‹ Les confessions de Marion DelormeChapitre 13 sur 39 · ST · texte numérisé non relu

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AMOURS HISTORIQUES

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— Est-ce possible?

— Vous pouvez le lui demander à elle-même semble ; elle est votre voisine.

— Ma voisine... elle se nomme?

— Mademoiselle de Lenclos !

Il eut à peine achevé cette phrase, qu'un écho la répéta subitement.

— Mademoiselle de Lenclos ! dit Thérèse , paraissant au seuil de la porte.

Le prince devint pâle , et je regardai ma femme de chambre avec surprise. Elle crut sans doute que j'avais mal entendu, car elle répéta :

— J'annonce à madame une personne du voisinage , mademoiselle de Lenclos. Elle est accompagnée de M. Voiture , et demande si l'on veut bien la recevoir.

Examinant Marsillac, j'agitais mon éventail avec un certain dépit, dont je ne me rendais pas compte.

— Faites entrer, dis-je, et sachons si le hasard seul nous amène cette visite.

L'instant d'après, je vis paraître une très-jeune blonde fort agréable, avec deux grands yeux fendus en amande, un front charmant, une petite bouche malicieuse, une taille de guêpe, des bras mignons et des pieds imperceptibles. Sa coiffure était ornée de fleurs éblouissantes, retenues par un cercle d'or. Elle portait un manteau gris de perle, à corsage, avec une jupe blanche passementée. De fines dentelles garnissaient son tour de gorge, ainsi que le bas des manches et du corsage , et sa chemise se drapait sur les bras au moyen de rubans roses.

Elle avait avec cela des gants jaune pâle, un collier d'émeraudes, un éventail en ivoire d'un travail exquis, et des souliers de drap d'or.

Conduite par Voiture , elle s'approcha de moi , les yeux baissés, et murmura timidement :

— Nous sommes députés, madame, par la marquise de Rambouillet, à laquelle vous avez bien voulu promettre votre concours dans une surprise qu'elle ménage , aujourd'hui même, à ses nombreux invités.

— En effet, dit Voiture, et je suis ravi, pour mon compte, de trouver ici M. de Marsillac, chez lequel je devais également me rendre. On est fort étonné de ne l'avoir point vu à l'hôtel depuis trois jours.

Elle l'emmena triomphalement sous mci yeux. Page 350.

— Mon Dieu, dit le prince, dont le visage éclatait comme un brasier, il m'a pris, l'autre soir, une migraine affreuse qui me

dure encore.

— On s'en aperçoit, dit Voiture avec un sourire moqueur. Quant à moi, je ne perdais pas la tête.

Me rappelant un article du fameux Code des bienséances, j'em-

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brassai la petite blonde ; mais ce fut , sur ma parole , un baiser de Judas.

— Vraiment, lui dis-je, il m'était difficiled'oublier ma promesse. M. de Marsiiiac entre à l'instant , il me la rappelait aussi... Je suis honorée pour la première fois de deux charmantes visites. Soyez la bienvenue, vous surtout, mademoiselle. . . Ma femme de chambre vient de me dire que nous étions voisines... Ai-je réellement cet honneur?

— Oh! dit-elle, tout l'honneur est pour moi. J'ai fait acheter, il y a huit jours, par le notaire de madame de Rambouillet, un pavillon dans le voisinage avec de fort beaux jardins, et je serai trop heureuse, madame, si vous daignez un jour les embellir de votre présence !

Ce mot de madame , que je me faisais donner par mes domestiques, était répété tout naturellement par les personnes qui me voyaient pour la première fois; mais il me blessa dans la bouche de cette jeune fille.

Je pris aussitôt un air glacial, très-peu en rapport avec son compliment.

La petite madrée baissa de nouveau les yeux. Elle savait rougir, c'était quelque chose.

Néanmoins, elle poursuivit, en reprenant de l'assurance :

— Aussi ai-je accepté la commission de la marquise avec le plus vif empressement. Je suis enchantée, madame, de trouver cette occasion de vous connaître.

— Et moi, dit Voiture, je me flatte, Marion. de vous procurer en mademoiselle une bonne et sincère amie.

— Ah! traître! pensai-je, tu me le paieras! Puis j'ajoutai tout haut, d'un air très-affable :

— Vous pouvez compter sur ma gratitude , monsieur.

— Oui, certes, j'y compte! autrement, vous seriez une ingrate, me répondit-il avec un sang-froid perfide.

L'humeur me gagnait*

Je vis , en me retournant , mademoiselle de Lenclos saluer le prince de Marsiiiac, et je dis sur un ton fort sec :

— Me voici prête, ma voisine, à vous accompagner rue Sainl- Thomas-du-Louvre .

— Oh ! nous avons le temps ! répliqua-t-elle, et, si vous voulez bien le permettre, je reprocherai devant vous, à monsieur, de ne pas me faire un accueil plus aimable.

MAIIION DKLOIlMb:

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Kllc désigiiail ic [miiilo.

Celui-ci chungca vingt lois de couleur et tourna vers moi des yeux eiïurés.-

— Jo vous en fais juge , me dit-elle : voici deux semâmes environ (|uc je suis venue de Tours avec une rccomEiiandation pour madame de Uamhouillet, dont je fré(|uente assidûment le cercle depuis celte époque...

— Excepté, dit Voilure, quand vous avez la migraine... mais cela ne vous arrive guère, comme à monsieur, trois jours de suite.

— J'y trouvai le prince de Marsillac, continua la petite blonde, et j'espérais en être reconnue. Ce n'était pas à moi, vous le sentez, k me précipiter dans ses bras... ma pudeur déjeune iille s'y opposait formellement.

— Mademoiselle, lui dis-je d'une voix que je m'efforçais de rendre calme, vous nous tenez là de singuliers discours.

— Ah! mon Dieu! mais ils sont fort simples, ma belle voisine! me répondit-elle avec un incroyable aplomb.

Je l'aurais souffletée de grand cœur, tant il y avait dironie dans son regard et de malice dans son sourire. Comme j'étais chez moi \q devais rester dans les limites de la plus rigoureuse politesse.

Marsillac voulut prendre la parole. 11 paraissait ne point avoir l'intelligence des propos de celte effrontée.

— Pardonnez-moi, lui dit-d ; mais il y d quelque erreur... j'en suis certain.

— Taisez-vous, monsieur ! cria-t-elle, en lui donnant de son éventad sur les doigts. Nous sommes devant des amis, en comité secret; je ne crains pas ici le blâme du monde et j'ai besoin de vous dire toute ma pensée. Pourquoi m'examiniez-vous tant chez la marquise? pourquoi vos yeux ne se détachaient-ils point de ma personne? ce n'est pas seulement parce que vous me trouviez jolie...' non, monsieur, non!... mes traits vous rappelaient certains souvenirs confus, une vague image , une apparition bien-aimée, qui vous suivait partout jadis dans les champs de la Touraine, sur les remparts du château des Loches, aux noires meurtrières duquel nous passions nos blondes tètes d'enfant... Te rappelles-tu, François?.. Mais viens... viens donc!.. Est-ce que tu n'as pas la mémoire du cœur?

Marsillac se précipita vers elle en poussant un cri d'ivresse.

— Ninon ! ma petite Ninon ! s'écria-t-il.

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— Eh! oui, monsieur, votre petite Ninon, que vous n'avez pas me depuis sept ans... et qui a grandi ! et qui est devenue belle 1 et qui vous aime toujours!

Je me sentis blessée jusqu'au fond de l'âme.

Le jeune homme la pressait dans ses bras et la contemplait avec délices ; il plongeait son regard jusqu'au fond de sa prunelle, lui dévorait les joues de baisers, souriait, pleurait, la regardait encore et s'écriait :

— C'est toi ! c'est bien toi !

Ma colère ne connut plus de bornes.

Les caresses que Marsillac et Ninon se faisaient là, sous mes yeux, étaient autant de coups de poignard donnés à mon amourpropre. Cette scène tout entière avait été méditée, préparée pour ma plus grande humiliation. De la demeure voisine on avait sans doute épié le prince, et l'on avait saisi le premier prétexte venu pour se jeter au milieu d'un tête-à-tête *.

J'allai droit à la petite blonde, l'œil enflammé, les lèvres frémissantes; je la séparai brusquement de Marsillac, et je m'écriai :

— Vous allez sortir, mademoiselle , vous allez sortir sur-lechamp !

Elle tourna vers moi ses grands yeux hypocrites , et me dit, en jouant la surprise :

— Jésus ! madame, qu'avez-vous ?

Ma violence lui donnait trop d'avantages. Je repris sur un ton plus paisible, mais avec une ironie que je m'efforçais de rendre sanglante :

— En ce monde, ma voisine, il existe certaines habitudes de retenue et de bienséance dont vous ne semblez pas vous douter. Votre logis est tout proche, et vous pourrez vous y livrer infiniment plus à l'aise à la fougue de vos transports.

— Comme vous dites cela! Je ne devine pas en quoi j'ai pu vous blesser, madame... à moins cependant... Mais, en effet, pourquoi donc étiez-vous ici, monsieur? continua-t-elle, en se retournant avec vivacité vers Marsillac ?

Je levai la tête et je vis le jeune prince, qui, de l'œil et de la main, lui faisait signe de se taire.

— Oh! mettez-y moins de réserve! dis-je avec amertume à Marsillac ; vous ne manquerez pas d'excellentes raisons pour vous

Voir les Mémoires de Ninon de Leiicioa. (Note de l'éditeur.)

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MARION DELOIIME

nUraclcr, monsieur... Le senliincnl dont vous m'assuriez loul à l'heure était sans doute une des nombreuses copies de l'amour, cl mademoiselle seule possède l'ori^Mnal.

— Il vous a dit qu'il vous aimait ? s'écria Ninon.

— Il me l'a dit !

— Eh bien, il s'est trompé, madame! Il avait tout au plus un simple caprice et il me rend, dès ce jour, mes anciens droits sur son cœur. Je redeviens sa petite Ninon, sa petite femme, comme il m'appelait jadis... Voyez plutôt! le silence de Marsillac et son air confus prouvent la vérité de mes paroles... Il ne me démentira pas.

— Impertinente! m'écriai-je.

— Marion, dit Voiture, ayez du moins quelques formes... nous sommes chez vous, ma chère.

Il s'étendait mollement dans un fauteuil, et riait, à part lui, de la jolie scène qu'il me procurait.

— C'est vrai, dit Ninon, pourquoi recourir aux injures!.. Il nous est si facile de nous entendre et de rester bonnes amies.

— Jamais, mademoiselle, jamais!

— Oh ! je ne vous ferai pas violence ! . . Mais enfin, voms devez me permettre de justifier ma conduite de ce jour. Privée trèsjeune des soins de ma mère, je fus élevée chez une vieille tante, la baronne de Montaigu. Elle habite encore le château de Loches. François de La Rochefoucauld, prince de Marsillac, ici présent, commençait ses études à La Flèche au collège des jésuites, et sa mère, amie intime de la baronne, l'amenait chaque année passer deux mois de vacances avec nous. Voilà l'origine de notre connaissance. Il avait douze ans, j'en avais neuf; nous courions ensemble comme deux chevreuils à l'ombre des bois, au milieu des riants vallons de la Touraine. On m'appelait dans la contrée Ninon de Montaigu, et ceci vous explique pourquoi le nom de mademoiselle de Lenclos , qui est mon véritable nom de famille, n'a pas éveillé d'abord les souvenirs du prince. A l'âge de quinze ans, je retournai chez mon père ; mais bientôt il me laissa libre de ma personne. Je jouissais de la fortune maternelle, et je vins à Paris avec l'espoir d'y rencontrer le compagnon de mes jeux d'enfance. Je le retrouvai, comme vous le savez déjà, madame, chez la marquise de Rambouillet. Il ne me reconnut pas; mais j'eus la joie de faire quelque impression sur lui. M. de Marsillac m'aima... L'un de ses confidents est ici pour me rendre témoignage...

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AMOURS HISTORIQUES

— C'est exact, dit Voiture, en se dandinant sur son fauteuil.

— Jugez, madame, combien j'étais heureuse! Il ne me reconnaît pas, me disais-je, et pourtant il est entraîné vers moi. Que 3éra-ce donc quand il va savoir que je suis sa petite Ninon, sabienaimée du château de Loches ? Je hâtais de mes désirs le moment délicieux où je pourrais le lui apprendre. Mais vous arrivez, majarae, et vos charmes, dont je me plairai toujours à vanter la puissance, menacent de me ravir la plus douce affection de mon cœur. On m'avertit de ce qui se passe, mes gens surveillent toutes les démarches du prince. Il assiège votre porte, vous faites quelques difficultés d'abord, et vous consentez enfin à le recevoir. Je m'inquiète, j'ai peur... Vos yeux divins sont prêts à m'enlever ma conquête, et j'accours en toute hâte vous la reprendre !.. Ne suisje pas dans mes droits? Me garder rancune serait une injustice dont vous n'êtes point capable.

— C'est un défi, m'écriai-je : eh bieni je l'accepte I

J'avais la tête entièrement perdue ; je m'approchai du prince, et je lui dis :

— Monsieur, vous venez à l'instant de me déclarer votre amour. Je le crois sincère, et je vous autorise à vous prononcer immédiatement entre mademoiselle et moi.

— Le cas est embarrassant, dit Voiture. Il serait mieux, ce me semble, de laisser au prince une semaine ou deux pour réfléchir.

— Vous a-t-on demandé votre avis? répliquai-je en toisant le poëte du haut en bas.

Puis me retournant vers Marsillac :

— Décidez -vous à l'instant, je le veux !

— Eh bien, François, dit Ninon, il faut prendre un parti; madame l'ordonne... est-ce donc si difficile?.. Allons, qui m'aime me suive!

La coquette lui adressait un sourire vainqueur et lui offrait sa main gantée.

J'avoue qu'il n'hésita pas une seconde.

Elle l'emmena triomphalement sous mes yeux, en me jetant un regard plein de moquerie.

— Nous vous promettons le secret, dit-elle, mais n'y revenez plus!

Aces mots, elle ferma la porte, et j'entendis dans l'antichambre un bruyant éclat de rire.

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MAIUON DELOIIME

Il me sembla que j'allais devenir folle de douleur et de colère. Voiture riai' lui-môme dans son fauteuil. Je me retournai furieuse.

— Vous êtes bien impudent de rester ici, m'écriai -je, après avoir provoqué l'affront que je viens de subir !

— Mon Dieu, dit-il, ne nous emportons pas... Il n'y a point de bonté pour vous, et il y en avait énormément pour moi, ma chère , à me voir préférer ce petit jeune bomme imberbe, qui a pour mérite ses joues fraîches et pour esprit son silence. Fi donc! c'est là du vrai gibier de provinciale!.. Après tout, la petite ne manque pas d'une certaine adresse, et je n'aurais jamais pensé qu'en Touraine... Peste! cette demoiselle de Lenclos ira fort loin !.. Mais nous oublierons toiit cela, si vous daignez me croire. Votre rivale vous promet de se taire, et je ne divulguerai pas l'anecdote; ainsi, reprenez du calme, et dirigeons-nous vers la rue Saint-Thomas-du- Louvre, où la marquise nous attend... vous savez pourquoi, Marion? sous le costume de Vénus, vous allez être ravissante.

Il aurait pu longtemps parler de la sorte, car je venais d=2 tomber sur un siège, à demi suffoquée de rage. Son imperturbable sang-froid mettait le comble à l'injure.

— Je vous chasse ! m' écriai- je enfin, je vous chasse, monsieur, comprenez-vous?., et votre marquise, je ne veux plus la revoir!.. Il suffit que vous m'ayez introduite dans cette maison pour qu'elle me devienne odieuse !

Et, sans lui permettre un mot de réponse, j'allai m' enfermer dans ma cliambre à coucher.

Là, mes sanglots éclatèrent, je fondis en larmes jusqu'au soir.

Mes réflexions devenues un peu plus libres, je me dis que tout cela devait être une punition du ciel, ou du moins un avertissement qu'il me donnait, pour me faire envisager la profondeur du gouffre où j'allais descendre.

J'interrogeai ma conscience, je fis en moi-même un retour sérieux , et je fus véritablement effrayée de la pente rapide de démoralisation sur laquelle me jetaient le manque de fixité de mon caractère, mon incorrigible coquetterie, l'orgueil dont ma beauté fatale était la source, et un peu aussi, disons-le, la force des choses.

Un remords salutaire me saisit.

Bien sincèrement, je formai la résolution de m'éloigner de l'a-

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AMOURS HISTORIQUES

bîme et de racheter mes fautes, en menant à l'avenir une vie honnête et pure.

Il me serait difficile de peindre le calme heureux et la sérénité paisible qui succédèrent à cette résolution. Mon âme était souriante, mon cœur battait avec délice. Je pardonnais à mademoiselle de Lenclos et à Voiture; je les aurais remerciés s'ils eussent été là.

Mon salon s'ouvrit comme de coutume.

Je fus grave sans affectation, aimable avec dignité.

Personne ne me souffla mot de mon histoire récente ; on l'ignorait, ou du moins on feignait de l'ignorer. Ceux qui m'avaient promis le secret tenaient-ils parole? j'eus lieu de le croire, et je leur en sus un gré véritable.

J'essayai de me disculper de mon impolitesse flagrante envers la marquise, et jelui écrivis un innocent mensonge de voyage imprévu.

La noble dame daigna me répondre. Je trouvai sa lettre affectueuse. Ma ridicule aventure ne s'était décidément point ébruitée.

Du reste, la surprise avait eu lieu sans moi.

Elle consistait dans un pavillon d'une magnificence royale, bâti, depuis trois semaines, à l'insu de tout le monde. Ceux dont la narquise avait eu besoin , soit pour remplir les personnages, soit pour composer les paroles du spectacle doublement fabuleux qu'elle préparait, ne savaient pas eux-mêmes un mot de cette construction. Les ouvriers travaillaient de nuit, sous une tente épaisse, el s'en allaient à l'aurore par-dessus les murs des jardins.

Arriva le grand jour de la surprise , et ce jour était en même temps celui de la fête de mademoiselle de Rambouillet.

L'hôtel se trouva, comme de coutume, rempli d'illustres invités.

Vers neuf heures du soir, on entendit dans le dernier salon, le plus proche du sanctuaire, une musique suave, exécutée par un orchestre invisible.

Tout à coup , on vit s'écarter les tentures ; la muraille eut l'air de s' entr' ouvrir, et l'on aperçut le pavillon étincelant de lumières.

Juhe d'Angennes, en costume de nymphe, parut assise sur un trône de fleurs.

A ses pieds étaient les trois déesses, Junon, Minerve et Vénus, représentées par mademoiselle de Montmorency, l'abbesse de Saint-Étienne et Ninon de Lenclos, choisie comme la plus digne de me remplacer.

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Son œil était dédaigneux et son sourire cruel. Page 3S6.

Marsillac, sous la forme du berger Paris, hésita quelque tem{

entre les trois filles de l'Olympe et finit par se tourner vers Julie

d'Angennes, à laquelle il donna la pomme, tout en lui prouvant

dans un long discours en vers qu'elle réunissait à elle seule la

grandeur, la sagesse et la beauté.

Ce fut un enchantement et un délire.

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>ii.

Le pavillon avait trois feu cires en ogive; Ja première uoii.i...i sur les hauts tilleuls des Quinze- Vingts, la seconde sur le parterre de l'hôtel, et la troisième sur les berceaux de charmilles de M. de Chevreuse.

Du salon même on pouvait monter à ce joli temple aérien par un escacalier somptueux, dont chaque marche portait une caisse de myrthes ou d'orangers en fleurs.

Toutes les muses de l'endroit firent résonner les cordes deîeur luth, et l'on nomma le pavillon la io^e de Zyrphèe; car Chapelain, dans une pièce de vers que je n'ai garde de reproduire, prétendait que « Zyrphée, reine d'Angennes^ avait bâti cette loge pour y mettre Arthénice à couvert de l'injure des ans. »

Le vieux d'Urfé assistait à la fête ; il me donna tous ces détails.

Je sus, en outre, que le berger Paris, ayant dans sa poche une seconde pomme, eut l'adresse de la donner en cachette à mademoiselle de Lenclos, en lui disant :

— Je rétablis la vérité de l'Histoire.

Sur quoi Vénus répliqua fort spirituellement :

— Vous voulez dire, monsieur, la vérité de la Fable...

J'écoutai cela sans trouble et sans éprouver le moindre sentiment de jalousie. Dans mon intrigue avec Marsillac le cœur n'avait point été en jeu . Le prince me plaisait sans doute, mais c'était un simple caprice, et voilà pourquoi je fus guéri si vile. La fermeté de mes résolutions ne fut pas une minute ébranlée par la nouvelle certitude que j'acquérais du triomphe de ma rivale. Je contemplais de toute la hauteur de mes vertueux projets d'avenir les rêves éteints du désordre et de la folie.

Le jour vint de ma visite habituelle au cardinal, et je me rendis au Louvre.

Cette fois, je n'eus besoin ni de ruser avec Son Éminence, ni de prendre un langage hypocrite pour l'astreindre au respect visà-vis de ma personne, 11 entendit ma pensée tout entière exprimée sans détour.

Je le suppliai de renoncer, dès ce moment, à mes faibles services, et je lui déclarai que, trouvant le séjour de Paris trop dangereux pour moi, j'avais l'intention positive de me retirer dans ma famille et de passer honnêtement et saintement le reste de mes jours dans la pauvre maison qui m'avait vue naître.

Le cardinal combattit ce projet, le qualifia d'absurde, et j'ejs «fl violent orage à subir.

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