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faire guerre ouverte à Oreste pour subjet de ses amours, et mit si bon ordre aux espies, qu'il n'y eut plus de moyen de voir Isabelle dans le logis. Cela le fit résoudre à treuver un lieu dehors où ils se pourroient rencontrer tous deux en seureté.
ly'Huillier, ami intime d'Oreste, avoit une petite maison au bout des faubourgs de Paris, qui luy servoit à loger son bon maistre Gassendi, et à amener quelquefois des dames. Or, pour faire résoudre Isabelle à venir pour la première fois en ce lieu-là, Oreste luy fit entendre qu'il vouloit se retirer hors la maison de son père, ne pouvant souffrir la persécution qui Tempeschoit de jouir du bien présent qu'il avoit si cher ; êt quej si elle vouloit sçavoif de ses nouvelles, il la mèneroit à un logis où elle en pourf oit
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apprendre toutes les fois qu'elle y viendroit. Elle estant enfin venue en cette maison, L'Huillier vint heurter quelque peu de temps après à la chambre où Oreste s'iestoit enfermé avec elle : dont elle eut si peur> s'imaginant que Ton luy vouloit jouer quelque mauvais tour, que jamais Oreste ne la put rassurer, quoy qu'il eust renvoyé son ami, et ne put obtenir pour lors aucune faveur d'elle : qui s'en retourna au logis toute courroucée contre luy, jusques-là qu'elle protesta de ne plus vouloir avoir aucune communication avec luy, et luy redemanda un demi-ceint d'argent (i) qu'Oreste lui avoît prins, disant le luy vouloir garder, mais qu'il retenoit ainsi pour
(i) « Ceinture d'argent qtîè lès feraméS de côndiliôn inférieure avaient accoutumé de porter. » (Littré.)
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avoir occasion de faire venir cette fille quelquefois en sa chambre. Et pour ce subjet ayant fait difficulté de le luy rendre, elle s'en plaignit à sa sœur et le pressa tellement un soir en sa présence de le luy rendre, qu'elle fut toute preste de s'en aller plaindre à la mère mesme : ce qu'Oreste ne voulant pas faire que lorsqu'elle seroit seule avec luy, il luy eschapa d'alléguer pour excuse, qu'il ne pouvoit ce soir-là luy rendre, pour ce qu'il estoit empaqueté avec ce qu'elle sçavoit. Ce que la sœur print en fort mauvaise part et fit de grands reproches à Isabelle, de ce qu'elle avoit des secrets avec Oreste qui luy estoient cachez : qui luy donnoit occasion de soubçonner quelque chose de mal honneste. Pour réparer sa f aute^ Oreste s'advisa de cette inven-
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tion : il osta cinq cents francs qui estoient cousus dans le mesme sac où estoit ce demiceint; laquelle somme il faisoit entendre à Isabelle luy vouloir bailler à sa départie; et au lieu de cet argent il empaquette une discipline et une teste de mort, puis, le lendemain matin,comme ces deux filles estoient ensemble, il apporte ce sac tout cousu et cacheté, et fait entendre à sa sœur qu'Isabelle avoit fait un complot avec luy d'ouvrir ce sac devant elle lorsqu'il seroit sorti du logis, pour luy faire croire qu'il s'estqit allé faire moine : ce qu'elle print pour argent contant, Isabelle aydant à la fourbe de son costé.
De là en avant Oreste s'habilloit de fois à autres de campagne, feignant de vouloir partir de jour à autre, affin d'avoir occa-
siôn de voir Isabelle soubs le prétexte d'adiett, encore que véritablement il n'y songeast pas autrement : lorsqu'un samedi 14 Septembre, sa mère luy ayant jette en pleine table une sole à la teste, il se résolut par despit, et encore par l'instigation d'Isabelle et de sa sœur offencées de cet affront, de sortir tout de bon; et ayant, mis le meilleur de ses hardes dans la chambré de son frère, il s'en alla sur le soir en la petite maison de L'Huillier, avec une petite cassette sous le bras où estoit quelques quatre cents francs, qu'il avoit gaignez en un an èn la commission que luy avoit baillé à exercer son père; avec quelques livres êt du linge.
Le dimanche matin, son frère vint treu- Oreste au bord àn fleuve, où estoit
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le rendez-vous, et luy conta comme k soir, après avoir attendu jusques à dix heures du soir, sa mère l'ayant interrogé particulièrement où pourroit estre allé Oreste, et luy ayant respondu ne sçavoir autre chose, sinon qu'il luy avoit ouï parler du voyage de Constantinople que devoit faire bientost le comte de Marcheville, elle le chargea de dire à Oreste, s'il le rencontroit par hasard, qu'il revinst au logis et qu'il y treuveroit toute seureté. Mais luy, estant retourné au logis, et sa mère voyant qu'il ne luy vouloit donner aucunes nouvelles d' Oreste, disant seulement en gros qu'il estoit peutestre allé aux champs et qu'il reviendroit, elle révoqua sa parolle, arresta avec son mari de faire vendre le lendemain les livres d'Oreste; et ordonnèrent tous deux à