L'Année littéraire, 1759, tome VI, page 35'J
•2. Ibid., tome VI, pages.
:J. //.;>/., 17'30, tome III, page l(W.
L'Angleterre est un théâtre fécond en actions et en crimes. Après l'histoire bysantine, je n'en connais point qui soit plus dégoûtante de sang, si l'on peut parler de la sorte, plus souillée dé forfaits, de grands attentats, que celle d'Angleterre ^
L'histoire de Rome est tellement liée avec celle de tous les pays et de tous les peuples, que tout ce qui la concerne a droit d'intéresser l'homme de lettres et d'entrer dans la sphère de ses connaissances. Ignorer l'histoire de cette ville fameuse, c'est être presque neuf, non-seulement dans l'histoire du monde, mais en tout genre de littérature^.
Ce serait un travail digne d'un bon esprit et d'une âme honnête que d'entreprendre de réhabiliter les mémoires injustement flétries, de rendre à la probité l'éclat que la calomnie, l'ignorance, la prévention lui auraient élevé et de faire retomber sur le vice l'opprobre dont il réussit quelquefois à couvrir la vertu.
L'histoire est pleine de faussetés, le mot est trop doux, disons d'atrocités en ce genre. Souvent les hommes les moins coupables y sont travestis en scélé-
1. L'Armée littéraire, 1760, tome Vil, page 163. ;.'. lôid., 1762, tome I, jiafres 351.
rats et les personnages les plus odieux représentés sous des traits qui les font aimer.
Cette distribution cruelle de réputations non méritées vient originairement des auteurs contemporains, maîtrisés par leurs passions, ou, ce qui est plus vil encore, esclaves de celles des autres. Les écrivains postérieurs copient fidèlement les premiers, sans considérer avec quel soin et quelle exactitude un historien est obligé de vérifier les anecdotes, surtout quand elles sont de nature à blesser l'honneur des familles et des nations mêmes \
Il en est aujourd'hui de l'histoire comme de certains tableaux, dont la force, le coloris, le sujet même ont disparu sous des couches de vernis appliquées successivement par des peintres ignorants. Il s'agit de lever ce vernis et de découvrir les véritables traits^.
Les Dépêches des Ministres et des Ambassadeurs sont les véritables sources où l'on doit puiser la connaissance de l'Histoire. Toutes les autres sont suspectes ou altérées. Les historiens même contemporains ne nous débitent souvent que ce qui se disait de leur temps. Ils ne sont que les organes et les interprètes de cette renommée, qui publie le faux et le vrai avec le même éclat; quand ils veulent remonter à la cause des