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AMOURS HISTORIQUES
— Prenez garde, ne jouons pas au plus fin! Votre mari consent à me servir. Quant à vous, je le déclare, vous êtes libre de me refuser ; mais alors, chère enfant, vous courez risque d'être enfermée à Saint-Lazare ou au Châtelet.
Bon! dit Thérèse, voilà qui devient clair... Parlez, je vous
écoute.
A la bonne heure!., nous finirons par nous entendre. 11 serait
ridicule de vieillir au service de mademoiselle Delorme, quand vous pourrez, grâce aux bontés du ministre, avoir une existence aisée, commode et bourgeoise.
— Voyons, au fait, monsieur, que demandez- vous? Peste! quelle vivacité!.. Les mille louis vous tentent, ma
belle, et vous avez raison. Déjà nous avons une clef de la porte du boulevard; mais il nous faut nos entrées libres dans l'hôtel, jour et nuit. Nous conviendrons d'un signal pour vous avertir de mon approche ou de celle de Son Éminence, et vous allez prendre Rengagement de nous cacher, soit le cardinal, soit moi, de façon que nous puissions voir et entendre ce qui se passera céans et ce qui s'y dira.
— Mais si je refuse? objecta Thérèse.
— Si vous refusez, ce sera le Châtelet ou Saint-Lazare.
— Enfin, c'est une trahison que vous nous demandez, monsieur!
— Moi? par exemple ! Il n'y a rien dans tout cela de contraire aux intérêts de votre maîtresse. Monseigneur estime beaucoup mademoiselle Delorme et lui veut du bien, je vous le certifie.
— Oh ! dit Thérèse, c'est différent alors ! je commence à n'avoir plus de scrupules.
— Ainsi, vous acceptez?
— Un instant ! je voudrais consulter quelque sage directeur de conscience. Par malheur, depuis dix ou douze ans, j'ai eu le tort de ne point aller à confesse.
— Bien, fiez-vous à moi. Je vous donnerai pour guide spirituel le père Joseph, un digne capucin de ma connaissance.
— Vous serez fort aimable. S'il me dit que je puis aller en avant sans péché, comptez sur moi.
— Il vous le dira,. le saint homme!., il vous le dira, soyez en sûre !.. Au revoir, et pas un mot à votre maîtresse, ou le cachot.
Grassin reconduisit le chef des espions. Lorsqu'ils furent descendu?, Thérèse m'ouvrit la porte de l'armoire.
MARION DKLOUM
— Ah! cardinal (reiiferl ni'écriai-je, voilà donc où lu en voul.iis vrnir?.. Jour et nuit!.. C'est trop de moitié, monseigneur!.. l,)iMHe .ongue et quelle violence de passion ! Ceci .l'est plus de bonne guerre, je vais y mettre ordre. Le siège de Li Rochelle vous a gâté, monsieur le cardin.ii, et vous donne, sur ma foi, des idées trop militantes... Ah! vous voulez emporter mon cœur d'assaut?.. Voyez-vous cela! Je me le disais aussi, vous avez été bien obscur et bien entortillé dans vos phrases de tout à l'heure... Knfin,j'ai dos domestiques fidèles, et vous pouvez venir quand il vous plaira. . . Une femme avertie n'est jamais en péril.
Thérèse reçut aussitôt pleine licence de se confesser au père Joseph et d'accepter les propositions de Laffemas avec le millier de louis.
Cela devait former une gratification très-convenable à joindre aux gages de mes deux braves époux, et j'étais enchantée de la faire payer à la cassette de Richelieu.
Je triomphais.
Pourtant, jamais ma pénétration n'avait été plus en défaut, et je m'abusais de la manière la plus lourde sur les desseins cachés du cardinal. J'aurais dû songer qu'il n'était pas homme, surtout dans les circonstances présentes, à sacrifier la politique à l'amour.
Toutes ses pensées, toutes ses paroles, toutes ses actions se dirigeaient alors vers un même but : découvrir le complot tramé contre lui. C'était le cas ou jamais de déployer sa fourbe et de mettre ses espions en campagne.
Il ne savait rien de la conspiration, mais il en devinait les principaux instigateurs.
Bassompierre était du nombre.
Depuis son retour de Naples, le maréchal avait repris ses droits exclusifs à mon affection. Mais il eut le tort très-grave de me cacher tous les détails de cette trame contre Richelieu, ne voulant pas troubler ma joie par la prévision d'un péril, ou me croyant trop frivole pour m'occuper de choses aussi graves.
Peut-être aussi n'était-il pas bien convaincu de l'innocence de mes relations avec le cardinal. Il m'avait témoigné parfois certains doutes fort humiliants à cet égard.
On pensait, avec assez d'apparence de vérité, qu'une maîtresse seule avait pu jouer au rancuneux prélat un tour aussi fort que celui des lettres et en obtenir le pardon.
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La conséquence n'était pas rigoureuse.
En châtiant une femme avec trop de rigueur, le cardinal eût encouru le blâme universel ; il préféra dissimuler sa rancune eî profiter de mes services, en attendant l'heure d'une revanche éclatante.
Il était trop habile pour ne pas la prendre.
Déjà, comme on peut le voir, il m'entraînait dans ses embûches et me déroutait entièrement sur ses desseins véritables.
En faisant espionner chez moi Bassompierre, en surprenant nos entretiens intimes et nos secrètes confidences, il espérait tout naturellement découvrir les fils les plus mystérieux de la machination, connaître les véritables sentiments de Louis XÏII, le concours probable qu'il apportait aux conjurés, et enfin l'heure précise où ceux-ci pensaient mettre leur plan à exécution.
Par ces mesures adroites, il perdait un de ses adversaires et se donnait, en outre, la jouissance de se venger de mes mépris amoureux.
Il faut dire enfin quel était ce complot, déjoué d'une manière si imprévue, que le jour même fixé pour la ruine de l'Éminence augmenta son pouvoir et fut appelé Journée des dupes.
S'efforçant par tous les moyens possibles d'étayer l'édifie^ de ses insolentes espérances, Richelieu voulait unir à un prince du sang sa nièce, Marie-Madeleine de Vignerots, veuve d'Antoine du Roure de Combalct. Au cas où la France mettrait trop vivement obstacle à son usurpation, il pourrait se contenter de la tiare et mettre la couronne sur la tête d» son neveu et de sa nièce.
Il arrêta ses regards sur le comte de Soissons et lui envoya un gentilhomme chargé de lui parler de ce mariage.
Or, le comte, indigné, souffleta le gentilhomme et s'écria :
— « Moi! j'épouserais les restes de ce galeux de Combalet?.. Va dire au cardinal de marier sa nièce au diable ou de l'épouser lui-même... Ce sera la même chose. »
La réponse était nette et passablement triviale.
Richelieu fut humilié, mais il ne se découragea pas.
Se décidant à voir Soissons , il essaya de l'ébranler par une foule d'arguments pèremptoires, et voulut surtout le convaincre que sa nièce était restée intacte dans le mariage.
— Comment le savez-vous? s'écria le comte, émerveillé de la chose.
Arrestation de Bassompierre.
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Le cardinal prit gravement une plume, écrivit le nom de sa nièce, Marie de Vignerots, décomposa les syllabes et fit voir à son interlocuteur que l'anagramme de ce nom donnait Vierge de son mari.
Certes, la preuve était des plus satisfaisantes.
Soissons partit d'un éclat de rire au nez du ministre, puis il
alla tout conter aux deux reines et à Gaston. Cet audacieux espoir du cardinal les irrita profondément. Marie de Médicis chassa sur l'heure la Combalet de sa présence. On entoura Louis XIII, on lui fit toucher au doigt l'ambition déréglée de son ministre et l'on stimula ses craintes.
Bassompierre et les deux Marillac se mirent de la partie.
Toute la cour leur vint en aide. La duchesse d'Elbeuf, la comtesse d'Ornano et la comtesse de Conti saisirent avec joie cette occasion de manifester leur haine contre le cardinal. Madame du Fargis, dame d'honneur de la reine-mère, engagea tous ses amants dans le complot et, grâce à elle, le nombre des conjurés fut bientôt incalculable.
Cela s'organisait au retour de l'expédition du Piémont, et pendant la maladie dont le roi se sauva comme par miracle.
Le faible prince, on le sait, avait promis à sa mère de congédier Richelieu, aussitôt qu'on serait de retour au Louvre. Marie de Médicis l'adjura solennellement de tenir parole.
C'était le dix novembre.
Au moment d'agir, Louis retombe dans ses hésitations habiuelles. Il tremble, il cherche des subterfuges et finit par déclarer qu'il ne peut se priver des services de son ministre.
Marie de Médicis ne veut rien entendre.
Le roi vient tout exprès de Versailles pour la fléchir. Il descend à l'hôtel des Ambassadeurs afin d'être plus à même d'entamer des conférences avec sa mère, qui loge au Luxembourg.
Tout à coup, au milieu d'un entretien fort animé entre cette princesse et sou fils, arrive l'Éminence, suivie de la Combalet.
Richelieu ne pouvait tomber plus mal. Sa vue doubla l'exaspè- •Tdtion de la reine-mère. Elle traita l'oncle et la nièce du haut en cas et fit à la veuve d'Antoine du Roure les reproches d'hypocrisie les plus sanglants et les mieux mérités.
La dame, effectivement, après le décès de son époux, avait manifesté l'intention positive de se retirer aux Carmélites.
Elle ne portait plus ni diamants ni dentelles, s'habillait de noir et s'enveloppait la gorge avec une réserve scrupuleuse, avec une pudeur édifiante. Mais, quand son oncle vint à parler d'hymen avec un prince du sang, la commère modifia tout aussitôt ses allures dévotes et redevint mondaine au possible, se livrant à des
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