‹ Les confessions de FréronChapitre 49 sur 189 · En tout neuf lettres. Paris, ITid à ITTG · texte numérisé non relu

En tout neuf lettres. Paris, ITid à ITTG

d'ordre et de goût qu'il parle ici un langage digne de loute leur attention, et dont l'écho, venu jusqu'à nous, mérite nos plus sérieuses méditations. Le péril est aussi grand aujourd'hui pour les saines doctrines littéraires qu'il l'était il y a cent ans tout à l'heure, — s'il n'est plus vrai de dire qu'il est plus redoutable encore, parce qu'il semble moins inuuiuent à la masse du public. C'est Frérou qui parle :

«• Vous n'êtes d'aucune secte, monsieur, et votre raison calme et lumineuse vous fait juger notre littérature actuelle aussi sainement que l'apprécieront nos neveux. .Je ne crains point de réclamer, en reprenant mon travail, cette impartialité qui vous est chère. Prononcez vous-même sur l'esquisse rapide que je vais tracer du triste état des Lettres en France. Je la crois fidèle; mais j'attends votre sulïrage pour me le persuader.

<( Depuis une vingtaine d'amiées, il s'est formé parmi nous, vous le savez, une confédération de soidisant philosophes et beaux-esprits, qui, très-faibles par eux-mêmes, sont devenus très-forts par le nœud qui les lie Qu'on détache du faisceau philosophique tous les roseaux débiles qui le composent et qui lèvent avec confiance leur petite cime orgueilleuse, il n'en est pas un seul qu'un souffie ne renversât. Parlons sans figures, monsieur, nous n'avons .lujonrd'hui que six hiuunics (]r lettres d'un mérite incontestable, MM. de Voltaire^ de PompKjnan, Piron^ de Buffon, Gresset et Rousseau de Genèoe. Je

LES CONFESSIONS DE FKERON. l-ïi

lie compte pas quelques jeuiies gens qui s"amioiiceiit avec éclat, et qui peut-être remplaceront un jour ceux que je \iens de noimner. Retranchez les uns et les autres de la liste de nos littérateurs, que nous restera-t-il ? Une tourbe insolente d'incurables médiocres, qui n'ont ni génie, ni âme, ni style, et dont les ouvrages, en vers ou en prose, quelque célébrité qu'on ait voulu leur donner, n'auront pas, dans trente ou quarante ans d'ici, plus de lecteurs que n'en ont à présent les œuvres sublimes de Bardm, Porchères, Faret^ Colomby^ Baudoin^ Montereu/, Serizay, Baro, Lauyier, Colletelj Baissât^ Stlhon, Hay, Gi^'y-, Priézac, Basin, Salomon, Ballesdens^ Esprit^ Duujat^ Cassagnes, Charpe)itiery Tallemant^ le Clerc^ de Lavau, Bergeret, Boyer., Perrault, Testa, Malet, Abeille, Scudéry, Cotin, Chapelain, la Chapelle \ Adam, Saint -Amant. Roquette, Rose, la Loubère, etc., etc., etc. : tous de l'Académie française, tous grands hommes, qui, dans leur temps, ont eu des enthousiastes qui les prônaient, des coteries qui les regardaient comme des aigles, des t'enunes qui se pâmaient devant leu mérite.

(' Du nombre des écrivains du premier ordre qui, dans ce moment, nous font honneur, un seul [M. de Voltaire) qui pouvait se soutenir par lui-même, a

1. H 11 lie faut lias le cunloudiv avec Vlmiietle, cet auteur cliailuaiit (l'un Vviifiyc mimovWl. » (Soie de Ficion.)

daigné s'étayer de l'appui des philosophes, et leur donner, en les recherchant, une sorte de consistance. Cette association doit vous paraître d'autant plus étrange, monsieur, qu'il les connaît mieux que personne, qu'il ne croit ni à leurs talents ni aux éloges qu'il leur prodigue, qu'il les méprise au fond de l'âme, et qu'il ne les loue que pour en être loué

« Un apprenti philosophe parlait un jour avec beaucoup de légèreté de Racine et de Boileau en présence de cet auteur célèbre : Doucement^ jeune homme^ répondit-il, Jean et Nicolas ' sont nos maîtres ; respectez-les, et fàc/tez de les imiter. Le candidat insiste et s'autorise de la façon de penser d'un académicien que le chantre de Henri IV a beaucoup vanté lui-môme, de M. Marmontel, qui fait très-peu de cas de ces deux grands poètes du dernier siècle : Aussi, rejpliqua le judicieux vieillard avec une naïveté charmante, ses vers jettent un beau coton! Ce trait, monsieur, peut vous donner une idée de la haute estime de M. de Voltaire pour ceux de ses confrères et de ses amis qu'il exalte le plus.

« On l'a déjà dit mille fois ; mais on ne saurait trop le répéter, nos philosophes, ces prêcheurs intéressés de la tolérance, sont les reptiles les plus inquiets et les plus intolérants qui se soient encore agités dans la poussière de ce globe. A les ejitendrcj il n'y a d'hommes de génie, d'hommes d'esprit,

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