‹ Les confessions de Marion DelormeChapitre 19 sur 39 · V.iTi · texte numérisé non relu

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dont il .U'hcla la favour cm lui rùvùlanl lus proj(3ls vrais on {aux du grand niaîtie de la garde-robe.

Tout cet éciiafaiidage d'iiilrigiKîS, (|ii'(hi avait rli' liiiit mois à foiislriiire, fui rriiViMsr'ihî foiid en (•oiiihlcparlacaiisela plusfrivole.

Clialiiis prond la fuite, cl madame de (^hevreuse est envoyée en exil. J. eu is lettres sont saisies.

Ou trouve dans la coriespoudance de Henri de Talleyrand avec la duchesse, et dans celle de la duchesse avec Anne d'Autriche, sinon des preuves directes du complot, du moins des insinuations haineuses et malveillantes contre la personne du roi, des railleries sur sa froideur, sur sa timidité vis-à-vis du beau sexe.

Il en fallait beaucouj) moins à un homme de l'espèce de Riche lieu pour établir la l>ase d'une accusation capitale.

Sommant aussitôt Louis XIÏl de lui abandonner son favori, ce que le roi eut hâte de faire, le cardinal envoya des gens à la poursuite de Chalais. En vain le malheureux s'imagina trouver reiugo chez le duc de Vendôme, gouverneur de Bretagne et l'un de ses comphces ; rien ne put l'arracher à sa destinée.

Un cachot de la citadelle de N;mtes se referma sur lui.

Pendant ce temps, Richelieu tenait Anne d'Autriche prisonnière au Louvre, et mettait pour condition expresse à la grâce de Monsieur son mariage avec mademoiselle de Montpensier, mariage que, jusque-là, Gaston avait toujours refusé de conclure.

C'était pour beaucoup de monde une preuve de ses secrètes espérances.

Le faible prince eut peur. Tl obéit et laissa tous ses complices en butte au courroux du cardinal.

Du reste, ce ne fut pas la seule lâcheté de ce genre que Monsieur eut à se reprocher pendant le cours de sa ridicule existence.

Le mariage devait se faire à Nantes, raffinement de cruauté de la part de Richelieu. Sûr de la commission qu'il avait nomméf pour instruire le procès du grand-maître de la garde-robe, il voulait que, de son lit nuptial, Gaston pût entendre le coup de hach du bourreau.

Mais les parents et les amis de Chalais, connaissant l'insuffisanc des preuves alléguées contre lui, ne croyaient pas le ministre assez audacieux pour faire tomber une tête sur de simples présomptions.

Voilà où en étaient les choses, quand madame de Chevreuse, revenue secrètement de Blois, eut l'idée de recourir à mon intermé diaire pour se sauver du déshonneur dont la menaçait le cardinal.

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AMOURS HISTORIQUES

Mon désir de lui être utile ne m'avait pas permis d'envisager d'abord toutes les difficultés de la démarche.

Pendant le trajet de la rue des Tournelles au Louvre, mon enthousiasme se calma subitement et fit place à la crainte de ne pas réussir. Je pouvais, il est vrai, pénétrer chez le ministre par les couloirs mystérieux; mais le trouverai-je seul? n'aurai-je pas à employer beaucoup de temps d'abord à excuser ma longue absence, à entendre des récriminations et des reproches? Tout est perdu si le cardinal aperçoit le piège. Il faudra, pour l'y conduire, que je le promène par de longs détours, et, la veille de son départ pour Nantes, au milieu des préoccupations qui l'agitent, aura-t-il assez d'instants à me donner? Mes sourires parviendront-ils à lui faire tomber des mains une arme qu'il se prépare à tourner contre son ennemi d'une façon si terrible?

J'en étais là de mes réflexions, quand mon carrosse atteignit le guichet du Louvre.

Tout à coup, au moment où j'allais descendre de voiture, j'aperçus un des fous de l'hôtel Rambouillet, Thomas Campanelle, le fameux apôtre de l'astrologie judiciaire. Je l'avais depuis longtemps soupçonné de ne pas croire un mot de sa prétendue science et d'exploiter au profit de son ordre les croyances superstitieuses du cardinal.

Une idée lumineuse me traversa l'esprit. J'appelai le bon dominicain. Il s'approcha de mon carrosse avec force salutations.

Voiture l'avait quelquefois introduit aux premières soirées de mon cercle. Nous étions d'assez -vieilles connaissances, et je le baptisais du nom de révérend père sorcier.

M' ayant prédit un jour, sur la simple inspection des lignes de ma main, certaines ».aoses qui ne se réalisèrent pas le moins du monde, cela me persuada de plus en plus de la fourberie de soi) talent magique. Le bonhomme avait besoin de préparatifs à lui connus pour prophétiser à coup sûr.

Campanelle possédait aussi le secret du panneau de la cloison. D se rendait chez Richelieu.

— Fort bien, pensai-je, le révérend va mettre un petit mensonge de plus sur le compte des "astres.

J'avais en valeurs dans un portefeuille de satin, caché sous mon corsage, vingt mille livres, reste de la somme que Froissard avait,

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le matin même, tirée de sa caisse, et cela représentait ulurs toutes mes ressources financières.

11 m'était facile de payer, séance tenante, le service que j'attendais de raslrolo''ue.

— Où couriîz-vous ainsi? lui d(;mandai-je.

— Le cardinal veut rhorosc(i[»e du roi, me répondil-il, et je vais à l'instant...

— licndre vos oracles chez Son Éminence? Nous y entrerons ensemble... Vous me voyez prête à lui rendre visite... iMais cela vous conlrarie? ma présence gênerait-elle l'horoscope?

— Un peu, mademoiselle, et si vous consentiez à retarder cette visite d'une demi-heure seulement...

— J'accepte... à une condition I Vous allez monter dans mon carrosse, venir avec moi jusqu'au Pont-Neuf, m'écouter sans m' interrompre et me répondre oui ou non. Si vous me dites oui, je mets entre vos mains une lettre de change de cinq cents écus pour l'économe de votre monastère; si vous me dites non, j'entre avec vous chez le cardinal.

Il escalada vivement le marchepied.

Dix minutes après, nous étions de nouveau devant le guichet du Louvre. Thomas Campanelle me précéda chez Richelieu, ayant en i.oche la lettre de change, parfaitement en règle.

Ce moine jouissait d'une intelligence très -lucide, et l'hôtel Rambouillet n'avait pas le sens commun de le classer au nombre deses/oMs.

Grassin me promena pendant une demi-heure au bord de la Seine. Ce temps écoulé, je descendis de carrosse, plua, rassurée sur le succès de mon entreprise.

Je franchis le guichet, je traversai d'un pas ferme les couloirs, et je poussai le bouton de la boiserie avec un aplomb superbe.

Le cardinal était encore en compagnie de l'astrologue.

Me voyant paraître, il fit un bond de surprise et s'écria :

— C'est merveilleux ! c'est merveilleux !

Je pris un air de confusion qui plut évidemment au ministre, car il vint à ma rencontre, me saisit la main et me dit avec bonté :

— Voyons, mademoiselle, ne tremblez pas ainsi!., vous êtes coupable envers moi, sans doute, et votre conduite n'a pas répondu à la bienveillance dont je vous donnais la preuve... Mais à tout péché miséricorde... Asseyez-vous, mon enfant, asseyez-vous.

Il m'avança un fauteuil et dit au dominicain ;

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— Je vous admire!

Carapaiielle s'inciina.

— Levez les yeux, Marion, poursuivit le cardinal, qui me désignait en même temps l'astrologue : vous êtes en pays de connaissance.

— En effet, murmuiai-je timidement, il mesemble... oui, c'est le révérend père sorcier.

Campanelle s'inclina de nouveau.

— Sorcier, non..^ dit le cardinal en riant : c'est une science qu'il possède, une vraie science, et je compte bien l'étudier quelque jour. Il faut, Marion, vous révéler une chose étrange, inouïe, miraculeuse I

— J'écoute, monseigneur.

— ïl y a près d'un an que vous n'avez vu le père Thomas?

— Un an... oui... à peu près.

— Cela se rapporte avec ce qu'ilm' affirmait à l'instant même. Et, la dernière fois que vous l'avez vu, Marion, ne fîtes-vous pas choix d'une étoile dans le ciel?

— Oh ! c'était une plaisanterie ! je ne crois pas aux étoiles.

— Vous n'y croyez pas, tête folle... Ah! ah!.. Nous verrons tout à l'heure si vous restez incrédule. Quel était le nom de cette étoile, mon enfant?

— Son nom... je l'ai oublié, répondis-je.

— Mais enfin, où était-elle placée?

— A la queue de la grande Ourse, monseigneur.

— Justement! Campanelle vient de me le dire. Or, vous le saurez, Marion, lorsqu'un astrologue nous prie de choisir une étoile. . . c'est un des principes connus de cette science merveilleuse, ma chère!., toujours, par une invincible et providentielle attraction, nos regards se portent vers l'astre même qui préside à nos destinées. Cet astre nous provoque, nous charme, nous fascme, et nous le choisissons malgré nous.

— Voilà qui est bizarre, monseigneur. Il faut, en vérité, qu'une bouche comme la vôtre m'affirme sérieusement de pareilles choses. . . autrement, je ne pourrais les écouter sans rire.

— Attendez, mademoiselle, attendez! et au lieu de rire, vous allez être frappée d'épouvante. Savez-vous ce qui est arrivé, cette nuit?

— Non, je l'ignore.

-™ Eh bien ! votre étoile s'est rapprochée de la mienne I

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— (irand Dit'ii! in'écriai-je, y aurail-il quo^iue chose de sinistre dans ce rapproclionuMil?

— Voyez-vous, Marioii, voyez-vous! l'effroi vous gagne.

— C'est que vous me dites cela d'un air si convaincu, mons'/i^neur...

— Ah! jetais comme vousd'aliord, mademoiselle, je me montrais incrédule... mais le père Thomas fait parler les astres avec une vérité saisissante; je ne croii'ais pas davantage à ses révélations si elles me venaient en ligne directe de Dieu. Figurez-vous que l'astrologue de la reine-mère, Duval... un imbécile! hardi comme un fripon, mais ignorant comme un âne, a prédit hier à Marie de Médicis que Louis XIII devait bientôt mourir. Un instant j'ai icinblé... oui, sur l'honneur !.. Vous savez, Marion, dans quelles conjonctures déplorables me placent les ennemis du trône. Ils ont circonvenu Monsieur, qui, d'après leurs conseils, refusait de conclure un mariage... nécessaire. J'ai dû, pour l'y décider, me livrer à (les raisonnements très-énergiques, et si jamais la mort du roi lui donnait le diadème... vous comprenez, le cas était peu rassurant?

— En effet, monseigneur^

— Je me suis hâté d'appeler Campanelle, et sans lui souffler mol de la prédiction deDuval, jelui ai commandé de tirer avec un soin extrême l'horoscope vital de Sa Majesté... car il y a deux sortes d'horoscopes, Marion, l'horoscope natal et l'horoscope...

— De grâce, monseigneur... excusez mon interruption... mais vous oubliez le rapprochement de nos étoiles.

— Curieuse! dit-il. Vous voilà déjà convertie à nos croyances. Rassurez-vous, je parle de l'horoscope du roi pour mieux arriver au nôtre... tout cela s'enchaîne. La prédiction de mon astrologue a démenti complètement celle de l'astrologue de la reme-mère, et désormais les coupables n'ont à espérer ni merci, ni pardon. Je garderai le pouvoir en dépit de leurs efforts. . . car le roi vivra, j'en suis certain ! le langage des astres sur le présent me garantit la vérité de leurs prédictions sur l'avenir, et ce langage vous concerne, ma belle enfant.

— Moi?

— Vous-même.

— El que disent les étoiles, monseigneur? Il me regarda fixement et me répondit :

— Elles disent que vous m'aimez, Mai'ion.

— Que je vous aime... oh! c'est impossil^le!.. elles ne disent n.> ;;f i.i ... je ne puis le croire.

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ïft baissni timideraenl la paupière et je m'efforçai de ronp:ir.

— Voyez!., son trouble et son émotion la trahissent, dit Rielieu, se retournant vers l'astrologue.

— En effet, répondit Campanelle. Ma présence peut-être...

— Non! non! restez, mon père, dit le cardinal : votre estime m'est précieuse, et mademoiselle de l'Orme elle-même vous dira combien était pure et sainte l'affection que je lui portais. Rendezmoi ce témoignage, mon enfant, ajouta-t-il avec le ton câlin qu'il savait prendre, en abordant le chapitre de l'hypocrisie. Votre directeur, n'est-ce pas, vous a toujours donné de sages et religieux conseils?

— Je l'avoue, répondis-je, en portant mon mouchoir à mes eux, comme pour arrêter des larmes prêtes à couler.

— Mais alors, ma pauvre enfant, poursuivit l'Éminence, il fallait m' avertir, aux premières atteintes de cette passion fatale... j'aurais essayé de calmer votre cœur par des représentations sages et paternelles ; vous eussiez compris que mon état de prêtre... que mes devoirs... enfin, je vous aurais radicalement guérie de ce fol amour. Au lieu de cela, vous vous dépitez contre vous-même, vous prenez la résolution de retourner chez vos parents ; vous venez, en quelque sorte, me chercher querelle, et vous me donnez une foule de mauvaises raisons, en me cachant la véritable... oui, la véritable, Marion, votre jalousie.

• — Bonté du ciel! d'où avez-vous pu savoir...

— Les astres ! toujours les astres !

— Oh ! je suis atterrée 1

— Quand je vous le disais, ma chère... c'est à confondre. Vous :.vez cru que la reine et madame de Chevreuse... Oui, oui, ne le niez pas! mon astrologue va vous le soutenir... et c'est fort mal de méjuger susceptible d'un pareil oubli de mes principes chrétiens. Vous avez écouté les propos des calomniateurs, vous avez laissé votre imagination se livrer à toutes sortes d'écarts, vous avez voulu me désoler et me punir en foulant aux pieds mes salutaires conseils... Vous vous êtes égarée, pauvre brebis perdue, dans des sentiers dangereux, où les loups ravissants ont dévoré ce qui vous restait d'innocence et de candeur! et quels loups, bon Dieu? l'un financier stupide, l'autre...

— Épargnez-moi, je vous en conjure!

— L'autre fat insolent... Vingt fois j'ai failli le chasser de la cour et de la France.

H me tendit sa main, et je la baisai d'un air hypoerite. Vaut 443,

— Monseigneur ! . . m'écriai-je en me cachant le visage, mais fort agréablement surprise de l'exactitude avec laquelle le bon astrologue avait suivi mes recommandations.

Je lui aurais, en ce moment, octroyé de grand cœur une seconde lettre de change.

— Allons, allons, dit Richelieu, ne vous désolez point ainsi { 56 ^6

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Vous me revenez en enfant prodigue... et, sur mon âme, je ne m'y attendais guère! N'êtes-vous pas effrayée, Marion, de songer que Thomas Campanelle a deviné l'heure juste où vous entreriez chez moi?

— Est-ce possible? murmurai-je en regardant le dominicain avec une épouvante simulée.

— Mon Dieu, rien n'était plus facile, répondit tranquillement celui-ci.

— Comment cela? demandai-je.

— Hier, mademoiselle, votre étoile se rapprochait de celle de Son Éminence. Aujourd'hui, à une heure précise de relevée, les deux astres étaient en conjonction , et vous deviez nécessairement entrer à cette heure-là.

Je me tournai vers le cardinal, et je lui dis :

— C'est fort bien, monseigneur... Mais n'y aurait- il point dans tout ceci un peu de fraude?

— Qu'ai-je entendu? cria l'astrologue.

— Pardonnez-moi, mon révérend... le succès de vos prédictions doit m'occasionner quelque surprise... Vous n'avez pas toujours aussi parfaitement réussi.

— Je vous deviicie à merveille, belle dame, et voilà poiwquoi je prie Son Éminence de vouloir bien nous servir de juge dans la discussion peu décente que vous provoquez.

— Ne vous fâchez pas, mon révérend père.

— Je tiens à détruire les doutes semés à plaisir dans l'esprit de monseigneur.

— Hein?., je n'ai pas Tombre d'un doute! s'écria le cardinal. Est-ce ma faute, mon cher Thomas, si mademoiselle de l'Orme est aussi incrédule que votre patron? calmez- vous et laissez-la dire.

— Non! cria le dominicain, je ne souffre jamais qu'on attaque ma science! Plus elle rencontre de détracteurs, plus je m'efforce de la faire briller de tout son éclat. Je me suis occupé du destin des personnages éminents de la cour, et je sais à quelle mfluence ils sont soumis. Hier donc, après avoir tiré l'horoscope du roi, j'ai reporté les yeux sur votre étoile, monseigneur, dont vous m'avez prié de suivre toutes les pérégrinations dans le firmament, j'en ai vu se rapprocher l'astre de mademoiselle, (jui, depuis six mois (je précise les dates), s'en écartait d'une façon trèsvisible. Il s'éloignait en même temps de la constellation de la

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