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Lettres sur quelques évrits de ce temps, tome X, page

Le moyen le plus sûr de former le goût des jeunes gens, en leur apprenant la langue latine, est de leur faire beaucoup traduire les bons auteurs anciens.

Sous prétexte de faciliter les commencements, on a fabriqué du latin sur notre langue; on a composé des livres exprès, et l'on présente aux enfants des ouvrages qui ne sont ni latins, ni français; ce sont des gallicismes perpétuels aussi éloignés du vrai tour de la langue latine que notre siècle l'est de celui d'Auguste.

L'idiome des Romains est en dépôt dans les écrits qu'ils nous ont laissés. C'est dans ces seuls écrits qu'il faut chercher la pureté de leur langue, et non dans des compositions françaises en latin ^.

La différence entre un bon et un méchant écrivain consiste en ce que celui-ci adopte avec complaisance tout ce qui coule de sa plume, et que l'autre rejette les trois quarts des idées qui se présentent à lui.

C'est donc bien gratuitement qu'on accorde quelquefois de limagination à certains auteurs, qui n'ont d'autre peine que de confier rapidement au j)apier toutes les pauvretés qui leur passent par la tète. Ces mêmes misères viennent, ou du moins paraissent venir

1. Lettres sur quelques écrits de ce temps, tome XI, page 31*.

à tout le monde; mais, tout le monde n'est pas assez dépourvu de jugement et de goût pour s'y arrêter.

C'est par cette raison qu'aux yeux des ignorants les mauvais auteurs paraissent avoir bien plus d'invention que les écrivains raisonnables, tandis que réellement ils en ont beaucoup moins. Rien ne prouve mieux en effet la trivialité de l'esprit et la stérilité de l'âme que de s'accrocher à tous ces petits atomes qui voltigent dans un cerveau vide ^

L'imagination s'égare, si le frein du bon sens ne la retient.

Il ne suffit pas pour composer un bon roman d'écrire avec chaleur; le romancier, comme le poëte dramatique, doit se soumettre aux lois de la vraisemblance : des façons de penser singulières, des sentiments hors de la nature, des événements extraordinaires, imprévus, mal amenés, surprennent et ne touchent pas; point d'intérêt sans illusion, et point d'illusion sans vraisemblance.

Si l'art et les cordages qui font aller la machine sont ù découvert, elle perd tout son prix : la vraisemblance est non-seulement le principe qui doit faire jouer tous les ressorts, elle est encore la toile qui doit les dérober aux yeux du spectateur.

Voilà pourquoi la vérité même, sans vraisemblance,

1. Lettres sur quelques écrits de ce temps, tome XII, pages 206 cl 207.

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est un défaut au théâtre, ainsi que dans le roman, parce l'illusion s'évanouit avec ce qui ne paraît pas possible, parce que la ticlion n'a de mérite qu'autant qu'elle a l'air de la vérité, et que la vérité perd son éclat lorsqu'elle n'a que l'air de la tiction.

En un mot, le romancier et le poëte ne sont pas moins blâmables d'offrir la vérité sans vraisemblance, que le serait l'historien de donner de la vraisemblance sans vérité.

Combien, à plus forte raison, ne sont-ils pas répréhensibles s'ils ne suivent ni vérité, ni vraisemblance^?

XIY

Je ne me lasse point d'admirer les dispositions, les talents singuliers, l'heureuse facilité que la nature prodigue à nos jeunes écrivains.

Avant que de se mêler d'écrire, on travaillait longtemps autrefois, on se formait le goût, on étudiait les bons modèles, on apprenait sa langue, on consultait les sources, on approfondissait l'art et ses principes.

Dans ce siècle, des écoliers, à peine sortis de leurs classes, enfantent des merveilles. Ils sont doués du môme privilège que les gens de qualité dans le BOURGEOIS GENTILHOMME, — de sttvoir tout sans avoir rien appris.

Ils se demandent avec complaisance tous les matins en se levant :

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