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Pardoaaez au père de cette pauvre enfant, monseigneur... Page 572.
mante des empiétements de son ministre et des malheurs prêts à en résulter pour la France, le prince effrayé jura d'ôter le pouvoir au cardinal et de le disgracier aussitôt qu'on serait rentré au Louvre.
Celte nouvelle se propagea rapidement.
Les ennemis du minisire ne déguisaient pas leur impatience et
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hâtaient de tous leurs vœux le moment où l'orage éclaterait sor sa têle.
Richelieu marchait avec incertitude et défiance au milieu d'un dédale d'intrigues, ignorant encore à quel fil de salut il rattacherait sa fortune.
Mais il ne perdait pas l'espoir de déjouer cette trame dangereuse.
Il prit en attendant une attitude froide et solennelle, qui déconcerta bien un peu les conjurés et fit croire à certaines personnes qu'il était sûr de reconquérir son despotisme sur l'esprit du roi.
Je partageais ce dernier avis et je croyais agir avec prudence en bridant chez moi les discours séditieux , jusqu'à plus ample certitude du succès de la conjuration, lorsque je reçus un billet signé de Richelieu lui-même.
D m'invitait à me rendre à son palais, qui n'était pas encore entièrement achevé, mais dont l'aile droite lui suffisait pour l'heure.
Je voulus me donner le mérite d'une prompte obéissance.
Grassin n'était pas à l'hôtel. 11 avait été forcé de se rendre à je ne sais quelle mystérieuse invitation de la police.
Sans attendre le retour de mon cocher , je fis venir une chaise, pour me conduire au Palais-Cardiaal, ne devinant pas de quelle nature allait être mon entretien avec le ministre.
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Ce palais, bâti par Hidiclieu, l'emportait de beaucoup sur le Louvre en magniliccnce; les décorations en étaient d'un luxe inouï, et le puissant prélat avait jeté des millions dans ce monument fastueux de son orgueil.
Je traversai les galeries encombrées de gardes.
L'écrit que j'avais à la main me tenait lieu de laisser-passer, et j'atteignis une antichambre immense, dont les lambris, chargés de dorures, portaient les inscriptions les plus suspectes et les devises les plus téméraires.
Au-dessus d'un sphinx accroupi sur une cheminée de marbre de Paros, le ministre avait fait peindre un chapeau de cardinal, qui entourait de ses cordons flottants une tiare et une couronne
On lisait au bas ces mots latins :
Devinctus devinciet ambas*,
11 était impossible à Richelieu de dévoiler plus ouvertement le but auquel tendaient ses manœuvres politiques : il voulait réunir sur sa tête la puissance temporelle et la puissance spirituelle, se déclarer tout ensemble pape et roi.
L'antichambre regorgeait de plats valets de cour, attendant que le cardinal voulût bien leur donner audience.
Ces messieurs se permirent de singuliers clignements de paupière. On avait tiré jadis de ridicules conclusions de mes fréquentes visites à Richelieu, et cela me déplut de voir tous ces hommes chuchoter entre eux.
Je devinais leurs propos malveillants ; la rougeur me montait au front, et j'allais éclater.
Mais, tout à coup, je me sentis prendre par la robe.
En me retournant, j'aperçus une très-jeune fille, dont les yeux, gonflés de pleurs^ se levaient suppliants vers moi.
— Par grâce, madame, au nom du ciel, souffrez que je pé-
* U. 1.U.UCI lus tilUicÙËia i'uae à l'autre.
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nètre avec vous chez Son Erainence ! murmura la pauvre enfant d'une voix qui tremblait d'émotion.
— Qui êtes-vous, ma chère petite?
— Je m'appelle Socratine Pascal. On a condamné mon père à l'exil, et personne, jusqu'ici, n'a voulu s'intéresser à son malheur... J'ai un discours tout prêt, ne me refusez pas!
En ce moment, deux huissiers parurent au seuil du cabinet.
On prononça mon nom.
Je dis aux gardes que Socratine était avec moi. Cela me donnait une contenance, et je passai fièrement sous les yeux des railleurs.
Nous fûmes bientôt en présence du cardinal.
Il était au lit, un peu souffrant encore des fatigues du voyage, et surtout des tracasseries qu'on lui avait suscitées.
— D'où vient cette enfant? pourquoi me l'amenez-vous? me demanda-t-il d'une voix sèche et rude.
— Monseigneur, lui dis-je, elle va vous répondre elle-même. Aussitôt la petite Socratine, se jetant à genoux et joignant les
mains, se mit à déclamer avec beaucoup d'âme et en versant des larmes abondantes, une tirade de vers où elle faisait l'éloge du ministre et manifestait des sentiments de pitié filiale remplis d'innocence et de candeur.
Il était difficile de ne pas se laisser émouvoir.
Richelieu semblait irrésolu.
J'osai venir à l'appui de la requête, et Je dis avec un accent de supplication :
— Pardonnez au père de cette pauvre enfant, monseigneur... vous m'avez bien pardonné.
— Comment donc, j'aurais mauvaise grâce à vous refuser, mademoiselle ! vous m'avez rendu un service important : que ceci vous serve de récompense.
Il tendit la main à Socratine, la fit relever et lui demanda qui avait composé le morceau de poésie.
— C'est moi, répondit-elle.
— On a soigné votre éducation , reprit le cardinal avec assez de bonté. Mais vous n'êtes pas, dit-on, le seul prodige de votre famille? Vous avez un frère, un jeune géomètre... Pourquoi n'estil pas venu ?
— Oh ! c'est un enfant ! dit Socratine.
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— Quel ûgc a-l-il donc? demaiida Uicliciieu.
— Sept ans, monseigneur.
— Et vous?
— Oli I moi, j'en ai dixl
— l'esté! dit le cardinal en riant, la diiïérencc est énorme !.. Et l'on assure que votre frère est déjà très-fort en géométrie?
— C'est vrai, dit la jeune (illc : je dinge ses éludes depuis le départ de mon père. Nous sommes venus à Paris avec notre vieille nourrice, et je vous demande permission d'aller leur apprendre vos bontés, monseigneur.
— Allez, petite, allez ! vous avez ma parole : je rappelle le président Pascal et je dégage du sé([ijestre ses propriétés de Clerninnt.
Socratine lui baisa les mains, et se tournant vers moi :
— Votre nom, madame, que je le garde dans mon cœur I
— Je m'appelle Marie, chère enfant.
Et comme Richelieu m'adressait un singulier regard :
— Je n'aurai jamais, lui dis-je, d'autre nom pour l'innocence.
— Veuillez me permettre, madame, continua Socratine, d'aller vous voir avec mon frère, il voudra vous remercier aussi.
— Non, mon enfant : indique-moi plutôt ta demeure, et j'irai te rendre une visite très-prochaine.
Elle m'apprit alors qu'elle habitait au cinquième étage d'une maison faisant l'angle de la rue Saint-Honoré et de la rue Froidmanteau. Je lui promis de monter à ce logement, au sortir du palais, et ma protégée s'en alla toute joyeuse.
Quand Socratine fut dehors, le cardinal retrouva le ton brusque et l'air d'ironie qu'il avait en m'accueillant.
— Ne me sachez pas trop de reconnaissance, me dit-il, et n'attribuez point à votre recommandation le résultat obtenu par cette jeune fille : le rappel du président Pascal était décidé.
Son visage avait une expression perfide.
Je ne sais pourquoi la peur me prit, je tremblai que son pardon de La Rochelle ne fût pas sincère.
Revenant à mon ancien système, j'essayai de l'amadouer ayec de douces paroles et des semblants affectueux.
— C'est fort aimable à vous, monseigneur, lui dis-je, d'avoir laissé cette pauvre petite dans l'idée que je lui avais rendu service. Vous êtes bon, vous connaissez la clémence. Pourquoi faut-il qu'une inflexible politique vous oblige à déployer des rigueurs dont chacun s'épouvante?
Va';!
AMOURS HISTOIV.QÎUES
— De quelles rigueurs parlez-vous, mademoiselle? Vos paroles ont-elles trait à la fm malheureuse de l'amant de \otre duchesse ?.. Le grand maître de la garderobe était coupable, il avait mérité la mort î Boutteville lui-même, ayant \iolé les lois, devait périr sur Téchafaud. La Justice est armée d'un glaive, elle frappe, rien de plus simple. Je vous l'ai déjà dit, ce me semble, il est certains cas où la clémence deviendrait faiblesse et le pardon lâcheté. Mais, au fait, je devine, ajouta-t-il avec un étrange sourire, vous m'accusez de la mort de Buckingham... Ne le niez pas ! vous me soupçonnez d'avoir commandé le meurtre?.. Détrompez- vous, je n'y suis pour rien. Ce fanatique Irlandais est venu m' offrir ses services, oui; mais je les ai refusés.
Il me fut impossible de le voir de sang-froid soutenir son audacieux mensonge.
— Alors, monseigneur, lui dis-je, cet Irlandais est doublement infâme ! car il s'est vanté d'avoir exécuté vos ordres.
— Qu'entends-je?.. il a eu l'impudence... Au bout du compte, cela se conçoit : le misérable a voulu donner du relief à son action et faire d'un crime isolé tout un événement politique. J'ose l'espérer, mademoiselle, ma parole aura sur vous plus d'empire que les assertions d'un vil assassin.
Je voyais, sous son calme apparent, le feu de la colère lui brûler le visage.
— Où sont les preuves de comphcitéî cria-t-il : le procès de Felton n'a rien révélé contre moi. Qu'on vienne me montrer une lettre, qu'on me cite un seul témoin de mes entrevues avec le meurtrier.
— Ah ! monseigneur, je vous crois, murmurai-je en me donnant un air de conviction profonde.
— C'est fort heureux, répliqua-t-il, et je suis médiocrement flatté, je vous le jure, d'être ainsi en butte à vos ridieules soupçons. Du reste, j'ai toutes sortes de remerciements à vous faire, mademoiselle : vous avez été d'une habileté rare. Je ne serais pas excusable d'avoir employé la violence pour m' opposer aux desseins de Buckingham, lorsque vous vous appliquiez à m'en défaire par un procédé plus humain et plus doux.
— Mon Dieu, je me vois obligée de repousser vos éloges, mon-» seigneur : mademoiselle de Lenclos a bien voulu se charger des plus grandes difficultés de l'entreprise.
Vraiment?., alors je lui dois de la reconnaissance. Mais à
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MAUION DELOIIME
propos, Marion, cette demoiselle m'a paru fort bien... 11 faut la prier de venir me voir.
— Elle ne viendra pas, monseigneur.
— Pourquoi cela?
— Ou, si elle vient, ce sera sûrement en ma compagnie.
— Voilà du curieux ! s'écria-t-il.
— Je dois l'avouer à Votre Éminence, Ninon et moi nous nous son unes juré de respecter mutuellement nos conquêtes.
— Eh bien?
— Eh bien, mon amie connaît jusqu'aux plus simples détails de mes relations avec vous, et ce sera pour elle un motif suffisant de ne point se rendre à votre désir.
Richelieu parut émerveillé du ton badin que je donnais à ce discours.
11 me regarda d'un air indécis, et s'écria :
— Voyons, auriez-vous encore des lettres à me prendre, ma chère ?
— Ah! monseigneur, de la rancune? c'est mal.
— Vous trouvez?.. En effet, j'ai tort, j'ai grand tortl Vous m'avez joué d'une façon si ravissante, cela commande vraiment l'admiration ! Toutefois, veuillez vous le rappeler, je n'avais jamais dépassé les bornes avant cette aimable affaire des lettres. Vous avez cru indispensable à vos plans de lutiner ma fragile nature et d'exciter en moi des tentations, que vos beaux yeux rendaient extrêmement périlleuses. J'ai succombé, juste au moment où vous m'avez laissé croire que vous m'aimiez d'amour. N'importe, ce misérable Campanelle a bien fait de s'enfuir, il aurait payé pour vous deux !
— Enfin, monseigneur, j'étais attachée à madame de Chevreuse ; je la voyais au désespoir... M' auriez-vous livré les lettres, si je vous eusse dit franchement le nom de la personne à qui je voulais les rendre?
— Non, certes!
— Donc, il fallait ruser à toute force ; et cela, du reste, vous a donné la mesure de mes talents diplomatiques. Ma visite aux vaisseaux de Buckingham a été, convenez-en, le résultat de cette aventure?
— Oui, je l'avoue, fit-il avec un soupir. Il me regarda d'un air presque tendre.
— Tu as, ma chère, une finesse admirable I tu crjmbines (es
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rus^s d'une façon tout à la fois spirituelle et neuve. J aime les gens de cette trempe. Ah! si tu l'eusses voulu, que de belles choses nous aurions exécutées ensemble I . . Mais je n'ai plus le courage de d'employer; tu me chagrines sans cesse, tu portes sur moi des jugements... Enfin tu ne veux comprendre ni mon affection, ni ma politique, ni mon caractère, et tu t'obstines à ne point envisager les sublimes destins auxquels je marche. Il y avait un moyen d'être parfaitement d'accord, et ce moyen te répugne, Marion : n'en parlons plus!
Il soupira pour la seconde fois.
— Je ne vous ai point fait venir, mademoiselle, reprit-il en quittant tout à coup le ton de la familiarité, dans le but de renouveler mes instances et de vous donner encore la gloire d'un refus. C'est un parti pris chez vous de vous réhabiliter à vos propres yeux par un grand acte de courage. Résister à l'homme le plus puissant du royaume et le braver impunément, voilà, sur mon âme, de quoi compenser bien des faiblesses 1
— Monseigneur...
— Oh ! loin de moi l'intention de vous offenser, ma belle ! Seulement, je ne vois pas pourquoi vous avez l'air d'être jalouse.
— Le cœur de la femme est si bizarre! lui dis-je en minaudant.
— Ainsi vous refusez de prêter les mains à cette entrevue avec mademoiselle de Lenclosî
— Je refuse.
— Pourtant, je réussirais peut-être à m'en faire une amie, une sincère amie, comme je désirais que vous fussiez, Marion.
— Eh ! monseigneur je suis toujours là !
— Hum ! fit-il en hochant la tête, je pardonne, mais je n'oublie guère... Et puis, il faut le dire, vous m'avez fortement échauffé le cœur; il me serait par trop difficile de me vaincre... Qui sait? je succomberais peut-être à de nouvelles tentations?
— Oh! soyez tranquille, je n'y succomberai pas, moi !
Je lui jetai cette phrase assez étourdiment. Son œil étincela de nouveau.
— Finissons! cria-t-il. Votre serment ne peut avoir une extension ridicule, et vous m'amènerez mademoiselle de Lenclos.
— Non, monseigneur, non... Permettez-moi de vous le dire, il est peu convenable d'insister, quand je me prononce aussi nettement.
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1er à l'improviste, elle ne pouvait se douter de l'entretien que nous aurions ensemble : où serait, pour le moment, son intérêt à me tromper?.. Je m'y perds... Est-ce de la jalousie? est-ce de la haine? veut-elle m'enchaîner plus fortement par ses caprices?.. Parbleu ! Marion, tu peux te flatter d'avoir une nature indéchiffrable !
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— Mais je ne vois pas cela, monseigneur : l'explication dé ma conduite est toute simple. Une fois pour toutes, retenez-le, je ne m'habituerai jamais à vous entendre parler d'amour-, ni à moi, ni à d'autres. Vous êtes prêtre, cette pensée me revient sans cesse; là réside tout le mystère de ma conduite. Je consens 5 être pour vous une amie comme par le passé; mais à la moindre tentative pour m'entraîner sur une autre route, vous me trouverez constamment rétive... Je suis franche ! si vous n'acceptez pas les conséquences de ma résolution, séparons-nous et oubliez-moi.
Il avança la main et m'attira vers son lit.
— Mauvaise!.. Allons, il faut obéir quand tu ordonnes. J'ai le tort de vouloir toujours ruser avec toi... Vraiment, je ne suis pas de force.
— Ah! Votre Éminence se calomnie!
— Non, sur l'honneur, je reconnais ta supériorité, Mari on. Ce discours au sujet de mademoiselle de Lenclos était une plaisanterie, tu l'as vu tout de suite et, tu le comprends mieux encore, je reste soumis à ton influence. Malgré le tour scandaleux de la cassette, ou peut-être à cause de cela, je t'aime!.. C'est une folie, c'est une sottise, n'importe... On ne résiste pas à son destin. J'en passerai par ce que tu voudras. Comme tu dois rire de ma faiblesse, espiègle ! comme tu es glorieuse de triompher ainsi du cardinal de Richelieu!.. Tu mènes le lion à ta fantaisie, au bout d'un ruban rose.
— C'est vrai, monseigneur, j'en suis toute surprise.
— Vois-tu, Marion, le mieux est d'effacer entièrem<int le passé. J'ai des chagrins, ma pauvre enfant!.. Tout le monde me hait au Louvre, c'est étrange ! et ton affection me sera véritablement précieuse. 11 faut reprendre le cours ordinaire de tes visites. Voici la clef d'un petit cabinet qui s'ouvre sur la terrasse. Pour y arriver, tu passeras sous le péristyle et la galerie de droite. Au bout, tu trouveras une porte et tu sonneras... Des Bournais viendra m'avertir. Je conserve toujours une clef de ton jardin ; ne va pas t'aviser de faire changer la serrure ! Dans mes heures de découragement, je puis avoir besoin d'aller chercher des consolations près de toi, & tu n'y mettras point obstacle, j'aime à le croire?
— Oh ! Dieu m'en garde ! c'est un honneur que je sais apprécier.
— Tu es vraiment trop bonne... A bientôt, ma chère, à bientôt. 11 me baisa les mains le plus respectueusement du monde, et me
congédia par un sourire.
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Or, pendant co dialogue, assez toi'lueux el surtout uisigniliaul, (e cardinal laissa percer plus d'une fois, sous l'air de bonlioniie qu'il s'efforçait de prendre, un accent 6pigrammafîque et railleur.
Cela nie donna In-anconp à rélléchir.
Sa modération même dans ses reproches excita au plus haut point ma déliance. Il m'avait parlé de Ninon par manière d'accpiit, par forme de transition; le projet de déshériter des liouinais de ses fonctions honorables, pour m'en revêtir, n'avait pu sérieusement germer dans son esprit. Selon toute évidence, il ruminait quelque piège, quelque manœuvre perfide dont les ressorts m'échappaient et dont je ne devinais pas le premier mot.
Je devais connaître, le soir môme, une partie du secret de l'énigme, pour l'interpréter tout de travers et m'abuser complètement sur les véritables desseins de l'Éminence.
A la porte de l'antichambre, je retrouvai Socratine Pascal
Craignant que je n'oubliasse ma parole, elle était revenue m'attendre, après avoir porté l'heureuse nouvelle à sa nourrice et à son jeune frère.
J'admirais la gentillesse de cette petite.
Socratine n'était pas son nom véritable; on la surnommait de Kl sorte à cause de son air sérieux et de sa sagesse. Elle me mena rue Froidmanteau, dans un modeste garni, où j'aperçus un enfant de sept ans, qui, pour accourir se jeter dans mes bras, se leva d'une table chargée de livres, de globes et d'instruments géométriques de toutes sortes.
Biaise Pascal, appelé depuis l'Aigle de la science*^ n'était encore qu'un aiglon. Je reçus ses remerciements, je lui rendis ses caresses et je descendis de son aire.
Bientôt je fus rentrée chez moi.
Thérèse m'attendait avec impatience. Elle me conduisit mystérieusement dans sa chambre, et me dit, en ouvrant une armoire :
— Madame, cachez-vous là I
— Comment donc? es-tu folle?
— Non, Dieu ruerci, dit-elle, et bien m'en prend! Il s'agit d'une chose fort sérieuse. Quand je vous ai vue de retour, j'ai fait signe à Grassrn d'aller vite chercher le personnage... Ils vont reparaître ensemble, tout exprès pour me parler, ici, dans cette chambre.
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* Il fulsarlout api)clo plus tarJ l'Aiijle de Pori-Ro/jat; mais Manon écrivaii en 1045. {Nule de l'Éditeur.)
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Comme je ne me chargerais pas de vous rapporter au juste les discours de l'homme, il faut écouter vous-même.
Avant de me claquemurer dans l'armoire, elle m'informa de ce qui avait eu lieu en mon absence.
Grassin, je l'ai dit, ayant reçu de la police une injonction mystérieuse, était sorti de l'hôtel afin d'apprendre ce qu'on lui voulait. 11 se trouva bientôt en présence du chef même de la police secrète, et il le reconnut pour avoir été jadis interrogé par lui, lors de l'aventure de madame de Chevreuse.
Cet homme s'appelait Laffemas.
Richelieu l'estimait comme le plus féroce et le plus acharné de ses sbires. 11 devait le récompenser un jour en le nommant procureur général.
Surpris, trois années auparavant, à ramener le carrosse qui venait d'emporter la duchesse hors des murs de la capitale, le mari de Thérèse se laissa le mieux du monde arrêter d'abord, et répondit le lendemain seulement aux questions de Laffemas.
Il déclara toute la vérité pour s'épargner une plus longue détention, sachant que je devais être en lieu sûr, que madame de Chevreuse approchait de Blois, et que, d'ailleurs, elle avait anéanti les lettres.
Laffemas , néanmoins, regarda cet aveu tardif comme une trahison et s'imagina pouvoir compter, dès lors, sur l'espionnage de mon domestique.
Comme il avait reçu des ordres du cardinal, il glissa doucement à l'oreille de Grassin une petite insinuation fort honnête et for accommodante , et lui offrit une bourse contenant un millier d'écus, s'il voulait le cacher, lui Laffemas, et quelquefois monseigneur lui-même, dans un lieu de mon appartement, d'où l'on pourrait entendre les discours qui se tenaient chez moi.
Très-embarrassé de cette ouverture, Grassin répondit que sa femme, seule, était en position de rendre ce service ; mais que, fort attachée à ma personne, elle ne manquerait pas d'accueillir par un refus toute proposition de ce genre.
Cependant, dit-il à Laffemas, si vous tenez beaucoup à la chose, je viendrai vous prendre, en l'absence de madame, et nous ferons en sorte de décider Thérèse.
Laffemas accepta l'arrangement.
Bien qu'il se crût à peu près sûr de Grassin , il lui fit, par surcroît de précautioa, les menaces les plus terribles. Mais, en dépit
MAIIION DKLOIIME
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(1(3 loul, mon brave cocher se Iidta de venir raconter à sa femme les honorables propositions de la poIi('e secrète.
Après avoir reçu tous ces détails, j'approuvai rid(3e deTh(3rèse, et j'essayai de me blollirdaiis l'aniioire; mais lac;ij,'e se trouva très-(Hroile, j(; ne pus me chïïendre d'une certaine iruiuiiHude.
— Juste ciel ! jï'toulTerai l.i-dedans ! m'(;criai-JL'.
— Soyez trampiille, tout est prévu, répondit ma soubrette, me faisant voir une planche eulevée par le dessus pour donner de l'air.
On montait l'escalier.
Grassin nous amenait déjà Laffemas, qui demeurait dans le quartier même, aux abords du quai Saint-Paul.
— Vite, madame, entrez! dit Thérèse.
Elle me poussa, donna double tour à la serrure et mit la clef dans sa poche.
Le chef de police pénétrait dans la chambre. Il salua madame Grassin par une phrase fort galante, débitée sur le ton mielleux et insinuant qu'exigeaient sa démarche et la délicatesse de la circonstance.
■ — De quel pays êtes- vous ? demanda-t-il à ma soubrette, après Les premières formules de politesse échangées.
— Mon père est de Schelestadt , monsieur ; mais je suis Parisienne.
— Ah! fort bien... Vous avez sans doute amassé quelques économies depuis que vous êtes au service?
Grassin prit la parole.
— Oui, dit-il, nous sommes à la tête d'environ vingt -cinq mille livres, qui ne doivent rien à personne.
— C'est exact, dit Thérèse. .
— Et si l'on doublait cette petite fortune, resteriez-vous domestiques?
Le mari et la femme répondirent négativement.
— Je la double! dit Laffemas; mais vous allez me promettre de vous rendre utiles à monseigneur. "
— Au cardinal!., que pouvons-nous faire pour lui?
— Bien des choses. Il sait que M. de Basspmpierre est l'amant de votre maîtresse.
— Ah ! fit la soubrette : Son Éminence est mieux instruite que nous, monsieur, je vous l'affirme.