V Année littéraire, tome VI, pages 124 et
voyons, sous le bras d'un Dieu exterminateur les empires se heurter, se briser, s'évanouir en poussière ; nous entendons le fracas de la terre qui se dissout; en un mot, ce poëte sacré nous remplit, nous pénètre de ses images : aussi le met-on h la tête des prophètes.
Regardé d'un œil chrétien, il est l'oracle interprète du Messie; il nous l'annonce distinctement 1 .
Ce qui rend la lecture d'Isaïe animée de cet intérêt nécessaire à tout genre d'écrit, c'est qu'il est varié dans ses tours et dans ses images; il réunit tous les tons, au lieu que les autres prophètes sont plus monotones, plus uniformes.
Nos gens de lettres, et surtout nos jeunes versificateurs découvriront dans Isaïe les véritables beautés de cette poésie mâle à laquelle aucune langue vivante n'a pu encore atteindre; ils y apprendront que toute poésie, de quelque espèce qu'elle soit, ne consiste qu'en images.
Par cette lecture tout à la fois sublime et touchante, ils sauront se mettre en garde contre ces novateurs qui cherchent à s'établir sur notre Parnasse, ou plutôt qui voudraient en construire un autre où les hardiesses de la poésie fussent soumises à l'équerre et au compas : malheureux qui ne savent que raisonner, et à qui la nature a refusé l'heureux don, le don si rare de sentir 2 .
Le déiste et le matérialiste vont au fatalisme par le