‹ Les confessions de FréronChapitre 89 sur 189 · Itjid., pages 351 et · texte numérisé non relu

Itjid., pages 351 et

maisons. Que ne nous donne-t-on celle de nos beaux, esprits?

Plus d'un roturier est devenu gentilhomme, pour s'être emparé des titres vermoulus d'une noblesse ancienne et ruinée.

Plus d'un écrivain s'est fait un nom pour s'être approprié des pièces charmantes ensevelies dans de vieux bouquins ignorés.

Un ouvrage où l'on découvrirait ces larcins grossiers ou déguisés, ne serait point un ouvrage inutile. Il serait bien agréable de voir la tilialion des idées, et de remonter jusqu'à la source des choses que nous admirons le plus, et dont notre ignorance fait honneur à nos auteurs modernes. Vous en connaissez plusieurs qui, si on les dépouillait, seraient précisément dans le cas du geai de la fable. Il est surtout un poète ^ regardé par les fanatiques, comme l'aigle de notre âge : je parierais bien qu'un homme qui auraitbeaucoup lu ne trouverait rien de neuf dans ses œuvres, si ce n'est quelquefois le coloris, la partie la moins essentielle de l'art, et malheureusement aujourd'hui la plus recherchée^.

Le génie abandonné à lui-même répond assez à l'idée qu"on avait autrefois des comètes. C'est un météore lumineux, mais irrégulier dans son cours, plus capable

1. Voltaire dont Fréron signala, plus d'une fois, les plagiats dans l'Année littéraire.

■2. L'Atinée littéraire, tome VI, pages 66 et C7.

d'éblouir que d'éclairer, d'étonner que d'instruire. Qui saurait fixer cet astre vagabond, et lui prescrire des lois de mouvement, le rendrait plus utile, sans doute, sanè lui rien ôter de son éclat ni de sa chaleur. C'est à quoi devraient s'attacher ceux qui transmettent à notre nation les richesses littéraires des Anglais. On ne peut nier qu'il n'y ait dans leurs ouvrages beaucoup de génie, d'imagination et de feu. Mais ces qualités brillantes sont toujours surchargées d'idées étrangères, répandues avec profusion.

En Angleterre, un trait neuf et hardi est toujours bien reçu, quelque part qu'il se trouve.

En France, le beau même ne plaît qu'autant qu'il est à sa place.

Serait-ce que le génie anglais serait trop libre ou le génie français trop gêné? Pour eu bien juger, on n'a qu'à comparer les écrits de nos voisins et les nôtres avec les chef-d'œuvres de l'antiquité. Si nous approchons plus que les Anglais de la perfection de ces deux grands modèles; c'est à nous à rester comme nous sommes ; h nos rivaux à se corrigera

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