I.KS CONFRSPIOXS DK FPa-'.ROX
« Ètes-vniis avide de fortune et. de réputation? At- « tachez-vous aux philosophes; vous aurez l)ientot « l'une et l'autre. Il est deux moyens infaillibles de « gagner leur bienveillance; dites-leur beaucoup de " bien de leurs écrits et de leurs personnes, beau- '< coup de mal de la religion chrétienne et de VAiDicf; (' littéraire, vous réussirez à coup sûr. »
« 11 ne balança pas à saisir cette dernière idée, et tous les jours il s'en félicite. C'est un des héros naissants de la philosophie ; il a déjà fait un petit volume où nous sommes, Dieu et moi, fort joliment arrangés.
« Vn des grands secrets de ces maîtres habiles pour attirer à leur école des essaims de disciples, est de leur présenter cet appât séduisant de bien-être et de considération. En effet, rien n'égale l'activité de leur zèle en faveur des néophytes qui se consacrent à leur culte ; quelquefois, quand ils ne peuvent mieux faire, ils leur donnent une petite pension sur la cassette philosophique, jusqu'à ce qu'ils leurs procurent un établissement avantageux. Ils s'informent avec soin de tous les emplois lucratifs qui doivent vaquer dans les bonnes maisons de la capitale eides provinces, et viennent à bout d'en pourvoir leurs affiliés.
« Vous ignorez sans doute, monsieur, jusqu'où cet arbre fécond étend ses rameaux ; il couvre de son mortel ombrage les pays les plus éloignés. La
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rorponitiouen\oie, dans toutes les parties du monde, des apôtres de sa gloire et de sa doctrine. Tous croyez peut-être que je plaisante ; rien de plus sérieux, je vous assure. Il y a dans Paris, chez un philosophe très-connu, un bureau toujours ouvert, où l'on va se faire inscrire pour avoir, en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en Dannemarck, en Suède, en Russie, etc., des places de secrétaires, de gouvei'neurs, de précepteurs, d'intendants, d'économistes, et même de valets de chambre ou de femmes de chambre. Lorsqu'on est sur de la façon de penseï' du postulant et qu'il est nommé à l'emploi qu'on croit lui convenir, on lui expédie, h la chancellerie philosophique, un passeport ou brevet de mérite, avec lequel il est reçu comme un Dieu tutélaire dans la mission qui lui est assignée.
« Presque toute l'Europe est aujourd'hui lettrér : plusieurs de ses souverains, etmêmedesparticulif )■ l'iches, ont à Paris des correspondants littéraires. C'est encore une ressource pour les phdosophes : il> se sont emparés de la plupart de ces correspondances ; et Dieu sait comme ils sont loués dans ces lîulletins, comme ceux qu'ils n'aiment pas y sont dénigrés ! J'ai vu, par hasard, quelques-uns de ces pamphlets ténébreux ; ils étaient remplis, en effet, d'insolentspanégyriqueset de personnalités odieuses. .Te connais une cour d'Allemagne, qui s'est tellement dégoûtée de ces éloges révoltants et de ces lâches
LES CONFESSIONS DE IIIÉIION. l'i.)
satyres, qu'elln a fait remercier l'honnête gazetier f1e son impudence hebdomadaire
« Revenons h la ligue philosophique. Vous avez vu, monsieur, son plan, sa marche, ses moyens, pour tâcher de parvenir à la monarchie universelle des lettres. Voici en peu de mots les avantages qu'on a recueillis de leur usurpation : ils ont renversé toutes les idées reçues, aboli tous les principes, écarté toutes les règles ; ils ont senti le besoin c[u'ils avaient qu'on les oubliât. Il n'est plus question de poésie parmi nous : de froids rjusonneurs, des géomètres arides , des calculateurs barbares ont porté l'équerre et le compas dans le plus beau, le plus agréable, le plus séduisant des arts. L'éloquence a subi le môme sort ; elle est devenue entre leurs mains, ou décharnée ou boursoufflée. La nature est sous leurs yeux; ils ne la voient pas, ils ne la sentent pas, ils ne la soupçonnent même pas.
'( Aucun genre n';i échappé à leur glaive destructeur. Ils ont arraché à T/ialie son masque, son esprit, son enjoûment, et l'ont affublée du crêpe de la philosophie, ou plutôt, ils l'ont chassée, pour mettre à sa place une triste figure de catafalque. Les drames funèbres leur doivent leur naissance et leur vogue ; ils ont si bien fait, qu'il ne faut plus de talent pour composer des pièces de théâtre : des lambeaux de morale vague et pesante, et des exclamations don-
lonreiise? avec des points remplis de sentiment : voilà tout le mystère.
« La scène italienne était charmante autrefois, par ses comédies françaises et par ses parodies. L'ancien Opéra-Comique en vaudeville amusait tout Paris. Ces deux asiles restaient à la gaieté française ; on les a détruits comme indignes d'une nation pensante. Le larmoyant s'est introduit jusques dans l'Opéra bouffon. Des philosophes, eux-mêmes, des académiciens français, n'ont pas honte de cultiver ce genre détestable, et d'y briguer des succès déshonorants.
« Vous gémissez, monsieur, de cette révolution ; mais j'ose vous prédire qu'elle n'aura qu'un temps,
et qu'elle est même déjà sur son déclin Le grand
nombre de personnes qui applaudissent aux ouvrages où les philosophes sont appréciés, prouvent combien il y a de bons esprits qui résistent au torrent et qui tiennent aux anciennes mœurs, à l'ancienne litt érature , à l'ancien goût ' . . .
« Dans le préambule de mon année dernière, j'essayai de vous faire connaître, monsieur, l'esprit, les ressorts, les effets de la philosophie du jour, et de vous prouver qu'un de ses produits ]( s phis funestes est la décadenct^ de notre littérature. Il faul |)niirt;iiil l'aNdUcr. cctlc manie, quoique ti'ès-iiuisiblr
1. \.'A)i)ii'c liltrrniri', \'T.\. toiTlf I. paj.'0;; :( ;i 1".
aux lettre?, n'est pas la cause unique de leur dépérissement parmi nous. Il en est d'autres que je me propose de vous développer aujourd'hui.
« La faiblesse, l'ignorance et la présomption des jeunes aspirants aux lauriers du Parnasse me frappent d'abord : à peine ont-ils secoué la poudre collég-iale, qu'ils se lancent dans la lice ; hier ils étaient disciples, ils se croient aujourd'hui des maîtres ; et, sans avoir fécondé leur stérilité par l'étude approndie des règles et des modèles , ils entreprennent les ouvrages qui demandent le plus de lumières, le plus de jugement, le plus de connaissance de l'homme et des hommes.
" Si, du moins, après la chute ou le succès équivoque de leurs premières tentatives, ils ne s'obstinaient pas, amants infortunés, à poursuivre les Muses qui les dédaignent et les fuient, on leur pardonnerait des essais informes en faveur de la justice qu'ils se rendraient courageusement eux-mêmes.
« Vn de ces novices dans l'art d'écrire avait fait imprimer à ses frais une brochure in-8 de 1 til pages, in- I itulée : Histoii^e de deux Amants français, en vers et en prose. L'édition, par ses ordres, fut portée chez /•V/?7, libraire à Paris, rue des Cordeliers. Il vint au hiiut de six mois pour savoir quelle était la réussite de son livre. Félil lui dit qu'il n'en avait débité que trois exemplaires. L'auteur un peu confus se retire, et laisse passer deux ans sans donner de ses nouvelles.
Enfin, il rend une seconde visite au libraire, qui lui annonce queTédition entière, excepté les trois exemplaires cju'd a vendus, est encore dans sa boutique. Le jeune homme garde un moment le silence, et sort sans proférer un mot. Il reparaît une demi-heure après, accompagné de cjuatre crocheteurs. Il aide lui-même à les charger de ce malheureux ouvrage, et leur dit de le suivre. Il les mène sur le Pont Royal, et leur fait jeter toute l'édition dans la rivière. L'aventure est arrivée vers le mois de septembre dernier. Je voudrais connaître cet auteur, dont je ne sais que le nom ; il s'appelle M. Guibevt. Je le féliciterais avec enthousiasme sur un acte héroïque, mille fois plus glorieux pour lui que ne l'eût été le succès de sa brochure
« Ce trait m'en rappelle un semblable de notre Eschyle. On venait de donner une tragédie nouvelle de sa façon ; elle avait été mal accueillie. Crébillon n'est point ému de cette disgrâce ; il descend dans les foyers, demande leurs rôles aux comédiens à mesure qu'ils sortent de la scène, et, quand il a rassemblé tout son maïuiscrit, le jette au feu en présence d'une foule de spectateurs : Voilà, dit-il , comme il faut s'exécuter quand on na pas le bonheur de plaire an public.
« (les généreux sacrifices sont bien rares, monsieur. En revanche, rien de plus commun que les Narcisso.s et les Pifr/ma lions lithM'aires, amoureux
M£S CO-XFKSSIUNS DE FRKUON. US
d'eux-mêmes et de lem-s écrits inanimés Le
• roiriez-vous, monsieur, un de ces grimauds que \ous connaissez, s'est Yanté plus d'une fois qu'il ferait une tragédie en trois semaines. Ils se regardent comme privilégiés de la nature pour enfanter sans elibrt des chefs-d'œuvre ; ils abandonnent aux esprits vulgaires la pratique importune des préceptes de nos législateurs: Arisiotc ^ Horace, Lan gin ^ Quintilieii^ Desprcaux, Rollin^ Jeaiï-Baptiste Rousseau, etc
(( Ce n'est pas que nos jeunes lettrés ne travaillent, et même prodigieusement : à l'exemple de M. de Voltaire, ils écrivent plus qu'on n'a jamais écrit ; ils embrassent tous les genres ; ils amoncèlent volumes sur volumes. Mais j'entends par travailler, mettre un long temps à perfectionner un ouvrage
« Je viens de nommer M. de Voltaire, et c'est avec douleur que je me vois forcé de lui attribuer, en partie, la dépravation du goût. Il jouit de la gloire la plus éclatante et la mieux méritée à bien des titres; je ne crois pas qu'il soit possible d'avoir plus de talent; il est le premier peut-être cjui, à force d'esprit, ait su se passer de génie. Plusieurs de ses ouvrages lui survivront sans contredit : mais dans le littéraire comme dans le moral, un homme né avec des vices brillants est très-dangereux ; rien de plus propre à faire perdre la trace de l'honnête et du beau
que radmiratioii exclusive pour un mauvais modèle, et la fureur épidémique de lui ressembler.
« M. de Voltaire est l'idole des jeuues gens qui ne lisent que lui, qui n'aiment que lui, qui ne jurent que par lui. Je n'en suis pas étonné: il llatte leurs passions; il brise tous leurs freins; sa manière, qui réellement est très-piquante, les séduit et leur paraît facile à saisir, mais, comme ils n'ont ni son esprit, ni ses réminiscences, ni ses répertoires, ni la magie de son style, ils ne peuvent imiter que son audace, son irréligion, ses obscénités, ses cliquetis d'idées, ses authithèses de mots, ses rapprochements d'objets éloignés et disparates, etc., c'est-à-dire, tous ses défauts. Les couviinni^ à' Alexandre, singes de leur maître , ne copiaient parfaitement que son cou penché.
K Les admirateurs adolescents de M. de Voltaire ont encore pris de lui le ton de se déchaîner contre les Aristarques. Ce sont, à les entendre, des Zoïles, des esclaves qui se tiennent derrière le char des triomphateurs pour les insulter, des reptiles venimeux, des serpents qui mordent la lime, des ânes, des aliborons, etc ; on ferait des vokunes de toutes les honnêtetés qu'ils revoivent de ces messieurs et de toutes celles, en particulier, qu'ils me prodiguent a\ec une constance admirable depuis une trentaine d'années...
» Cette rcNolte contre la critique ('>l un des plus
LES CONi'MiSSlONS l)lù FKbKOX. U'.
grands obstacles aux progrès des Arts, comme elle est la marque la plus évidente d'un esprit étroit et d'une vanité mal entendue. Car enfin, si l'on consultait les véritables intérêts de sa gloire et de sa fortune, ne devrait-on pas savoir gré à un censeur qui nous montre nos fautes et nous met dans la voie de faire mieux ou d'abandonner une route ingrate, dont le terme est le mépris joint à la pauvreté. Une seule fois dans ma vie, j'ai eu la satisfaction de voir ma critique produire un heureux effet.
« 11 parut en 17o5 un roman anonyme plus que médiocre ; je l'appréciai à sa juste valeur. Deux jours après, un jeune homme qui m'était inconnu, entre dans mon cabinet, me saute au cou et m'embrasse avec transport :
« — Je viens, monsieur, me dit-il, vous exprimer «■ toute ma reconnaissance ; vous m'avez rendu un « service que je n'oublierai jamais : c'est moi qui <( ai fait ce mauvais roman si bien ridiculisé dans « votre dernière feuille ; vous m'avez corrigé pour « toujours ; sans vous, sans votre critique officieuse, " j'aurais grossi la tourbe des plats écrivailleurs <( bafoués dans cette capitale. Vous m'avez ouvert « les yeux; c'en est fait, je renonce à écrire, et je « vais tourner mes pas et mes vues d'un autre côté. »
<( Ce jeune homme a tenu parole. Il remplit aujourd'hui avec distinction une place honorable...
« La carrière épineuse que je cours serait une
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arène émaillée de fleurs, si tous les athlètes étaient aussi raisonnables. Un de mes étonnements est qu'ils n'aient pas le bon esprit de se juger avec l'équité qui les éclaire par rapport aux autres. Ma censure tombe-t-elle sur un de leurs amis mêmes? Ils la trouvent juste, impartiale, plaisante; ils en rient en cachette avec quelques confidents discrets. Ce n'est que lorsque je m'avise d'attaquer leurs propres ouvrages que je suis un sot, un cuistre, un scélérat, un monstre, etc —
« La haine dont m'honorent ces messieurs (les académiciens) est si bien connue, que plusieurs candidats qui veulent s'étayer de leur crédit, renoncent à me connaître et sont même enchantés que je ne les épargne pas lorsque je rends compte de leur prose ou de leurs sers, (l'est un titre que leur petite ambition fait valoir auprès' des puissances philosophiques.
« Une dame très-aimable et de beaucoup d'esprit me demandait il n'y a pas longtemps, si je serais fâché de dîner avec M. le Mierre.
u — Mon Dieu, non, an contraire^ f en serais fort aise.
(( On en lit la proposition à ce poëte, qui répondit:
« — faime beaucoup Fréron ;je le lis avec plaisir, mais je nose l'avouer tout haut. Encore moins oserais-je dîner avec lui; il pourrait me louer dans ses feuilles ; ce qui me ferait un tort irréparable. Je
ne serais jamais de V Académie ; il est essentiel, pour que fy sois admis, guil dise encore du mal de moi pendant quelque temps : tous ceux qiiil loue en sont exclus; elle ouvre ses portes à tous ceux quil critique. »
« Pour de l'amitié, soit : je sais que M, leMierre, par ses qualités personnelles, est capable d'inspirer ce sentiment. Pour le louer, c'est une autre affaire ; je me serais engagé à ne lui donner jamais ce désagrément, à moins qu'il ne fit un chef-d'œuvre ; ce qui l'aurait à coup sûr tranquillisé pour toute sa vie.
(f La dissipation de la plupart de nos auteurs contribue ■ beaucoup encore à les retenir dans les liens de lamédiocrité. L'amour du plaisir, qui s'allie difficilement avec celui de la gloire, les agréments de la société qu'ils ne connaissaient pas autrefois, le luxe enfin qui les avait respectés si longtemps, énervent leur âme. Si les illustres écrivains du dernier siècle revenaient parmi nous, ils seraient frappés d'étonnement à la vue de ceux qui croient les avoir remplacés. Ce sont des élégants, des petits-maîtres, des agréables, des hommes à bonnes fortunes. Ils sont de toutes les parties, de toutes les fêtes, de tous les soupers réputés fins. Ils ont des habits riches, des dentelles superbes, de beaux appartements.
« Ce n'est pas ainsi que vivaient les Corneille, les Molière, les la Fontaine, les Boileau, etc. Ce n'est pas en soupant tous les jours en ville qu'ils
composaient ces chefs-d'œuvre qui feront éternellement leur gloire et celle de la France. Ils étaient logés et vêtus simplement : une large calotte couvrait la tête sublime du grand Corneille, et toute la nation se levait par respect devant lui quand il paraissait au spectacle . . .
« Yoilà, monsieur, sur la décadence de notre littérature, quelques idées qui, depuis longtemps, étaient éparses et confuses dans mon esprit. Il me tardait de les rassembler et de les mettre en ordre pour vous les communiquer.
" Je finis par me justifier, si je le puis, du reproche que vous me faites tous les ans du retard de mes feuilles. Il est vrai que vous n'avez pas à vous louer de mon exactitude. Mais je vous prie de considérer que de fréquentes maladies m'ont arrêté dans le cours de mes occupations; que je viens tout nouvellement encore d'essuyer une cruelle attaque de goutte, qui, pendant près de trois mois, a suspendu mon travail; que j'ai eu des censeurs difficiles, qui souvent l'ont doublée par le refus d'approuver plusieurs de mes lettres ; que d'ailleurs, comme je crois vous l'avoir déjà dit, ce n'est pas précisément un journal que je fais, un catalogue des ouvrages nouveaux que je dresse; que, s'il ne s'agissait que de copier des titres de livres et de placer après cette annonce un jugement vague en cinq ou six lignes, cette notice aride ne ini'dmmfr.iil jias une grande peine ; que ce
sont mes remarques, ou plutôt, celles des connaisseurs sur les nouveautés littéraires, que je me suis proposé de vous envoyer; que cette rédaction demande beaucoup de soin : vous me croirez, si vous voulez, monsieur ; mais un article de douze ou quinze pages m'occupe quelquefois des huit jours entiers. « Je n'ai point à regretter le temps que j'y mets; puisque, malgré mes retardements, mon ouvrage s'est toujours soutenu, tandis que j'en ai vu tomber une foule d'autres du même genre, qui très-ponctuellement enimyaient leurs lecteurs tous les mois ou toutes les semaines ; tels que l'Observateur littéraire, par M. Marmontel\ le Censeur hebdomadaire, par M. d'Aquin"^, la Renommée littéraire, par le grand poëte lyrique M. leBrun"^, les Observations sur la Littérature moderme, parM. l'abbé delà Por^e*, etc.. On fit dans le temps sur ce dernier et sur moi une épigramme que vous me pardonnerez de vous citer, quoiqu'elle soit un peu à mon avantage.
Fréron de la Porte diffère.
Voici leur devise à tous deux :
L'un fait bien, mais est paresseux; L'autre est diligent à mal faire.
1. OEiivi-o de l'extrême jeunesse de l'auteiii- de Denys le Tymn. y. Fils du fameux organiste du même nom. Une épigramme faisant allusion à la profession de son père, dit : Ou souffla pour le père, on sifQa pour le fils.
;t. Il devint depuis le Pindare de la Révolution. 4. Très-médiucre recueil.
« Paresseux, non ; lent, parce que je suis difficile, oui. Quoi qu'il en soit, j'avais il y a dix ou douze ans un libraire qui tous les jours me persécutait pour que je fisse paraître régulièrement mes numéros. Il ne cessait de me répéter : Vous ne connaissez pas le public; il ny regarde pas de si près, tout lui est bon, pourvu quon soit exact; do7inez-lui des drogues plutôt que de le faire attendre. Et moi je lui disais : Vous vous trompez ; ayez du public une toute autre idée. Voyez si les drogues de Marmontel, de cl A quin, de le Brun, de r abbé de la Porte, etc., réussissent beaucoup, quoiqu'ils soient de i exactitude la plus exemplaire...
(( L'abbé de Pons disait : V exactitude est le sublime des sots. Je ne cite cette assertion qiK» comme une plaisanterie. Mes bons amis les philosophes ne manqueront pas de la prendre pour une vérité, et de dire qu'il ne dépendrait que de moi d'être sublime. Mais qu'ils trouvent ou ne trouvent pas de justesse dans le mot ingénieux de l'abbé de Pons, si ma santé me seconde, vous n'aurez plus à vous plaindre, monsieur, de mes lenteurs involontaires*. »
Les dernières années de Fréron furent assombries par des luttes de plus en plus pénibles, — luttes contre ses ennemis, luttes contre la maladie surtout. Dans les pre-