L'Aiviée littéraire, tome IV, pages 220 et
qu'exige un ouvrage formé d'une infinité de parties, toutes essentielles , dont la réunion et l'accord sont nécessaires à sa réussite.
L'admiration qu'obtiennent les beaux plafonds est fondée sur les mêmes raisons.
Faire agir des dieux, des héros, des rois; faire parler des sages, animer les passions, reproduire la nature, élever les âmes, toucher les cœurs, éclairer les esprits, instruire les hommes : voilà ce qu'entreprend le poëte.
Imiter ce qui n'a point de corps, — l'air et la lumière; donner du mouvement à ce qui est inanimé, — la toile et la couleur; exprimer ce qu'à peine nous concevons — la perfection des êtres célestes et les sentiments qu'excitent en eux les mystères respectables de la religion : telles sont les difficultés des grands poëmes en peinture.
11 en est d'autres qui ne sont pas communes à la poésie, infiniment plus rebutantes, moins faciles à surmonter, et que le mécanisme de la peinture multiplie à chaque instant sous les pas des artistes, pour leur faire acheter leurs succès.
Le spectateur veut avoir des figures parfaitement droites sur une surface dont le plan est une courbe irrégulière; il veut être éclairé par une lumière vive et brillante dans un endroit qu'une voûte épaisse met à l'abri des rayons du soleil; il veut voir se porter sur des nuées ou voler (l;ins les airs des corps que leur pesanteur naturelle semble devoir faire tomber sur la terre; il prétend que la disposition de cent figures soit telle qu'elles ne s'embarrassent pas à ses yeux, et que,
placées avec une attention extrême, elles semblent arrangées par un heureux hasard qui ne laisse aucune trace de contrainte. Il désire des ornements feints, sur le relief desquels il soit en droit de se tromper, après avoir considéré et réfléchi ^
Les copies d'un tableau en consacrent le mérite, et les imitateurs travaillent moins pour leui" propre gloire que pour celle de leur modèle^.
En peinture comme en poésie, le premier, le plus essentiel des préceptes, c'est d'embellir la nature en l'imitant.
C'est ainsi que les artistes grecs s'élevèrent de l'expression du beau naturel à l'expression d'un beau idéal, qui va au delà du premier, et dont les traits, suivant un ancien interprète de Platon, sont rendus d'après des tableaux qui n'existent que dans l'esprit.
Ce qui fait le caractère distiuctif des ouvrages des peintres et des sculpteurs de la Grèce, n'est donc pas seulement l'expression la plus vraie do la plus belle nature, mais l'expression d'un mieux possible, d'une nature idéale, en deçà de laquelle reste toujours la plus belle nature. Il est vrai que le beau physique est le fon-