‹ Les confessions de FréronChapitre 122 sur 189 · Ibid., tome VII, page · texte numérisé non relu

Ibid., tome VII, page

Ce genre de littérature demande du génie comme tous les autres genres, et c'est le génie qui manque à nos romanciers. Ils se traînent pesamment sur les pas les uns des autres I Ils ne font que reproduire de fades amourettes, des aventures triviales, des intrigues sans intérêt, des dénoûments qui ne surprennent plus. Partout c'est le même fonds, la même marche, la même conduite, la même exécution. Rien de si fastidieux que cette uniformité : ce sont des enfants qui se ressemblent tous; on en voit un, on a vu tous les autres ^

Rien de plus utile que les traductions des ouvrages étrangers, surtout des ouvrages de théâtre. L'esprit humain s'agrandit en sortant du cercle étroit tracé autour de lui par l'éducation et les préjugés. Un homme qui n'a jamais vu d'autre pays que celui de sa naissance, s'il vient à voyager, est frappé de tout ce qui se présente lises yeux; de nouveaux objets font naître en lui de nouvelles idées et de nouveaux sentiments, et, s'il est capable de réflexion, son âme se multiplie, pour ainsi dire, et s'enrichit de tout ce qu'il rencontre d'excellent chez les peuples qu'il ne connaissait pas.

Les traductions sont des espèces de voyages que l'on nous fait faire dans les différentes contrées du monde littéraire*.

1. L'Année littéraire, 1711, tome IV, papfCS 313 et 314 •2. Il/il/., tome VU, papes 3 et 4.

Les préfaces qui ne contiennent pas des choses essentielles h l'intelligence des livres qu'elles précèdent, sont des hors-d"œuvre absolument inutiles et déplacés. Mais. si un écrivain ne met une préface à la tète de son ouvrage que comme un cadre isolé, afin de pouvoir le remplir de réflexions et de sentences à perte de vue, s'il ne cherche qu'à se ménager l'occasion de répandre sa philosophie au dehors, et de prouver qu'il sait penser, dansée cas une préface de quarante pages est le comble de la déraison et du mauvais goût ^

Pour faire de bonnes fables, il ne suffit pas d'avoir de l'esprit; l'esprit même y nuit très-souvent, comme il est arrivé à la Motte, celui de tous nos fabulistes qui certainement en montre davantage.

Ce genre demande, je ne dis pas de la naïveté, c'est une qualité propre au divin la Fontaine, et sans laquelle Esope et Phèdre ont réussi, mais de la simplicité, de l'aisance, du naturel et*le talent de narrer; il faut que l'auteur ne paraisse jamais vouloir briller, qu'il prenne les mœurs et le langage des animaux, qu'il ait l'air d'être entraîné par son sujet, et non de faire un ouvrage.

De toutes les espèces de Poésie il n'en est aucune où le travail supplée le moins au talent, où la prétention.

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