‹ Les confessions de FréronChapitre 123 sur 189 · Yûltaire. — II. Les Anglais · texte numérisé non relu

Yûltaire. — II. Les Anglais

Après avoir observé cet astre avec le télescope de la critique, me sera-t-il permis de décrire son diamètre et ses mouvements.

Il est d'une grandeur prodigieuse; il attire tout dans son tourbillon. Il est entouré d'un nombre infini de satellites. On y découvre des taches énormes, dont quelques-unes ressemblent à des plaines vides et désertes, quelques autres à des landes hérissées de pointes. Sa révolution autour du mont Parnasse est irrégulière. Dans le temps qu'on le croit arrêté vis-à-vis le canton délicieux de la poésie, on le voit se transporter tout à coup aux sables arides de la géométrie, et passer au même instant dans les champs de l'histoire.

Plus j'examine ce corps lumineux, et plus je trouve fondée l'hypothèse de M. de Buffon.

En effet, cet astre ne serait-il pas une partie détachée du soleil? Il a brillé sur notre horizon et a paru tout en feu tant qu'a duré sa chaleur centrale; mais, il commence à se refroidir; les vapeurs se condensent, et

peut-être le verrons-nous bientôt totalement chani^et n planète.

Pour parler sans figure, M. de Voltaire est assurément un des plus beaux esprits de France et le versificateur dont le coloris est le plus brillant. Il a toutes les grâces, toute la vivacité de nos femmes aimables; mais, on lui refuse absolument la beauté romaine. C'est réellement un auteur français; c'est-à-dire, qu'il appartient îi sa nation et à son siècle, au lieu que les vrais poètes sont de tous les pays et de tous les temps. Souvent esclave du goût dominant, il a préféré l'avantage d'être connu de ses contemporains h la gloire d'être admiré de nos derniers neveux.

Ce n'est pas que je prétende que ses écrits ne parviennent à la postérité ; mais je doute qu'elle le place au même rang que les beaux génies du dernier siècle. II sera lu comme un écrivain de beaucoup d'esprit, à qui il manquait les parties les plus essentielles. Linvention et le jugement font les grandes poètes ^

Que sur ces bords heureux, où le goût tient son empire, il se trouve des esprits rebelles à ses leçons, c'est de quoi vous ne vous êtes jamais étonné : chez les peuples les plus policés on rencontre quelques barbares. Mais , qu'une nation entière, qui depuis longtemps cultive les Lettres, qui se voit enrichie des trésors

1. Lettres sur gnefijucs éa'its de ce teoips, tomo III, pages !"> ;i 17.

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