‹ Les confessions de Marion DelormeChapitre 36 sur 39 · L. écbeile fixée au balcon, le auc monie. Page · texte numérisé non relu

L. écbeile fixée au balcon, le auc monie. Page

C'était l'instant où les conjurés arrivaient; je restai seule au salon pour les recevoir.

J'avais l'àrae triste et agitée par des pressentiments mortels. Au travers de ma fenêtre je voyais, par delà mes jardins, la maison qu'habitait Beaufort. Je reconnus sur-le-cliamp qu'il était rentré, car le vitrage qui éclairait par le haut notre ancienne chambre laissait échapper de la lumière.

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Tout à coup je fus témoin d'une chose étrange.

Cette lumière disparut, revint, disparut encore et se remontra précipitamment douze fois de suite. Un soupçon rapide me traversa l'esprit. Je montai chez Lucile et je la trouvai devant sa fenêtre, les yeux dirigés vers la maison de Beaufort.

Mon cerveau se brisait, à force d'y concentrer la colère. J'eus cependant le courage de ne point éclater.

Tu ne te couches pas, mon enfant? dis-jeà Lucile.

— Vous le voyez, ma tante. La nuit est belle, je respire un peu la fraîcheur.

Elle me fit cette réponse avec un calme incroyable. ^^

Je restais confondue.

Ce manège de la lumière était un signal, Lucile se trouvait à sa fenêtre pour le voir; tout cela devenait évident pour moi. Je donnai un prétexte à mon apparition subite, et je redescendis dans mes salons, où les frondeurs arrivaient en foule.

La séance fut bruyante, on y chanta victoire sur tous les tons. Beaufort seul était arrivé par le passage souterrain ; les autres ne se gênaient plus et entraient alors directement chez moi. Monsieur le coadjuteur rendit compte de tous ses actes, le duc suivit son exemple. Leurs discours furent couverts de bravos.

— Demain, dit Retz, la lutte recommence. Il faut être de bonne heure sur le champ de bataille. Séparons-nous, messieurs, et allons dormir.

Tous les frondeurs disparurent.

Avant de reprendre le chemin du berceau, Beaufort me dit :

— Sans doute, vous avez là, chère belle, ces quatre-vingt mille livres que je vous ai priée de mettre à ma disposition?

— Ouvrez le secrétaire, monsieur le duc, lui répondis-je. 11 s'empressa d'obéir.

Ah ! vous êtes une femme charmante ! s'écria-t-il , voyant

un portefeuille, où se trouvait la somme en lettres de change et en bons sur l'État : il est impossible de rendre service avec plus de grâce.

— Mon Dieu, n'est-ce pas tout simple? ma fortune appartient à celui qui doit être mon époux.

— Oui, sans doute, Marion... Cela fait, je crois, deux cent quarante mille livres dont je vous suis reflevahle.Vous aurez contribué puissamment au succès... Bonsoir, chère amie, bonsoir!

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Il me fallut toul mon courage el le désir d'arriver aux preuves évid(Mil(ïs de l'intrigue pour ne pas écl.iter à la l'ace du traitre.

Le duc traversa le jardin et rentra chez lui.

Je fis mine de me coucher tranquillement comme d'habitude; je renvoyai Théièse, j'éteignis mes flambeaux, et, passant une rol^c de chambre de couleur sombre, je descendis au jardin par un escalier dérobé.

Bientôt je fus en observation sous les charmilles.

Mon cœur était en proie à la rage et à des projets de vengeance. A tout hasard, j'avais fixé à ma ceinture une dague catalane, que madame de Chevreuse m'avait rapportée de Madrid. J'attendis ainsi plus d'une heure, sans perdre patience, sachant que le rendez-vous était pour minuit. Les douze évolutions du flambeau de Beaufort ne pouvaient signifier autre chose.

Maintenant, est-ce Lucile qui va venir à lui? est-ce lui qui doit aller à Lucile? En tout cas, elle ou lui n'ont pas d'autre passage que le souterrain.

Je suis là, j'attends.

La nuit, sans être claire, n'est cependant point assez obscure pour m'empécher de distinguer les objets à vingt pas de distance.

Enfin on soulève la trappe.

Beaufort se montre avec un paquet sous le bras. Il sort du berceau, regarde si ma chambre est encore éclairée, et s'approche de la maison.

Je le suis, étouffant autant que possible le bruit de mes pas.

Arrivé sous l'appartement de Lucile, le duc dépose son paquet ; puis il s'assied sur le banc voisin.

Un quart-d'heure se passe. Minuit sonne à l'église Saint-Paul.

On ouvre la fenêtre de ma nièce, et j'aperçois la gouvernante qui se penche au balcon. Misérable femme! elle est complice de cette odieuse intrigue! Bientôt elle attire à elle une échelle de soie dont Beaufort vient d'attacher l'extrémité à un fil qu'elle a laissé descendre.

L'échelle fixée au balcon, le duc monte.

Je tiens ma vengeance!

Beaufort n'a pu s'introduire par l'intérieur de ma maison. Les portes qui donnent sur le jardin sont fermées scrupuleusement tous les soirs, et j'ai seule une clef de l'escalier dérobé par lequel je suis descendue. Je rentre chez moi, et, de là, je cours à la chambre de ma nièce.

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AMOURS HISTORIQUES

Mais, arrivée sur le seuil, mes jambes fléchissent. La pensée de verser du sang me glace d'épouvante. Beaufort parle à Lucrle; j'écoute, la tète à moitié perdue.

— Quelle folie, ma chère enfant! vos craintes ne sont pas sérieuses... Moi? j'aimerais votre tante?., allons donc! elle a cinquante ans, ma chère!.. C'est une vieille, une très-vieille femme, excessivement coquette encore; mais on a tant aimé jadis! on ne se décide pas à en perdre l'habitude. Entre nous, je l'exploite un peu : voilà bien la moitié de sa fortune qu'elle me donne. Les circonstances m'avaient rendu pauvre, et ce coffre-fort s'est ouvert à propos. Je vous restituerai tout cela, Lucile ; vous avez droit à une dot, ma chère; il reste assez d'argent à votre tante pour acheter d'autres hommages. Quant à moi, je suis las de jouer la comédie. C'est vous seule que j'aime ! Dans votre réponse à ma lettre, vous m'avez permis de vous voir, de vous arracher à cette prison où l'on vous tient captive, et je vous ai préparé un petit logement délicieux... Oh! ne me refusez pas, Lucile! vos scrupules sont de trop, ma pauvre enfant ! Votre gouvernante n'a pas menti d'une ligne, et les histoires qu'elle vous a racontées sont authentiques. Marion Delorme à eu des amants à n'en plus finir... Tout Paris vous le dira... Et parbleu! si elle entrait en ce moment, je la mettrais au défi de ne pas l'avouer elle-même !

Hélas ! je ne perdis pas un mot de cet odieux discours. J'aurais moins souffert, si l'on m'eût arraché le cœur.

Je n'avais plus de force pour la vengeance, et, du reste, à quoi m'eùt-elle servi ? A publier ma honte, à doubler le scandale. Pouvais-je avoir avec Beaufort une explication devant ma nièce ? Un homme assez vil pour oublier les lois de la délicatesse et de l'honneur ne balancerait pas à me faire un nouvel affront.

J'eus cependant le courage d'ouvrir la porte, et ma présence fut un coup de foudre pour les trois coupables créatures.

La gouvernante était restée là, ils se préparaient à fuir ensemble.

— Monsieur, dis-je à Beaufort, j'ai tout entendu ! et votre conduite me dicte celle que je dois tenir : on ne se venge pas de ceux qu'on méprise. Quant à vous, continuai-je en m'adressant à Lucile, je vous laisse libre d'accompagner cet homme. Vous avez écouté sans dégoût et sans colère le récit de ses honteuses manœuvres. Allez, vous êtes dignes l'un de l'autre!

Us semblaient atterrés.

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Hi!>

Ni le duc ni ma nièce n'osèrent me répondre. Je quittai la chambre.

Rentrée chez moi, je me jetai h genoux.

— Seigneur 1 Seigneur 1 voilà donc le cliâliment que vous me réserviez! Pour mieux accroître mes toitures, vous avez permis qu'autrefois on me sauvât de la mort et, plus récemment, de la folie. Ohl votre vengeance est cruelle!.. Non, non! vous n'êtes pas juste, Seigneur!

Je me redressai levant les mains au ciel et les agitant avec tout le transport du blasphème.

Bientôt, succombant à mes émotions, je tombai sans connaissance sur le parquet ,

Je reviens à moi. L'obscurité m'entoure. J'allume une lanterne sourde et je descends au jardin.

L'échelle de soie n'est plus au balcon, la trappe est refermée sous le berceau ; les coupables ont pris la fuite. Ma nièce est partie sans remords, sans me prier de lui pardonner son ingratitude et son crime.

Je m'enferme au pavillon.

Une fièvre ardente me brûle ; mais j'ai la force d'écrire ces détails et je passe le reste de la nuit à revoir les pages où j'ai consigné les événements de ma fatale existence.

Quelle épouvantable histoire, ô mon Dieu !

Le voile est tombé, je frémis... Je reconnais. Seigneur, la main de votre justice ! Vainement je voudrais essayer d'atténuer mes fautes ; tout ce que je vois là , sous mes yeux , est un tissu de honte et d'opprobre.

Fille désobéissante, je me suis révoltée contre les ordres de mes parents, et je suis venue à Paris me jeter en proie aux séductions du monde. Mes premières pensées ont été pour l'intrigue. J'ai brisé le cœur de ma bienfaitrice; je me suis enfuie d'un saint et pieux asile, pour oublier jusqu'au nom de la pudeur. En Lorraine, n'aije pas joué avec la religion et le repentir? Un mois ne s'était pas écoulé, que Bassompierre me rivait au bras une autre chaîne infâme. Depuis, quelle a été ma conduite? J'ai mis le pied dans la fange la plus impure du vice; on m'a vue lever le front au sein de la débauche...

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AMOURS HISTORIQUES

Oh! ce jeune homme, ce malheureux enfant qui a pris plus que moi ma lion le à cœur et qui a voulu mourir!..

Pitié ! pitié, mon Dieu ! car vous avez dû l'entendre m'accuser devant votre tribunal suprême !.. Il était à peine au tombeau que je reprenais le cours de mes désordres; je mettais ma coquetterie au service d'une politique monstrueuse...

Buckingham! Etienne! il me semble voir devant moi vos ombres irritées!

Quel est cet autre fantôme?.. Cinq-Mars, mon époux!.. Je l'ai dénoncé à Richelieu... Sans ma révélation, le monstre n'aurail pu saisir sa victime... Cinq-Mars, Etienne, grâce !. . je me punirai moi-môme... Oui, la vie m'est odieuse, et je vais vous rejoindre!

FIN DU MANUSCRIT DE hk CONFESSIOK.

MARION DELOIIME

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