Ibidem, 1755, tome IV, pages 19 et
Ami du célèbre architecte Blonde], il ne se contenfail pas de lui demander son avis sur tout ce qui se rattachait à lart; il écrit, en 1757 :
« Ce n'est plus par la renommée, monsieur, mais par ma propre expérience que je vous parlerai à l'avenir de? leçons publiques et gratuites d'architecture que donne le célèbre M. Blondel, architecte du roi, dans son école des Arts, rue de la Harpe. J'ai suivi avec exactitude le quatrième cours, dont je vous avais annoncé l'ouverture pour le 10 juin de cette année; je ne puis assez me féliciter d'y avoir acquis des connaissances indispensables à tout citoyen qui pense, surtout à un homme de lettres '. »
Larchitccte Patte, homme de talent, donnait aussi à Fréron d'utiles conseils.
Pour la musicfue, Rameau était le guide ordinaire de notre critique :
« L'amitié qu'il avait pour moi m'a mis souvent à portée de jouir de cette âme franche et sublime. Il m'étonnait par la précision de ses idées et par la chaleur qu'il conservait dans un âge aussi avancé ^, »
Voilà auprès do quels hommes Fréron puisait ce goût des belles choses, si net, si brillant, si solide, — surtout si incontestable, — qu'il arrachait à son plus mortel
1. L'An7iée littéraire, 1757, tome V, page 347. Suit le compte reiitlu du coul's d'architecture de Bloiidel (pages 348 à 355). 5?. Ihidn,,, 17G1, tome VIII, page 307.
ennemi des aveux éclatants et irrécusables. Nous n'en citerons qu'un; il suffira pour bien faire apprécier la réputation littéraire du rédacteur en chef de l'Année littéraire et sa supériorité sur tous les autres critiques de celte époque.
Un seigneur de la cour de Turin * ayant invité Voltaire à lui indiquer un correspondant littéraire à Paris : « Adres- « sez-vous — dit Voltaire, — à ce coquin de Fréron; il n'y « a que lui qui puisse faire ce que vous demandez. » Le seigneur, qui avait lu les diatribes de l'auteur de la Heiiriade, s'étonnant d'un tel avis : « Ma foi oui, — répliqua « le philosophe, — c'est le seul homme qui ait du goût; « je suis forcé d'en convenir, quoique je ne l'aime pas. et « que j'aie de bonnes raisons pour le détester. »
Malgré, — peut-être même à cause de la brutalité des termes de cet aveu si franchement involontaire, — nous en avons fait unedesépigraphesde cette publication consacrée à Fréron; tant ces parolesont d'énergie et de poids. C'est la confession d'un ennemi, — et quel ennemi que Voltaire!...
A cette époque — et c'est tout dire, — Fréron était en France l'homme qui occupait le plus, avec Voltaire, les cent bouches de la renommée; le ■patriarche de Ferneij dont l'ambition effrénée fut toujours de régner seul dans le monde littéraire, ne put jamais pardonner à son redoutable critique, d'avoii' partagé l'empire avec lui.
A travers ses ennuis, ses épreuves et ses tribulations, dont lui-même vient de nous tracer le tableau animé et vivant; en dépit d'occupations aussi ingrates que celles d'un critique, Fréron n'oublia jamais la Muse qui avait charmé sa jeunesse, et dans son âge mûr, — jusqu'au dernier soupir, disons-le, — il ne laissa échapper aucune occasion de lui sacrifier.
« J'ai toujours aimé la poésie, monsieur. — éeri-