‹ Les confessions de FréronChapitre 97 sur 189 · L'Année littéraire, pages 220 et iil · texte numérisé non relu

L'Année littéraire, pages 220 et iil

des bouquins redevenus nouveaux à force d'avoir été" oubliés, de faire des contes de la vieille Cour, et de citer toujours un témoin illustre (qui par malheur est enterré), d'entrelacer dans ce tissu des réflexions sententieuses mille fois retournées, et des traits hardis mille fois reforgés, de piquer le tout d^antjntgsgg, et par-dessus cela, de se tromper à chaque page? f *^"*'

Tels sont cependant les caractères auxquels tout lecteur judicieux reconnaîtra la plupart des productions historiques' qui font gémir la presse depuis quelques années.

Mais, pour faire dans ce même genre une bonne traduction, il ne suffit pas de rendre servilement et aveuglément son texte. Il faut posséder le sujet, saisir le génie et le caractère de l'auteur, de sa nation, de ses principaux personnages, apercevoir les ressorts les plus délicats d'une administration, et remonter aux principes les plus cachés d'un système dont le vulgaire ne voit que le mécanisme extérieur, être instruit de la forme et du fond du Gouvernement, indiqueras rapports, développer les allusions, et suppléer aux réticences.

Faute de remplir toute ces conditions, on traduit littéralement un livre sans l'entendre. Mme de La Fayette, on parlant d'ouvrages d'agrément ou d'imagination, comparait un traducteur à un valet grossier qu'une maîtresse aimable et spirituelle aurait chargé d'un compliment bien tourné, et qui le rendrait tout de travers et de mauvaise grâce,

1. Fréron vise ici, avec raison et tout parliculiôromcnt, les compilations historiques de Voltaire.

Dans tous les genres où il s'agit de faits et de raisonnements, on pourrait comparer un traducteur exact, mais peu instruit de son sujet, à un messager qui rend mot pour mot une commission dont il ne saurait ni comprendre l'objet, ni par conséquent l'expliquer aux autres ^

Les ouvrages de littérature, de quelque genre qu'ils soient, demandent une juste proportion, une certaine plénitude. Les éclairs passent vite, et ne font qu'éblouir. L'astre du jour nous éclaire; il parcourt les différents points du ciel, et demeure quelque temps sur notre horizon. La durée de sa course ajoute à la force de ses rayons; elle en augmente et multiplie la splendeur.

C'est ainsi que je me représente tout écrit, soit en prose, soit en vers, soit court, soit de longue haleine : il doit avoir, pour ainsi dire, son lever, son midi, son couchant ^.

, Pourquoi être obscur quand on peut être clair? L'obscurité dit-elle davantage que la clarté? Non sans doute; au contraire, elle dit bien moins, ou plutôt elle ne dit rien du tout; mais elle affiche plus de profondeur; elle fait supposer une idée si longue et qui tient

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