection.

Le poëme académique devrait être, en petit, ce me semble, ce que le poëme, en général, est en grand. Plus il réunirait toutes les beautés possibles de la haute poésie, plus je pense qu'il remplirait l'idée qu'on s'en forme naturellement. Un beau sujet, un plan, des images, des mouvements, des caractères; tout cela soutenu de l'enthousiasme, et vivifié, pour ainsi dire, par le souffle du génie, formerait un vrai poëme. Je voudrais que le poëme académique se traitât comme l'ode, qu'on y mît beaucoup de chaleur et de fougue; la carrière n'est pas longue ; pourquoi ne pas la courir de toute sa force?

Mais, qu'est-ce qu'un poëme académique, comme on le fait aujourd'hui? C'est un discours oîi, dans l'espace d'une centaine de lignes rimées, on disserte méthodiquement avec plus de finesse que de solidité, avec plus

de précision que de force, avec plus de grâce que de feu, avec plus d'idées que dimages, enfin, avec esprit, et sans le moindre génie : j'entends le génie poétique, le génie créateur et ce génie-là n'est point fait pour des discussions métaphysiques, morales ou politiques.

Ces sortes depoëmes sont tout d'une pièce, sans proportion, sans parties, sans action et sans intérêt; on n'y rencontre point de poésie, et si l'on excepte quelques vers qui tranchent un peu plus que les autres, tout le reste n'est qu'une enfilade de petites phrases qui redeviennent de la prose, dès qu'on les dépouille de la rime qu'elles ne devraient point avoir *.

Je ne sais par quelle fatalité certains esprits font, au mépris des règles de la nature et du goût, de la prose plus que poétique, et de la poésie plus que prosaïque; en vers, en prose, ils sont tout le contraire de ce qu'ils devraient être, poètes et prosateurs à contre-temps. Ehl dirait un connaisseur en colère : «Faites de la prose en faisant de la prose, et des vers en faisant des vers; ne dénaturez point les styles quand vous éci'ivez, ou ne vous mêlez point d'écrire^. »

xxxviri

Au premier coup d'œil il parait téméraire de composer pour le théâtre une Ecole des femmes après celle que le divin Molière nous a laissée. iMais, toute idée de présomption s'évanouit, en observant que les passions

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