‹ Les confessions de FréronChapitre 47 sur 189 · L'Ann(':i.' littérairr, 1 7U15, tunio I, pages 3 à · texte numérisé non relu

L'Ann(':i.' littérairr, 1 7U15, tunio I, pages 3 à

fliction de son âme; vingt fois il prit la plume, et vingt fois elle échappa de ses mains tremblantes. Telle a été ma situation, monsieur, lorsque j'appris que le roi de Pologne, duc de Lorraine et de Bar, venait de terminer des jours auxquels tant d'autres étaient attachés. Sans la douleur dont je fus pénétré, je me serais acquitté plus tôt du trilxit que je dois à

sa mémoire '

« Je laisse à nos orateurs sacrés et profanes le soin de faire connaître l'àme si grande, si noble et si vertueuse du feu roi de Pologne... ; c'est à eux de jeter des fleurs sur son tombeau; pour moi, j'en répandrai des larmes toute ma vie. Sa mémoire me sera éternellement précieuse. Eh! comment le souvenir d'un prince qui m'a comblé de tant de bontés s'effiicerait-il ou s'affaiblirait -il dans mon cœur! C'est mon plus beau titre de gloire ; la protection dont il m'a honoré a répandu sur ma vie un lustre que n'effaceront jamais ni les volcans de la haine, ni les vapeurs de la calomnie, ni les fers de rinjustice^. »

Deux ans après, — le 24 juin 1768, — la reine de France, Marie Leczinska, la fille de Stanislas, Taugusle prolectrice de Fréron, allait rejoindre dans la tombe un père tendrement chéri. Quel nouveau coup pour ranlonr de l'Année littéraire!...

1. L'AïUK'f iittiiroirr, nfiO. tomo VMT, pasces .iia et 31-1. {Lelfn; (lu 29 décembre 1766.) ■2. îl/ul., jjages ."ils et 31 ii.

lU LES COXFE?SIOXS DE FRERON.

« Cette princesse m'a toujours honoré d'une protpctifin particulière. Arbrisseau faible et si souvent l'objet de la tempête, le Ciel veut-il donc m'ôter mes appuis les plus solides et les plus glorieux! Feus M. LE DAUPHIN, MADAME LA DAUPHINE, le roi de Pologne , ST.^MSLAS LE BIEXFAIS.AXT , enfin la HEINE , qui tous m'ont donné , de leur bonté , les témoignages les plus flatteurs et les plus enviés de mes ennemis , me sont enlevés coup sur coup , et laissent ma fragile existence en butte aux orages de la liaine et de la persécution ' . »

C'est surtout depuis l'époque de la mort du roi Stanislas, que Ion peut signaler une recrudescence de fureur de la part (le Voltaire et des encyclopédistes contre Fréron ; ils poussèrent à des extrémités incroyables leurs machinations, pour faire tomber V Année littéraire ; toute arme leur parut bonne pour détruire leur adversaire. A Fréron de nous dévoiler, pièces en mains, ce complot vraiment infernal dans son oci-Mnisalion et dans ses résultats; iLécrivail. en 1772 :

« Je me rappelle cette phrase de Y Avertissement que je mis à la tête de mon numéro H ,770 : Si l'on s'est aperçu de quelque nér/ligence dans les années dernières^ le public et les gens de lettres sauro7it un jour qu'elle ne doit pas être imputée à Vauteur. Vous n'entendîtes pas alors, sans doute, ce que je

Page 1