CHAPITRE II Politique
I. Platon et Machiavel. — II. L'art de régaer. — III. Publicistes maniaques .
— IV. De l'ambition. — V. L'art de la guerre. — VI. Des crises politiques.
— VII. Paii universelle chimérique. — VIII. Du luxe. — TX. Monarchies et républiques. — X. Despotisme et tyrannie.
Il y a dans la politique deux écuoils où se sont brisés presque tous ceux qui ont écrit sur les gouvernements.
Les uns établissent un cruel despotisme aux dépens des lois naturelles et des vertus morales; ils ont formé les maîtres qu'ils voulaient donner au monde d'après les dieux malfaisants.
Les autres ont embrassé les idées d'une perfection chimérique. S'ils admettent des souverains, il faut que ce.s souverains cessent d'être des liommes. qu'il ne cherchent constamment que le bonheur de leurs sujets, qu'enfin ils n'aient des dieux que les attributs qui les font aimer.
La République de Platon est une belle chimt'î're, le Prince de Machiavel un monstre exécrable.
Ces auteurs ont cela de commun, qu'en bâtissant leurs svsl^mes, ils semblent nvoii" oublié les uns et les
aiilri's que c"i.'sl sur les honimes et pour les hoiuinij^ (ju'ils écrivent. Mais les premiers nuisent toujours; le mal qu'il font est d'autant plus grand que ce sont les sources publiques qu'ils empoisonnent. Les autres, au contraire, quoique leurs spéculations soient impraticables, ne laissent pas d'être utiles.
Il est bon de nous faire voir au delà du point où l'on veut nous conduire, atin qu'en nous ftiorçant d'y arriver, nous en approchions du moins le plus qu'il est possible \
L'art de régner est la s(.'ience la plus nécessaire aux souverains. On doit leur en donner des leçons dès leur enfance, au lieu de remplir leur esprit de connaissances frivoles, d'enfler leur unie de l'orgueil de leur rang, d'assujettir leur corps à des exercices souvent inutiles, et surtout de leur inspirer cet amour désordonné des conquêtes si funeste à l'iiumanité. Ce ne sont pas les victoires seules qui font briller les héros. La postérité trouve Cyrus plus grand dans son repos que dans ses travaux militaires, tandis que plusieurs conquérants ont flétri leurs lauriers par le mauvais usage qu'ils ont fait de la paix achetée au prix du sang de leurs sujets.
Les succès des armes ne conduisent pas seuls à l'immortalité. Les guerres ne durent que peu de temps; les monarques sages, les bons rois les abrègent; mais ils