DES FEMMES
nation. Beaucoup de Français pensent que la comédie des Femmes savantes a fait parmi nous le même tort par rapport à l'esprit. Ces reproches me paraissent injustes.
Cervantes n'a eu d'autre but que de se moquer des extravagances de la chevalerie errante et des fausses idées que ses compatriotes avaient de la valeur. Molière n'a prétendu que s'égayer aux dépens des- bourgeoises pédantes. Chrysale, mari de la docte Philaminte, est un bourgeois qui a raison de trouver mauvais que sa femme, au lieu de se concentrer dans son domestique, s'occupe de sciences inutiles. Vivre chez elle, régler sa famille, être simple, juste et modeste; voilà les vertus réelles, quoi qu'obscures, qui sont prescrites à une femme de ce rang. Mais, celles que leur naissance ou leur fortune met en état de suivre leurs inclinations pour les sciences et les beaux-arts, ne sauraient, ce mo semble, se distinguer par un goût plus raisonnable. Molière lui-même approuve que les femmes soient instruites. Voici ce qu'il fait dire à un de ses acteurs :
Je consens qu'une femme ait des clartés de tout; Mais je ne lui veux point la passion choquante De se rendre savante, afin d'être savante; Et j'aime que souvent aux questions qu'on fait Elle sache ignorer les choses qu'elle sait; De son étude enfin je veux qu'elle se cache, Et qu'eUe ait du savoir, sans vouloir qu'on le sache, Sans citer les auteurs, sans dire de grands mots, Et clouer de l'esprit à ses moindres propos.
On voit, par là que ce grand écrivain ne blâme pas le
savoir dans les femmes, il en condamne seulement l'étalage; raffectation du bel esprit est pitoyable dans un homme même.
Il serait à souhaiter que tous les pères qui sont en état de donner de l'éducation à leurs filles leur fissent du moins apprendre à bien parler leur langue, h l'écrire purement. Quel mal y aurait-il de les mettre au fait de l'Histoire et de la Géographie, et de leur faire lire les meilleurs livre de morale, de Philosophie et de Poésie. Et pourquoi ne leur pas apprendre même le latin? C'est la clef de toutes les sciences '.
Je crois les femmes plus propres en général à exceller dans les ouvrages de pur agrément que dans les sciences abstraites ou dans les grands genres de littérature, tels que l'Histoire, la Morale, la haute Poésie, etc. La délicatesse, la vivacité, les grâces qui leur sont naturelles sont faites pour des écrits agréables, et non pour des recherches profondes, pour des discussions l)iiilosophiques, pour des ouvrages difticiles^
1. Lettres sur quelques écrits de ce temps, tome I. pages 74 à 79. •2. L'Année littéraire, i75J, lonie III. page 15.