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LES COKFES?IOXS DE FRÉRON. 135
d'hommes de goût, d'hommes savants, ni même d'honnêtes gens que parmi eux. Ils ont créé mie nouvelle littératm'e, une nouvelle morale, une nouvelle honnêteté, dont ils ont le privilège exclusif. Ils occupent toutes les avenues du Parnasse ; ils y ont posé des sentinelles vigilantes, qui, dès qu'un auteur s'y montre, ont ordre de crieT (]ui vive . S'il ne répond pas à haute voix PHILOSOPHE, on l'arrête, on l'interroge, on s'informe, et, si l'on vient à découvrir qu'il ne reconnaît point leur supérieur, qu'il a même osé porter une main profane sur les lauriers qu'ils se distribuent, il est trop heureux d'en être quitte pour être jeté du haut en bas de la montagne. « C'est un sot, un ignorant, un cuistre, un rebelle qu'on ne saurait trop punir, un insecte qu'il faut écraser, un ennemi contre lecpiel le mensonge est juste, la calomnie permise, la vengeance légithne. Il n'est point de trames qu'ils n'ourdissent, point de ressorts qu'ils n'inventent pour le rendre odieux. Us font épier ses actions et ses discours qu'ils empoisonnent; ils attaquent sa probité; ils diffament ses mœurs. Ses ouvrages, fussent-ils excellents, ils en parlent avec le dernier mépris ; ils ne daignent pas même, disent-ils, y jeter les yeux, quoiqu'ils les lisent en cachette '. Us eu défendent la lecture à leurs prosélytes.
1. Voltaire, entre tous, comme le prouve plus il'uu endroit de sa voluiniiifuse Correspondance.
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« Je sais, par exemple, que ces malheureuses feuilles sont depuis longtemps à Y Index de la philosophie, et que, si quelque adepte s'avisait de dire qu'il en a lu seulement une page, il serait expulsé du corps. Mais, en revanche, tous les livres composés par leurs adhérents, surtout ceux qui ont été ou qui ont mérité d'être brûlés par la main du bourreau, sont des chefs-d'œuvre; leurs auteurs des génies transcendants, des astres qui brillent dans une nuit profonde, les organes de la sagesse, les interprètes de la vérité, les bienfaiteurs du genre humain ; c'est pour eux seuls que les honneurs littéraires sont réservés, que les récompenses sont instituées, que les portes de toutes les Académies doivent s'ouvrir. Après cela, monsieur, étes-vous étonné que notre jeunesse se range en foule sous h^s drapeaux d'une légion si redoutable et si puissante?
<' Je reçus, il y a trois ou quatre ans, la visite d'un écolier qui venait d'achever ses études; ses talents et son goût l'appelaient, me dit-il, à la culture des lettres; mais, incertain au milieu des troulilcs qui déchiraient cette république, il ne savait (jnels maîtres choisir; il me demanda conseil :
" — Voulez-vous être honnête, lui répondis-je. " ne soyez d'aucun parti, si ce n'est de celui de la ■' laison et de la vérité; voyez par vous-même, et " (léri(l('z-v(»us après avoir min'ement examiné.