‹ Les confessions de TulliaChapitre 12 sur 13 · ON ENGAGEMENT A BOBINO · texte numérisé non relu

ON ENGAGEMENT A BOBINO

le rôle dans lequel je devais me faire entendre le jour suivant.

Après le repas, — d’une incontestable frugalité, — le vaudevilliste m’embrassa sur le front, — me dit : — A demain! — et retourna chez lui pour travailler eneore une partie de la nuit.

Rien au monde ne se pourrait imaginer de plus fraternel et de plus chaste que notre amitié.

Ce serait certes là un des bons souvenirs de ma vie,

— le meilleur peut-être, — si je n’avais empoisonné ce souvenir par une petite infamie — involontaire, il est vrai , et que cependant je me reprocherai toujours , car elle eut de funestes et irréparables résultats.

Enfin, — vous qui lisez ces pages, — vous verrez, — vous jugerez, — vous me condamnerez sans doute,

— mais vous ne le ferez certes pas plus sévèrement que je ne le fais moi-mème.

Le lendemain, je retrouvai Lorsay au raccord.

Il me vit répéter, et il me déclara qu’il était enchanté de moi et qu’il me répondait du public et du directeur.

Ses prévisions se réalisèrent. — J’obtins, le soir, un très-grand succès, et, immédiatement après le spectacle, Tournemine me signa un engagement d’un an aux appointements de quatre-vingts francs par mois, engagement résiliable à ma voloté, en le prévenant six semaines à l’avance.

Quatre-vingts francs ! — c’était la fortune !...

Un mois me fut payé d’avance.— Je nageais dans les transports ^d’une indicible allégresse.

Certes, en ce moment, je me serais jetée de bien grand cœur dans l’eau ou dans le feu pour Lorsay !...

Je quittai mon horrible bouge de la rue des Fossésdu-Temple, et je louai une petite chambre à l’hôtel Corneille.

Tous les étudiants du quartier croyaient et disaient que j’étais la maltresse du vaudevilliste.

Il laissait dire, — il riait des jalousies que lui suscitait son prétendu bonheur, — et jamais, jamais, jamais, il ne m’embrassait autrement que sur le front.

Cette réserve m’étonnait souvent, il faut bien le dire, puisque ce sont mes confessions que j’écris... — Le cœur de la femme est si bizarre!..,

Qui sait si je n’éprouvais pas un peu d’irritation et de dépit en voyant cette chaste tendresse ne se point métamorphoser en un sentiment plus tendre?

Je dis : — Qui saitf — car moi-même je ne le savais pas, et je ne le sais pas même encore aujourd’hui.

Cependant Lorsay, après dix ou douze jours d’un travail acharné, avait achevé sa grande pièce, qui, reçue avec enthousiasme par le directeur, se répétait activement.

Le jour vint où la Femme à la tête de mort s’étala sur une affiche avec mon nom en vedette.

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