‹ Les confessions de Marion DelormeChapitre 17 sur 39 · YS · texte numérisé non relu

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AMOURS HISTORIQUES

— Tenez-vous, me demanda-t-elle, à connaître les motifs qui ont dicté ma conduite? alors, gardez, pour qualifier la vôtre, l'expression d'infâme dont vous venez de vous servir. Je daigne vous recevoir... pourtant, il n'en résulte pas que je sois obligée d'entendre des exclamations qui deviennent doublement blessantes en passant sur vos lèvres. Les impertinences sont fort mal vues dans cette demeure. J'ai l'habitude de fiiire jeter dehors par mes laquais ceux qui les prononcent.

• — Madame!..

— Eh ! mon Dieu, mademoiselle, vous êtes libre de ne pas m'écouteret de quitter la place à l'instant même.

Je retombai sur mon siège.

— Vous préférez avoir une explication?.. Fort bien... Ceci m'oblige à remonter un peu loin dans nos souvenirs. Je vous ai tenue sur les fonts de baptême le lendemain de votre naissance. Une dot fut laissée par moi dans votre berceau... J'anticipais, comme vous le voyez, sur l'accomplissement de mes devoirs de marraine. Devenue jeune fille, vous avez fait appel à mon cœur, et mon cœur vous a répondu.

— C'est vrai, madame... oh! c'est vrai! m'écriai-je, éclatant en sanglots : vous vous êtes montrée bonne et généreuse! je n'aurais pas irouvé plus de tendresse chez une mère...

Elle m'interrompit d'un ton glacial.

— Je ne veux point ici faire du sentiment, mademoiselle. . . Les pleurs vrais ou faux que vous répandez là sont en pure perte. Il y avait six semaines tout au plus que vous habitiez ma demeure, et déjà L'offense la plus grave avait été la récompense de mes bienfaits. Une mendiante, recueillie par moi, voulait entrer de force dans ma famille et m' usurper ma fortune et mon nom... Taisez-vous! Votre jeunesse n'était point une excuse!.. Les aveux arrachés à Marguerite m'ont fait comprendre tout ce qu'il y avait de fourberie en vous. Pourtant, sous mon apparente sévérité se cachait encore un reste d'affection. J'allais vous retirer du couvent lorsque j'appris votre fuite scandaleuse. Un père au désespoir vint me dire que son fils était perdu... perdu par vous! Le président Desbarreaux est mort de chagrin, mademoiselle... Vous expliquez-vous à présent mes rigueurs? vous expliquez-vous mon mépris î

— Grâce, ma marraine, grâ/ce!

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MAUION DELOllMF.

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— Encore une fois, laissez vos larmes et ne vous livrez point à ces gcsies lragi(jues. J'ai le cœur éteint; vous n'avez pas peu contribué, je dois le dire, à me rendre insensible. Qui a jeté dans cette maison le lroui)le et la discorde? Il me restait un arm... un ami qui datait de trente ans... vous l'avez attiré chez vous; il n'a [)as craint de piendre votre défense, vX j'ai provoqué sur l'heure une rupture. Dans le monde ([ue vous hantez, mademoiselle, on a pu vous glisser certaines insinuations perlides dU sujet de l'amitié qui m'unissait à M. de Villarceaux. Peu m'importent, vous devez le comprendre, vos idées à cet égard... je tiens à détromper seulement les personnes que j'estime.

— Oh! madame, vous êtes cruelle!., cruelle et méchante!

— Méchante... il me serait permis de l'être pour ceux qui ont empoisonné ma vie... pour vous qui, la première, m'avez fait connaître le chagrin... mais je ne suis que juste... Vous vous repentez, dites-vous? j'ai peine à le croire. Il y a là-dessous du dépi ou du caprice... Enfin, je le suppose, votre repentir est réel... 0 prenez-vous, s'il vous plaît, qu'une fille perdue se réhabilite aux yeux du monde? Des parents peuvent-ils accepter leur part de cette réprobation qui frappe la coupable? Quand une femme porte la flétrissure acceptée par vous, mademoiselle, cette femme se voile le front et se le couvre de cendres! Votre place n'est point au milieu de vos sœurs; vous ne pouvez être abritée par le toit paternel. Le cloître est votre refuge... Une cellule des Madelonnettes, seule, peut s'ouvrir pour vous... et c'est, je crois, l'avis de M. de Richelieu.

— L'avis du cardinal!., que voulez- vous dire? m'écriai-je tout v'iperdue de honte et de saisissement.

— Votre mère était déjà décidée à ne pas accepter vos offres lorsque l'évêque du diocèse lui a fait savoir que des mesures avaient été prises pour vous empêcher de quitter Paris. Dans le cas où vous déjoueriez ces mesures, on conseillait à votre famille de s'opposer à vos projets de retraite à Chàlons. Une aussi étrange démarche de la part de l'évêque a dû être motivée par un avis secret du ministre... Le cardinal, dit-on, s'intéresse beaucoup à votre salut, mademoiselle.

— 0 mon Dieu ! mon Dieu ! m'écrîai-je en me frappant le front avec désespoir.

Je comprenais tout alors.

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Les espions qui avaient essayé d'intimider Bulmann me revinrent à l'esprit. Je me rappelai, en outre, une visite que mon notaire était venu me rendre pendant les premiers jours de ma maladie, visite pendant laquelle, se troublant et balbutiant, le brave homme avait fini par me laisser entendre qu'un ordre mystérieux lui défendait de vendre ma maison.

Le bras de Richelieu conduisait évidemment toutes ces trames.

J'étais anéantie de douleur et d'impuissance. .

— Il est inutile de prolonger cette entrevue, poursuivit la comtesse, en se levant et m'iudiquant la porte d'un air dédaigneux.

Cette nouvelle insulte me fit monter le sang et la colère au visage.

— Non, madame, je ne sortirai pas ! Il me reste une chose à vous dire... En me recevant ainsi, vous venez de commettre une indigne action ! vous avez remplacé par le désespoir les sentiments louables qui m'avaient guidée près de vous. Il est possible que vous ayez le droit de me mépriser... peu m'importe! vous me donnez celui de vous haïr... Ohî faites appeler vos laquais, je parlerai devant eux!.. J'étais venue, coupable, mais repentante, implorer votre miséricorde, et vous m'avez accablée de mépris ! J'étais sans défense à vos genoux, et il vous a plu de m'insulter lâchement... Oui, madame, ce que vous avez fait est lâche, entendez-vous, lâche! et j'en aurais honte, moi qui ne suis pas une noble dame et qui n'ai point de blason!

Elle resta comme atterrée de mon audace, et j'ajoutai, sans lui laisser le temps de prononcer une parole :

— Mon frère Eustache est ici, madame... je le verrai malgré vous, malgré tout le monde !

— Comment donc ? reprit-elle, un peu remise de son étonneraent, je n'ai jamais eu ni la volonté ni le pouvoir de vous séparer, mademoiselle , des membres de votre famille. La résolution de votre mère a été prise sans moi. Je l'approuve... mes convictions personnelles le veulent ainsi... et je suis, du reste, fort peu disposée à braver, pour vous servir et vous plaire, le courroux du cardinal. Voilà, j'imagine, des tournures de phrase calmes et bienséantes... vous ne m'accuserez plus de tenir un langage indigne de mon rang et de ma naissance. Je vous remercie de votre brusque rappel à l'ordre... Lorsqu'une leçon se trouve être bonne, il faut moins considérer d'où elle sort que le profit qu'on en peut tirer.

— C'est bien, madame... laissez là votre froide ironie. Vous

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MAIIION DKI.OIIMK

avez le crrnr (^Icint, dites-vous? Je no l'ai pris, moi, comtesse... et je m'en faisgloire!.. et jenrestime un jx'ii plus, savez-vous, qu'une digne et vertueuse statue de marbre de votre espèce?

— Impertinente I

— Allons, madame, allons! excitez votre colère, l;khez-lui le freinl. Ne voyez-vous pas (pie le sang me bout dans les veines?.. Je serais lieureuse d'un scandale, je voudrais crier devant mille persomiesce que je pense de vous!

Je venais de courir à elle et je lui secouais le bras avec force, je ne me possédais plus.

— Mon Dieu . mademoiselle, frappez-moi I je ne me défendrai pas, je vous l'affirme, ne fût-ce que pour ajouter ce précieux détail à votre aimable histoire.

Un instant, il me sembla devenir folle, à ce ricanement perpétuel, à cette insulte constante du regard, du sourire et de la voix.

— Vous demandez votre frère? poursuivit la comtesse : il habite, en effet, une petite chambre sous les combles. C'est un jeune homme de beaucoup de mérite, sage, prudent, très-délicat sur le chapitre de l'honneur... Il sera, mademoiselle, on ne peut plus flatté de votre empressement à le voir.

Elle appela sa femme de chambre restée dans une pièce voisine.

— Montez chez Eustache, dit-elle, et priez-le de descendre. Un instant après, un beau jeune homme entra, vêtu de la souveste bleue des gardes du corps.

Je courus à lui toute frémissante et je l'entourai de mes bras en criant :

— Mon frère! mon frère! emmène-moi d'ici... je me sens mourir... Oh! tu ne me repousseras pas, toi, mon Eustache... toi, que j'aimais tant!.. Oui, je suis Marion... c'est bien moi, va !.. moi, qui ai soigné ton enfance... Eustache! ne détourne pas les yeux... on n'a pu t' apprendre à me haïr!

Et j'étais à genoux, sanglotant à fendre l'àme.

Il me releva.

Je vis qu'il était ému ; mais un regard de la comt^se le fit changer de visage. Une larme brillait au bord de sa paupière, elle se sécha subitement.

— Eustache!.. mon ami, mon frère... pitié I

— Qui êtes-vous? me répondit-il, je ne comprends rien à tos discours.

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— Tuis-toi! tais-toi!

— Oui, c'est vrai... j'avais une sœur du nom que vous dites, une sœur que j'aimais... Elle est morte.

— Non, non! c'est moi, tedis-je!

— Morte dans notre souvenir. . . Si vous êtes celle que ma mère a maudite, je ne veux pas vous connaître... je ne vous connais pas.

11 se dégagea de l'étreinte convulsive par laquelle j'essayais de le retenir.

Je me retournai vers la comtesse, elle avait toujours son ricanement satanique.

Un nuage passa devant mes yeux,' le mouvement de mon cœur s'arrêta, j'allais tomber sur le parquet; mais Eustache prévint ma chute et me déposa dans un fauteuil. J'étais entièrement privée de connaissance.

Madame de Saint-Évremond profita de cet évanouissement pour entraîner mon frère.

Lorsque je repris l'usage de mes sens, je vis qu'on m'avait abandonnée aux soins de la femme de cliambre.

Je me levai chancelante, abattue, le cœur brisé, l'âme débordante de fiel ; je repoussai le bras que cette femme avançait pour me soutenir, et je quittai la maison funeste où j'étais venue chercher le pardon et où je n'avais trouvé que l'outrage.

Ma chaise attendait dans la rue.

— Au Louvre ! criai-je à mes porteurs.

Dix minutes après, j'étais dans l'appartement du cardinal. Ses gardes me connaissaient, on avait l'ordre de me laisser entrer sans obstacle.

Un homme leva la tête, au bruit que fit, en s' écartant, le panneau mystérieux de la cloison; mais ce n'était pas Richelieu, c'était son secrétaire.

— Où est le maître? dis-je à Saint-Sorlin.

— Quoi ! c'est vous, Marionî

— Répondez, où est-il?., je veux lui parler à l'instant même.

— Impossible. Le cardinal est à sa maison de campagne de Fleury... Vous êtes tout émue, chère enfant?.. Savez-vôus donc ce qui se passe?., on voulait assassiner Son Éminence... un complot dans toutes les règles ! Huit gentilshommes, Gaston à leur tête, devaient aller à Fleury, sous prétexte d'une partie de chasse, mais en réalité pour jouer du poignard. Chalais, le grand maître de la yarde-robe, est compromis danc l'aventure.

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J'écoulais Saiiit-Sorlin, prosqiio sans le comprendre.

— Fleiiry, mnriuurai-je, sa maison (Je campagne... où est-elle?

— Du côté (le Fonlainehieau... Mais comme vous êtes pâle. Marioîi! .le ne ni'altendais guciie au vif int('T(H (pie V(ms porlez au cardinal. Il revic.'udracesoir... rassurez-vous... toutes les mesures sont priscïs pour emprclicr l'assassinat.

— Tant pis! m'écriai-je.

— C.hut!.. Étes-vous folle?., je me trompe, à ce qu'il paraît, sur le mcvîif de votre visite.

— Richeliei' est un monstre d'hypocrisie, je viens le lui dire en face.

— Aïe!., silence donc, ma chère! les murs nous espionnent. Je suis fort mal à l'aise pour écouter vos confidences... Voulezvous venir faire un tour à la place Royale?

— Non, monsieur, non... j'attendrai, puisqu'il doit revenir.

— Sur mon âme, vous perdez l'esprit, Marion!.. Çà, parlons à voix basse; et, si vous ne craignez rien pour votre propre compte, songez du moins que vous pouvez me compromettre. Quoi ! vous venez faireune scène au cardinal... aujourd'hui... quand il échappe à une mortelle embûche , et n'a qu'une pensée , qu'un désir : sonder ic trarïue dans tous îes sens , et fermer les issues par lesquelles poui.^-ait s'échapper un complice ! Je ne reconnais pas là votre adresse habituelle. Son Éminence vous enverrait tout droit aux Repenties ou à la Bastille, même en supposant que vous eussiez dans vos reproches mille fois raison. Croyez-moi, venez discuter la chose ailleurs, et choisissons un endroit moins dangereux... Votre carrosse est en bas?

— Non, lui dis-je.

— Et vous êtes venue à pied, dans ce costume de bourgeoise? Vous n'avez pas l'esprit à vous, c'est clair... Je saurai bien vous empêcher de commettre une sottise.

Il m'entraîna sans trop de difficulté.

Je sentais, en dépit de mon exaltation, la justesse de ses raisonnements, et je commençais à comprendre qu'il était fort heureux pour moi de n'avoir point rencontré le cardinal.

Saint-Sorlin prit place à mes côtés dans la chaise à porteurs. Pendant le trajet du Louvre à la rue des Tournelles, il reçut mes confidences, accompagnées de larmes et de sanglots.

Arrivée chez moi, je pleurais encore avec amertume.

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Il fut longlernps sans me rien dire, laissant passer cette douleur, et me connaissant trop pour ne pas savoir quelles cordes il fallait faire vibrer dans la circonstance.

— Marion, dit-il, me permettez-vous de parler avec franchise?., eh bien, tout cela n'a pas le sens commun. Deviez-vous jamais attendre du cardinal autre chose que de la fourberie? Ne vous ai-je pas tracé le portrait exact de son caractère? Et, parce que vous trouvez mon digne patron tel qu'il a toujours été, c'est-à-dire fidèle à sa nature de ruse et de mensonge, vous vous indignez, vous demandez conseil à la violence, et vous accourez braver un homme qui peut, d'un souffle, vous réduire à néant?.. C'est de la folie, ma pauvre Marion, de la folie toute pure !.. Où avez-vous pris, en outre, ces belles idées de repentir? Je voudrais connaître le dévot personnage qui a reçu la confession de vos doux péchés, et vous a mis en tête cet amas de projets ridicules et de résolutions fantasques: du diable si je ne l'envoyais aux Petites- Maisons pour le reste de ses jours!.. A moins, cependant, que vous n'ayez tiré cela de votre imaginative, sans le secours de personne, chose encore fort possible... Toutes les variétés du caprice se rencontrent dans la cervelle d'une jolie femme.

Je ne répondais pas au secrétaire.

Mais il s'aperçut de l'effet de ses paroles, car il reprit avec le même ton de légèreté :

— Vous repentir, et de quoi, je vous prie, Marion? Ceci devient fabuleux, sur mon âme! Allons, parlez, de quoi vous repentez-vous? d'être belle? de faire sécher de jalousie les autres femmes, y compris la comtesse de Saint-Évremond, qui passe à l'état de momie d'Egypte et d'antiquité curieuse? Prêtez-lui pour un instant vos yeux noirs, et cette chevelure divine, et les roses de vos joues, et le charme de votre sourire, et cette main blanche, et ces pieds mignons, et cette taille olympienne! vous verrez qu'elle montrera de l'indulgence à n'en plus finir. . . Eh ! ma chère, si vous tenez compte de toutes les sottises humaines, vous aurez de la besogne, et vous n'êtes pas au bout de vos chagrins!.. Pardieu ! l'histoire est curieuse, et je vous trouve amusante de vouloir aller vous enterrer en Champagne, à votre âge et avec vos succès ! Vertu de ma vie ! essayez seulement de succomber à une pareille tentation, et vous verrez ce qui arrivera.

— Quarrivera-t-il donc, monsieur? lui demandai-je.

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C'était à mes genoux que Saint-Sorlin tenait ce langage. Page 380.

— Ah! ah!... vous tenez à le savon'. Eh bien, Marion, partez! j'ameute sur-le-champ la cour et la ville, et je mets à votre poursuite tous les adorateurs de voscharmes.C'est assez vous dire que ^/^ l'armée sera nombreuse. Je me nomme général en chef, je lance

mes troupes en avant, j'emporte Châlons d assaut, je vous force à reprendre place sur le trône de beauté, qu'on ne déserte pas ainsi... non, morbleu!... personne ne le souffrira, personne'

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11 me vit sourire à ce plaidoyer funeste en faveur de ma vie de désordre, et poursuivit avec une gaieté enthousiaste :

Le cardinal! mais il a fait, en contrariant vos desseins, ma

chère, la meilleure et la plus spirituelle action de sa vie. . . Le cardinal! mais je l'estime en cette occurrence, mais je lui baiserais

les mains Ah! ah! cet évêque de Champagne qu'il a fait

travailler à la réussite de ses projets séducteurs 1 comme c'est joh! comme cela sent son Richelieu!.... Pauvre évêque!.... Ah! ah! ah!

Saint-Sorlin riait aux larmes.

Hélas! je ne tardai pas à l'imiter! ma folle tête avait oublié déjà les angoisses et le désespoir.

■ — A la bonne heure, Marion, je vous retrouve ! et vous voilà disposée, j'en suis sûr, à vous venger de tous vos ennemis. D'abord, si vous suivez mes conseils, vous punirez le ministre de ses ridicules prétentions , en acceptant à sa barbe les hommages de nos plus magnifiques et de nos plus glorieux gentilshommes. Il n'osera vous persécuter, car vous aurez votre cour aussi! et tous vos chevaliers servants seront prêts à lui courir sus, dans le cas oîi il oublierait que vous pouvez traiter avec lui de puissance à puissance.

— Oui, m'écriai-je, c'est l'unique moyen de me venger !

— Dès demain, dès aujourd'hui, Marion, je mènerais à votre place un train d'enfer. Ma fortune est à vous : disposez-en comme de la vôtre. Seulement, à cause du cardinal, je me dissimulerai de mon mieux au sein de la troupe de vos courtisans... trop heureux si la reine daigne m'y chercher quelquefois et m'adresscr un sourire !

C'était à mes genoux que Saint-Sorlin tenait ce langage.

— Ah! mon ami, pourquoi me ramener à des idées semblables? Croyez-vous me rendre le bonheur?

— Oui, Marion... s'il n'est pas tout à fait dans l'amour, il est entièrement dans la vengeance... et ce n'est pas le cardinal seul que vous avez à punir.

— C'est vrai, mon ami, c'est vrai 1

— Ne pardonnez point à cette jeune coquette qui a eu l'audace de venir, ici même, jouer de la prunelle et vous faire l'affront le plus grave dont puisse se plaindre une femme de cœur.

— Ninon deLenclos!.. Qu'elle tremble!

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— Enlevez-lui tous ses amants, attachez-les à votre char.

— Tous!

' — Kt madame de Saiiit-fivremoncl, cette sibylle presque sexagénaire... elle a cru vous réduire à merci, vous condamner au cloître? il laut qu'elle vous voie brillante, adorro, qu'elle entende dans toutes les bouches l'élogo de voire esprit et de vos grâces; qu'elle soit conf(tndue de vos succès, furieuse de vos ovations, qu'elle enrage et qu'elle meure de dépit!

Je sonnai Thérèse.

— Ma toilette! mes diamants! mes fleurs!., qu'on prépare un dîner splendide! je trouverai des amis à la place Royale... je les inviterai... oui, je les inviterai tous!.. Allons, Saint-Soi'lin, donnez des ordres pour faire apporter chez moi vos flacons d'Épernay ! je veux goûter à ce vin pétillant et joyeux!.. Tous mes jours désormais vont être des jours de fêtes!.. Ah! comtesse! comtesse! malgré vous, malgré ma mère, malgré mon frère Eustache, je serai belle, je serai triomphante , je serai... Non, je ne serai pas heureuse !

Uue larme brûlante tomba de mes yeux.

Fi.M DE LA DEUM'iMF. fAHTlE.

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