‹ Les confessions de FréronChapitre 121 sur 189 · L'Afinée littéroire, tome VII, pages 336 et · texte numérisé non relu

L'Afinée littéroire, tome VII, pages 336 et

double avantage d'être amusé par rillusion et d'êti éclairé par la vérité.

Mais, si dans le corps de la Fable vous attribuez aux bêtes des défauts qui soient naturels aux hommes que vous voulez corriger, l'illusion disparaîtra, et votre moralité ne sera plus qu'une réflexion fastidieuse, ajoutée à la vérité qui s'est démontrée tout entière dans le corps de votre Fable.

C'est donc alors une fausseté de dire qu'il y a de la justesse dans la moralité; car, cette justesse ne peut consister que dans un rapport de ressemblance, et ce rapport est nul quand l'action est parfaitement la même de part et d'autre ^

Les gens de lettres ont plus perdu à se répandre dans les sociétés qu'à vivre entre eux comme ils faisaient autrefois; ils ont à la vérité de la fortune, des emplois, des plaisirs; mais, ils dénaturent leurs talents, les énervent, les avilissent en se mettant au ton des autres; ils se défont, si l'on peut parler ainsi, du caractère original que la nature leur avait donné -.

Jamais on na vu tant de vers et si peu de poésie. Ce

genre scrait-il épuisé, ou ne posséderait-on point le^

1. L'A7iu>}r liftévriiro, 1763. tome II, pages 38 el 39. iJ. I/'i'f.. tome III, page 3-iy.

talent que demande cette riche partie de la littérature ? Il se peut faire qu'on prenne pour de l'enthousiasme des étincelles de confiance et de vanité. On confond sans cesse l'art de la versification avec l'art poétique ^

On devrait bien se corriger de la manie de répéter toujours en vers ce que nos devanciers ont peut-être mieux dit que nous; cette stérilité d'idées vient du peu d'études qu'on fait et de la malheureuse facilité qui nous emporte à coudre des rimes. On s'imagine avoir fait des vers quand on a rassemblé une vingtaine d'images triviales et parasites; comme beaucoup de petits écrivailleurs modernes rêvent qu'ils sont philosophes, parce qu'ils ont balbutié le mot d'être, ou frondé grossièrement ce qu'il y a de plus respectable dans les mœurs et dans la religion ^

C'est là le talent du grand auteur comique, ce talent de l'immortel Molière, de cacher le pathétique du sentiment sous le masque de la gaieté^.

J'ai toujours regardé la multiplicité des romans comme une preuve de la difficulté d'en faire de bons.

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