‹ Les confessions de J.-J. Bouchard, parisienChapitre 3 sur 7 · I,ES CONFESSIONS · texte numérisé non relu

I,ES CONFESSIONS

puis, ayant veu rémission, et s'estant esclatée de rire, elle se prinst à pleurer à bon escient, peut-estre de honte et de despit d'avoir fait cela. Dont Oreste Tayant consolée, il obtint d'elle de là en avant cette charité, tous les jours que la commodité ou le caprice de cette fille le permettoit : appelant cela entre elle et luy, faire venir du sucre.

Quelque temps après, il obtint une plus grande grâce d'elle; car s'estant assez souvent corrompu en se frottant contre son ventre, à travers les habits pourtant, et elle n'en disant mot, ains faisant semblant de s'endormir lorsqu'il cultoit le plus fort, il print une fois la hardiesse de lui lever la chemise, et fregardla fra le coscie (i) : ce

(i) Italien : illam fricare intra femora.

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qu^ayant souffert quelque deux ou trois fois, enfin un jour elle fit semblant de se resveiller, et se fascha fort amèrement de ce qu'il y alloit, ce disoit-elle, ainsi en trahison, et de ce qu'il ne luy avoit pas demandé lorsqu'elle n'estoit pas endormie ; et demanda à quoy ce mystère-là servoit. Sur quoy Oreste lui ayant donné le meilleur galimatias qu'il put, il la conjura de luy vouloir permettre cette faveur-là d'oresnavant ; et qu'outre le grand plaisir qu'il y prenoit, ce seroit une nouvelle assurance de son amour et 'de la confiance qu'elle avoit en luy; et luy promit de ne passer jamais outre un certain signe qu'elle-mesme lui détermina nella sua potta (i) : qui estoit justement

(i) Italien : in suo cunno.

vers les nymphes ou pellicules qui bouchent l'orifice extérieur du col de la matrice, car ainsi il ne la mettoit en aucun danger, et n'y avoit pas plus de péché que menarlo colla mano (i). Après plusieurs pleurs, et s'estre asseurée qu'il n'y avoit aucun péril, Isabelle accorda la requeste d'Oreste, qu'il commencea à exécuter sans plus sentir en lui aucun signe d'impuissance, son sexe se dressant au premier baiser : et ce, à cause seulement que son imagination n'estoit point troublée de la trop grande envie de continuer tout-à-fait, et de la curiosité de sçavoir toutes les particularitez du plaisir qu'il y a à la consommation en-

Ci) Italien: menarlo colla mano, — illum fricare manu {cunnim).

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tière de cette œuvre. Car au mesme temps que son sexe estoit ainsi obéissant auprès d'Isabelle, il faisoit le rétif et capricieux à son ancienne mode, lorsqu'Oreste le vouloit faire entrer nella gabbia (i) de cette petite vachère dont Ton a parlé au commencement, laquelle venoit parfois de Fontenay à Paris. Et un jour, estant allé coucher chez une garce tout exprès pour s'esprouver, il ne put rien faire de toute la nuit.

Oreste croioit estre parvenu presque au port, lorsque voici s'eslever les commencements de la tempeste, laquelle Ta enfin chassé jusques en Italie. Claire, enrageant de ce que Isabelle venoit ainsi tous les soirs

(i) Italien : nella gabbia, dans la cage de cette petite vachère.

à la chambre d'Oreste, et voyant qu'elle ne pouvoit Tempescher pour ce que sa sœur luy menoit, elle songea que si elle pouvoit treuver moyen d'empescher celle-cy d'y plus venir, qu'Isabelle seroit entièrement privée de cette liberté. A cet effet, un soir estant venue elle-mesme appeler Isabelle pour s'en aller tenir à la chambre prez la mère, pendant qu'elle, Claire, seroit en la chambre d'Oreste; et Isabelle, pour avoir descouvert la finesse, n'en ayant rien voulu faire : outrée de despit, elle s'en retourne tout court, esveille le père et la mère, leur fait entendre que la sœur va tous les soirs jusques à trois heures après minuit jouer aux chartes avec Oreste, leur conte toutes les veilles qui s'estoient faites l'automne passé à Fontenay, dit que c'est Isabelle qui la desbauche, et

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se plaint fort d'elle pour son particulier. Si bien que, le .matin venu, la mère crie et frappe la pauvre sœur, luy deffend de plus jamais aller à la chambre d'Oreste, et luy fait-on faire un lict de camp sur lequel on veut qu'elle couche dans la chambre mesme de sa mère : avec deffences d'avoir plus aucune familiarité avec Isabelle. Oreste est pareillement crié, et deffences de plus parler seul à seul avec sa sœur; et ne veut-on plus que la pastorelle se joue. Le père, selon une humeur vrayement endiablée qu'il a de soubçonner les crimes les plus horribles des personnes les plus innocentes, ayant fait entendre à sa femme qu'il pouvoit y avoir quelque villanie entre frère et sœur, et qu'Isabelle en faisoit le maquerellage; et pour ce, l'on commencea à es-

pier de fort près sa fille et la mener tousjours en ville sans la laisser plus seule avec Isabelle.

Cette rumeur arriva vers Pasques, et fut plus d'un mois à s'acquoiser ; dont tant s'en fault qu'Oreste fust fasché, qu'au contraire il en receut de fort grandes commoditez. Car Isabelle commencea à se treuver presque tous les jours seule dans le logis sans la sœur; laquelle, bien qu'elle ne soubçonnast aucun mal des caresses d'Oreste avec Isabelle, les incommodoit néantmoins fort, estant une fille de son naturel mélancholique et ennemie de toutes les gaillardises d'amour ; et pour ce il f alloit tousjours user de beaucoup de retenue en sa présence, tant dans le discours qu'aux actions.

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Isabelle estant donc ainsi souvent seule, la mère s'occupant à crier sa fille, et Claire estant pour la plus part du temps à Fontenay : outre que croyant s'estre assez vangée d'Isabelle en lui ostant le moyen de plus venir en la chambre d'Oreste, elle ne Tespioit quasi plus, Oreste commencea à la voir plus souvent et plus familièrement que jamais. Le jour, Isabelle feignant de se retirer de la salle dans les chambres d'en haut de peur des poursuites et importunitez du frère, elle venoit s'enfermer dans la chambre d'Oreste; et les soirs, elle feignoit d'aller au privé qui estoit au bas de la montée sur laquelle estoit posée la chambre d'Oreste, et là, faisant un certain bruit à la porte du privé, Oreste dévalloit et s'entretenoit avec elle une bonne heure.

lorsque Claire estoit à la ville : et estant aux champs, ils passoient une bonne partie de la nuit ensemble sur les degirez.

Oreste, enyvré de sa bonne fortune, commencea à avoir des desseins plus relevez; et partie pour se confirmer à perpétuité dans la confidence et familiarité d'Isabelle, partie pour pouvoir obtenir la dernière faveur, une nuit, dans la chaleur du discours et des embrassemens, il commencea à lui jetter quelques parolles de mariage : lesquelles ayant esté receues assez favorablement d'Isabelle, par succession de temps ils traitèrent de cette matière si avant, qu'Oreste insensiblement se treuva engagé de parolle, que si jamais il luy venoit fantaisie de se marier, il ne prendroit point d'autre femme qu'Isabelle; à la charge

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qu'en attendant que cette alliance se fist, elle vivroit avec luy comme avec son mari, c'est-à-dire en communauté de pensées, de desseins, d'affection, de biens et de corps : tousjours son honneur sauf pourtant, lequel elle laissoit d'oresnavant en la garde d'Oreste; qui, voyant la gTande bonté et franchise de cette fille, en devint si jaloux gardien, qu'encore qu'elle s'abandonnast entièrement à luy par fois, jamais il ne voulut attenter à faire l'entier acte de génération, qu'auparavant il n'eust treuvé un moyen certain pour empescher la grossesse.

A cet effet, il se mit à faire un recueil de tout ce que les médecins ont escrit en cette matière, et achepta des drogues qu'il jugea estre les plus puissantes dans l'effet : qu'il voulut néantmoins expérimenter avant

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que de rien hasarder. Et argumentant que si elles pouvoient faire vider généralement tout ce qui est enclos dans la matrice, elles feroient facilement venir le sang des mois devant le temps, il print de l'armoise, de Taristoloche et colochinte; et Fayant donnée un soir à Isabelle, îl la pria de se !a vouloir mettre la nuit à l'entrée de la nature, pour certaine expérience qu'il vouloit faire. L'humeur deffiante de cette fille lui fit tout à l'heure soubçonner qu'elle estoit grosse, et qu'Oreste luy bailloit cela pour la faire vider : ce qui luy donna une telle espouvante, qu'elle tomba en pasmoison. Et Oreste s'estant advisé de sa faute, il luy osta les herbes ; et ne faisant pas semblant de cognoistre la cause de cet esvanouisse-

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ment, il luy dit qu'elle se morfondoit, et qu'elle s'allast coucher.

Le lendemain, qui estoit dimanche, sa I sœur, en allant à la messe avec sa mère, I vint esplorée advertir Oreste qu'Isabelle ! vouloit s'en aller du logis, et le pria de la vouloir retenir. Luy aussitost l'estant venu treuver, et feignant de ne pouvoir com- ; prendre le subjet de ce subit département, i fut une forte heure à la supplier de le luy vouloir dire. Enfin, vaincue par les pleurs i qu'Oreste commencea ce jour là à jetter en abondance aux pieds d'Isabelle, et que depuis il a continuez de bonne sorte, ne s'estant passé semaine que cela ne luy soit arrivé plus d'une fois pour les extravagances et changemens de cette humeur bizarre ; enfin, dis-je, Isabelle lui descouvrit sa peur,

et comme elle estoit résolue de s'enfuir tant que la terre la pourroit porter, pour éviter rignominie que luy causeroit sa grossesse, Oreste ayant premièrement voulu tourner cela en risée pour luy tesmoigner la vanité de cette terreur, par raisons plus solides et par prières il obtint d'elle qu'elle attendist au moins que le temps de ses menstrues f ust venu, et que si le sang ne paroissoit point, que lors luy et elle adviseroient à ce qu'il f alloit faire. Ce qu'il fit pour pouvoir avoir seulement du temps, pendant lequel il sçavoit ' bien qu'un esprit inconstant comme celuy de cette fille changeroit aisément de dessein; ce qui luy réussit fort bien, car la forte imagination dont estoit préoccupée/ Isabelle luy fit fluer son sang mesme avanlj! le temps. Et ainsi tout fut raccommodé, ei\

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Oreste rentra dans la possession de ses faveurs plus avant que jamais, jusques à faire trois ou quatre fois l'intromission presque parfaite; et entre autres, une fois Isabelle s'estant mise sur luy, elle se laissa tellement emporter à la volupté, qu'elle s'enferra d'elle-mesme jusques aux gardes, de sorte qu'Oreste, plus soigneux de son bien qu'elle-mesme, retira son espingle du jeu sans rien faire. Or il est à sçavoir que toutes les fois que cette fille se laissoit aller non seulement à ces derniers excez, mais encore simplement lorsqu'elle se laissoit fregar tra le coscie, elle estoit demie heure à pleurer à chaudes larmes, protestant de ne se laisser jamais plus toucher, et demeurant un, deux et trois jours dans cette résolution, qu'enfin Oreste, par prières,

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larmes et violence renversoit : de sorte que pour un jour de bien que cette fille luy a donné, elle luy en a baillé tousjours quatre mauvais. Ce qui le rendit si mélancholique, qu'il commencea à ne plus voir personne que son cher Marchand, abandonnant mesme le concert de musique que faisoit son frère, pour espier les occasions d'entretenir ou rapprivoiser son Isabelle.

Ces flammes amoureuses s'estoient tenues cachées à tous ceux du logis, fors à son frère qui, en ayant descouvert quelque fumée, alloit espiant les actions d'Isabelle, par curiosité et par jalousie : lorsqu'au mois de Juillet, ayant esté presque faite maison neuve de valets, il entra premièrement au logis une petite tapissière nommée

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Corinne (i), qui, tenant compagnée à Isabelle, commencea à troubler beaucoup la quiétude des deux amans, Isabelle ne pouvant se treuver seule avec Oreste si souvent qu'auparavant. Puis ensuite son frère print un laquais Bourguignon nommé Rozée, que Claire se rendit partisan par présents pour luy servir d'espie, principalement contre Isabelle, qu'elle avoit entreprins de faire chasser du logis : ne pouvant souffrir le mespris dans lequel la tenoit Isabelle, qui d'autre costé la faisoit encore crever d'envie et de jalousie, par le support qu'elle s'estoit acquis auprès du frère, de la sœur et d'Oreste qui vouloient à toute force qu'el-

(i) Pseudonyme, pour Marie.

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le demeurast au logis, et qui haïssoient de mort Claire.

Toute la maison estant ainsi bandée en deux ligues, Rozée commencea à se servir des belles parties de son esprit, c'est à sçavoir, de détraction, flatterie, calomnie, et de trahison; car faisant mille caresses à Isabelle, en derrière il en disoit tout le mal du monde. Et ayant espié toutes les visites qu'elle faisoit à la chambre d'Oreste, il commencea à divulguer à Claire et à tous les autres valets ces amours, adjoustant mille impostures : qu'il avoit veu Oreste monté sur Isabelle; que ce qu'Isabelle avoit esté malade un certain temps, c'estoit qu'elle avoit prins certaines poudres pour se faire avorter que luy avoit données Oreste, lesquelles Rozée avoit esté quérir par l'ordon-

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nance d'Oreste (voulant parler de certaine cresme de tartre qu'Oreste luy envoya une fois quérir pour se purger). Ces bruits courans partout le logis, Isabelle, de désespoir, un soir, après estre venue de baigner avec la mère, où Oreste avoit aussi esté, et Favoit veue nue et touchée partout par dessous l'eau, s'en alla du logis sur les huit heures, et Oreste la suivit par toutes les rues de Paris deux grosses heures, la priant de vouloir retourner ; enfin il obtint qu'elle reviendroit pour cette nuit-là, et que le lendemain elle s'en iroit si bon lui sembloit. Revenue au logis, elle demande son congé, fondée sur les calomnies que Claire alloit semant d'elle. D'abord la mère, emportée de cholère, le luy accorde pour le lendemain matin; et Isabelle estant venue au privé,

Oreste la sceut si bien prescher jusques à une heure après minuit, qu'elle luy fit promettre que si sa mère ne luy parloit plus de sortir, qu'elle demeureroit à la maison. Les pleurs de l'un et de l'autre furent si grands et si longs, qu'ils furent ouïs de Claire et de la mère qui estoient aux aguets à la fenestre de leurs chambres; et Oreste ayant esté reconduire Isabelle jusques à la porte de sa chambre, à peine fut-elle entrée qu'elle treuva la mère près la porte, qui la ^ print par la main et la mena dans son cabinet : luy demandant premièrement d'où elle venoit à cette heure, et pour quel subjet elle pleuroit. A quoy Isabelle luy respondit qu'une douleur de dents l'avoit retenue jusques alors en bas. Lors la mère deschargea tout ce qu'elle avoit sur le cœur depuis cer-

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tain temps : luy contant tous les caquets que Ton faisoit d'elle dans le logis, qu'elle dit néantmoins ne pas croire; mais qu'elle l'en advertissoit affin qu'elle ne se donnast plus tant de liberté avec Oreste, et qu'elle luy defïendoit de plus aller jamais à sa chambre : qu'elle la prioit de demoùrer à son service et qu'elle la deffendroit contre Claire et tous autres.

Le lendemain après disner, Oreste fut appelé au cabinet de son père, où luy et sa femme luy firent un long sermon, répétant tout ce qui avoit esté dit la nuit, avec menace d'estre battu si jamais il estoit treuvé seul avec Isabelle : le père surtout faisant fort le courroucé, comme il estoit véritablement en son ame, ayant une jalousie extresme, et une haine contre Isabelle, qui

Tavoit refusé plusieurs fois, et s'estoit mocqué de luy tout fraischement de ce qu'à Fage de soixante et cinq ans il vouloit faire l'amoureux. Oreste, voyant la fureur bestiale de son père, respondit à sa mère qu'à elle seule il luy f eroit ses excuses ; et sa mère estant venue à la chambre d' Oreste, il couvrit si bien toutes ses familiaritez avec Isabelle, sous le prétexte des comédies passées, du jeu, de l'affection qu'elle portoit à sa sœur, et de l'envie que Claire luy portoit, que sa mère demeura presque satisfaite, et fit une longue réprimande à Claire, luy deffendant de plus rien faire ni rien dire à Isabelle, et priant Oreste de travailler à la réconciliation avec Claire de sa sœur qui avoit en tout ceci deffendu ouvertement Isabelle, et juré une haine irré-

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conciliable contre Claire. Laquelle estant allée pour un mois à Fontenay, toutes les affaires se raccommodèrent aucunement :

de sorte qu'Oreste recommencea à voir Isabelle, non plus dans sa chambre, mais dans celle de sa mère, laquelle estant au milieu de deux autres qui respondoient à deux diverses montées, sitost qu'il entendoit venir quelqu'un d'un costé il s'évadoit de l'autre.

Mais ils estoient espiez de si près qu'ils ne pouvoient plus presque rien faire, la calomnie ayant laissé la deffiance dans l'esprit de la mère, et estant venue de nouveau une servante de cuisine au logis, qui, devenant jalouse d'Isabelle, commencea à s'unir avec Rozée et faire de plus infâmes caquets que devant. De sorte que Claire

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estant revenue à Paris, voilà plus de bruit que jamais au logis; et la mère commence elle-mesme à faire Tespie, fait fermer à clef la porte qui respondoit sur la montée de la chambre d'Oreste : luy dépendant de jamais plus passer par sa chambre, par où auparavant il passoit maintefois le jour sous prétexte d'aller à celle de son frère (mais c'estoit véritablement pour voir Is^,belle) ; luy defïend en outre de se plus treuver jamais avec Isabelle, soit seule, soit en compagnée; commence de plus à fort maltraiter la sœur, la menaceant de chasser Isabelle, si elle la treuve plus parlant en secret avec elle, ni avec son frère ni Oreste. De sorte que la pauvre sœur alloit un jour se jetter dans un monastère, de désespoir, si Oreste, qui en fut adverti par Isabelle, ne

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Ten eust destournée par cette invention. Voyant qu'il ne luy pouvoit persuader de demeurer au logis avec toutes les persécutions de sa mère, plus tost que de s'aller enterrer toute vive dans un monastère, il i'Qjfïrit de luy en chercher un, là où l'on la ti^ndroit en pension, sans qu'elle se fist religim^e; mai§ il tira prçmièrfnxent une promesse de sa main, que jamais elle ne f eroit aucun veu sans son consentement ; et depuis il chercha aux Ursulines, ce qu'il fit plus par manière d'acquist qu'autrement, n'ayant fait cette proposition que pour pouvoir avoir du temps, qui peut tout, principalement sur les femmes.

Nonobstant toutes ces précautions et espies, Oreste n'eust pas laissé de continuer de voir Isabelle quelquefois, pouvant tout

au moins la voir le soir au bas de la montée, Corinne faisant le guet, pource qu'elle ne soubçonnoit aucun mal dans cette familiarité. Mais Isabelle estant allée à confesse à la mi-Aoust à un confesseur extraordinaire aux Cordeliers, elle voulut s'esclarcir de ce qu'elle n'avoit jamais voulu descouvrir au confesseur ordinaire de la maison, ce ditelle depuis à Oreste, de peur qu'il ne disl^ son secret à la mère; et ayant exposé la vie qu'elle menoit avec Oreste, le moine luy fit le cas si énorme, et l'espouventa tellement, qu'il renversa en un quart d'heure ce qu'Oreste avait esté presque un an à bastir : jusques à luy conseiller de sortir du logis pour éviter l'occasion du péché. De sorte que voilà Isabelle tellement effarouchée, qu'il n'y eut pas moyen de la rap-

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privoiser qu'au bout de quelque temps, qu'Oreste se servit de cette invention, après l'avoir sollicitée en vain plusieurs fois :

Un jour que tout le monde es toit allé à Fontenay, il fit tant que le matin Isabelle vint faire un tour dans sa chambre, là où, après avoir usé en vain toutes sortes de prières, il en voulut venir comme à la force : à quoy Isabelle ayant crié et demandé secours à Corinne qui estoit en bas, Oreste s'eschappa jusques là qu'il luy donna deux ou trois légers coups : dont cette fille orgueilleuse jusques au dernier point, se sentit tellement ofifencée, qu'elle jura de ne jamais le pardonner à Oreste, et lui defifendit de plus luy parler, sinon qu'elle le diroit là sa mère. L'après-disnée, Oreste se treuva dans la chambre de sa mère avec Isabelle,

Corinne et son frère, lequel, ayant veu ne pouvoir venir à bout d'Isabelle, s'estoit mis depuis peu après Corinne et l'avoit desjà si bien apprivoisée, qu'elle prenoit Toiseau au poing et se laissoit toucher alla sua gabbia (i). Pendant qu'il caressoit Corinne, Oreste s'estant approché d'Isabelle, il la supplia à genoux et les larmes aux yeux de luy vouloir pardonner, et qu'autrement elle le réduiroit à un point dont elle seroit marrie par après, se sentant desjà fort mal : à quoy elle n'ayant rien respondu, ains s'estant mise à dormir, Oreste se lève de cholère, et se va jetter sur un liet d'une chambre voisine : où estant véritablement tourmenté tout de bon du repentir de ce

(i) Italien: à sa eage.

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qu'il avoit fait le matin, et de désespoir de pouvoir jamais se remettre aux bonnês grâces de cette fille, il se sentit un peu mal; et ayant avec cela contracté depuis quelques mois en ça la couleur pasle et jaune des amoureux, il s'imagina qu'il pourroit facilement contrefaire quelque grand esvanouissement, qui toucheroit peut-estre et adouciroit Isabelle. A cet effet, après s'estre plaint quelque temps, il jetta un grand cri, auquel son frère estant accouru, et ayant treuvé Oreste chu à bas, tout ^ froid, espleuré, resvant, et feignaiit quelques convulsions, il appela ces deux filles; dont il n'y eut que Corinne qui vînt, àp^ portant de l'eau, Isabelle demeurant immobile. Laquelle enfin, oyant continuer les cris du frère, qui estant véritablement en

peine demandoit du vinaigre, accourut aussi, et treuvant Oreste en si piteux estât, et disant en ses resveries des choses qui pouvoient estre entendues aucunement d'elle (car il se plaignoit à bastons rompus d'une trop grande cruauté, et de sa propre folie, et menaceoit de dire tout ce qu'il sçavoit), soit la pitié ou la peur qui la touchast, elle commencea, les larmes aux yeux, à faire tout son possible pour le faire revenir. Et ayant dit aux deux autres qu'ils se retirassent pour laisser reposer Oreste, elle commencea à l'embrasser et baiser, l'appelant et se nommant, le priant de luy pardonner son obstination, et qu'elle promettoit d'oublier tout ce qui s'estoit passé : ce qu'Oreste faisant semblant de ne point entendre, et continuant dans ses resveries.

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elle commenceoit à se désespérer et tirer les cheveux, s'appelant folle et malheureiise, lorsqu'il feignit de revenir un peu; et après plusieurs complimens et plaintes de part et d'autre, il luy fit promettre qu'elle luy donnoit l'entière liberté sur elle qu'il avoit eu auparavant, à la charge qu'il n'en abuseroit plus d'oresnavant : pacte qu'il observa quelque temps^ partie pour ne pas avoir l'occasion, les espies se redoublant de jour à autre. Et pendant cela, il print familiarité avec Corinne qui commencea à venir le visiter jusques dans sa chambre, et de jour et de nuit, impunément, tous les yeux du logis estant tellement fichez sur les actions de la pauvre Isabelle, qu'ils ne s'apercevoient d'autre chose quelconque ; et Oreste estoit infiniment aise de cette familiarité,

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qu'il tesmoignoit tout publiquement, affia de destourner l'envie (qui estoit toute tombée sur Isabelle) sur la teste de Corinne; de laquelle en trois jours il obtint toutes les privautez qu'il avoit eu la peine d'obtenir en un an d'Isabelle : et ce, sous prétexte de luy faire venir ses mois, qu'elle s'estoit plainte ne pouvoir avoir, et qu'il luy fit véritablement couler, par un breuvage de colochinte, savinité et aristoloche. Mais treuvant ces caresses-cy fades, il voulut retourner à celles d'Isabelle : à quoy luy rouvrit l'entrée un accident d'un gros clou qui luy vint aux rheins, de sorte que ne se pouvant penser de luy-mesme, elle s'offrit de le faire, et, par cette occasion, elle eut quelque liberté de venir quelquefois à la chambre d'Oreste : ce qu'autrement sa

DE JEAN - JACQUES BOUCHARD

sœur mesme ne luy eust pas voulu permettre, rayant priée, et Oreste aussi, de discontinuer ces privautez, de peur qu'on ne la chassast.

Vers ce temps-là, Claire retourna de Fontenay, et Isabelle ne pouvant plus souffrir les continuelles espies qu'elle luy f aisoît lorsqu'elle estoit à Paris, elle demanda son congé un beau matin et s'en alla. Et là pauvre sœur ayant supplié Oreste de l'aller chercher et la faire retourner, il la fut treuver chez une sienne tante; et après luy avoir fait diverses propositions de l'entretenir en chambre, mesme de l'espouser, lesquelles elle ne put gouster, il la fit enfin résoudre de retourner; et la mère, quoy qu'aigrie horriblement contre elle, la reprit par une certaine impuissance d'esprit qu'elle a de se

pouvoir jamais deffaire d'aucun serviteur qui luy fait quelque petit service à son gréet plus un tel luy fera d'offences, plus elle aura peur de le perdre.

Depuis ce dernier retour, Corinne s'en estant allée du logis, laquelle servoit à faciliter les rencontres, Claire demeura à Paris : laquelle s'estant advisée du rendezvous que se donnoient nos amans au pied de la montée, osta deux ou trois lozanges d'une vitre, pardevant laquelle il falloit qu'Oreste passast, affin de le voir quand il descendroit le jour; et la nuit faisant coucher là son Rozée. De sorte que cette postelà n'estoit plus tenable : toutes les autres du logis l'estant encore moins, Claire ayant tousjours à son costé les clefs des chambres id'en haut.

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Tout cela estant ainsi disposé, Oreste ne put plus voir Isabelle, qu'un jour, que tout le monde fut à Fontenay, fors son frère; qui, estant venu à heurter à la chambre d'Isabelle iorsqu'Oreste estoit enfermé avec Isabelle, elle le fit entrer, ayant premièrement caché dans une chambre voisine Oreste, qui eut le plaisir deux heures durant d'ouïr les discours qu'elle luy faisoit faire sur les matières les plus gaillardes et les plus extravagantes du monde, sur lesquelles elle le mettoit tout exprès pour le plaisir du bénévole auditeur : lequel, après que son frère se fut retiré, demeura le reste du jour avec son Isabelle à se remettre en possession des privilèges qui luy avoient esté accordez autrefois. Mais ce fut la dernière : car de là en hors, la mère commencea à

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