Jouée lo •") février
Je conviens d'abord que celles de vos remarques auxquelles je ne répondrai pas sont fondées. »
Suivent neuf pages de récriminations colériques, qui prouvent que Marmontel a tort, puisqu'il se fâche. Il conclut en ces termes cavaliers :
(( En voilà assez, monsieur, pour vous prouver le cas que je fais de vos remarques, et l'attention avec laquelle je les ai lues. Continuez de communiquer aux auteurs vos lumières. Des critiques, même hasardées, font faire à ceux qu'elles intéressent des réflexions utiles; mais on a mieux à attendre des vôtres, pourvu que ^ous vous donniez la peine de puiser dans les sources du goût et de la saine érudition, d'étudier les règles de Fart, d'approfondir et de combiner les parties du tout dont vou< ferez l'analyse.
« Je suis avec une parfaite considération, « Monsieur,
« Votre, etc. *.
(( Marmontel. »
Marmontel s'était montré peu avisé en voulant manier l'armé difficile et surtout dangereuse du persiflage contre Kréron ; le maître lui renvoya ses traits de telle façon, que le jeune et infortuné père de Denrjs le Tyranim s'en rcle\a jamais :
1. l.ptfirs sur quelques éa-ifx, etc., (onio T, pages 101 à 11">.
« De tous les auteurs, dont j'ai parlé dans mes premières feuilles, je croyais, monsieur, que vous deviez être le moins mécontent.
« Vous avez trouvé peu de justesse dans quelquesunes de mes critiques.
« Si les raisons que vous apportez pour vous justifier me paraissaient solides, je serais le premier à convenir de mon tort. .Je n'aurais que des compliments à vous faire sur la beauté de votre tragédie, et des remercîments sur votre générosité à relever mes fautes. Mais comme vos objections n'ont pas à mes yeux désintéressés toute la force qu'elles doivent avoir aux vôtres, permettez-moi d'y répondre en peu de mots
« Je vous suis obligé. Monsieur, du conseil que vous me donnez à la fin de votre lettre, de puiser dans les sources du goût et de la saine érudition, d'étudier les règles de l'art, d'approfondir et de combiner les parties du tout dont je ferai l'analyse. Je suis bien résolu de profiter de ces leçons, et je tâcherai de les mettre en pratique, lorsque je rendrai compte de votre tragédie à'Aristomène.
(' Je suis, etc. ^
« Fréron. »
1. Lettres sur quelques écrits, etc., tome I, page? llô à ISô.
Fréron tint d'autant plus facilement parole àMarmontel, qu'Arîs/omène était bien au dessous de Denys le Tyran. Après une longue analyse critique de la seconde œuvre tragique du jeune poëte*, il se résume en ces termes ;
« Je puis Yous assurer, sans craindre que l'on me soupçonne de partialité, que toute la pièce est écrite d un style rude, bas, ampoulé, plein d'ambiguïtés, d'inversions vicieuses, et de fautes de langage. Je ne vous parle point des vers imités, pour ne rien dire de plus, de tous les poètes que nous connaissons. Il y en a une quantité raisonnable. Il m'eût été fort aisé de vous indiquer les sources où un génie aussi fécond a daigné puiser. Mais ce détail m'eût mené trop loin. Il n'y a donc dans ce tableau ni ordonnance, ni dessin, ni traits neufs, ni coloris, ni correction, ni chaleur; c'est une pçinture bizarre, sèche et morte. J'en suis réellement fâché pour l'auteur qui avait donné quelques espérances par son Denijs le Tyran, que je mets, malgré tous ses défauts, fort au-dessus de son Aristomêne'^. »
Voltaire, après avoir lu l'examon d'Aristomène,\Q trouva si juste, qu'il en fit l'aire des complinionls à Fréron par Thiriot, lequel dit au critique que Voltaire regardait cette excellente critique comme le pendant de celle du Cid par l'Académie française : ce fureni ses propres termes. L'auteur de