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jamais être jugé par les étrangers, parce que le langage familier, différent du langage sublime, a des beautés qui ne peuvent être traduites. Corneille et Racine seraient plus aisés à être entendus de nos voisins que Molière et la Fontaine ; ces derniers ont une délicatesse qui ne peut être sentie que par un Français homme de lettres et de goût ' .
La nature est beaucoup plus au-dessus de nos efforts que l'art; rien de plus éloigné de nous que le vrai'.
Depuis vingt ans, nos écrivains abusent jusqu'à l'ennui de ces expressions du cœur et de l'esprit, de l'art et de la nature; l'art est un mode vide de sens; la belle nature; a des proportions dans ses parties; elle est parfaite; elle se suffit à elle-même; et qu'est-ce que l'art sans la nature?
Y a-t-il de l'art dans ce chant admirable de Milton oiî il décrit le paradis terrestre et les amours innocents d'Adam et d'Eve? Y a-t-il de l'art dans la peinture des jardins d'Armide, de son amour, de sa fureur, de son désespoir? Ces beaux morceaux, les productions du génie, ne sont dûs qu'à la nature; c'est l'art qui a créé VAdone du cavalier Marin et cette foule de poètes et