‹ Les confessions du Comte de ***. Acajou et Zirphile. Introd. et notes bibliographiquesChapitre 2 sur 11 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

la conversation, j'ai un tour et un style à moi, qui, n'ayant rien de peiné, d'affecté ou de recherché, est à la fois singulier et naturel. 11 faut que cela soit, car je ne le sais que sur ce qu'on m'en a dit; je ne m'en suis jamais aperçu moi-même... Je ne suis pas grossier, mais trop peu poli pour le monde que je vois. Je n'ai jamais travaillé sur moi-même, et je ne crois pas que j'y eusse réussi. J'ai été très libertin par force de tempérament, et je n'ai commencé à m'occuper sérieusement des lettres que rassasié de libertinage, à peu près comme ces femmes qui donnent à Dieu tout ce que le diable ne veut plus. Il est pourtant vrai qu'ayant fort bien étudié dans ma première jeunesse, j'avais un assez bon fonds de littérature que j'entretenais toujours par goût, sans imaginer que je dusse un jour en faire ma profession. »

De bonne heure en effet Duclos eut plus de goût pour les lettres que pour le droit. Assidu au café Procope, il y fit d'utiles et précieuses connaissances, de La Faye, Antoine Houdard de la Motte, Maupertuis, Saurin, Nicole. Sa conduite, il le reconnaît, n'était pas sans reproches, du moins vivait-il habituellement dans ce qu'on appelle la bonne compagnie. « Je n'ai jamais accepté, dit-il, avec des seigneurs de ces soupers libertins que j'ai faits avec mes égaux. » A un souper entre hommes, après minuit, on envoie chercher des filles dans une célèbre maison d'amour; Duclos

10 l'œuvre de CBâRLES duclos

s'éclipse sans être remarqué, « n'aimant pas les parties de plaisir qui pourraient finir par un éclat ».

Tous ces traits disent assez la délicatesse de pensée et de cœur du jeune « étudiant qui n'étudiait pas » du moins le droit, trop occupé qu'il était des belles-lettres.

La perversité profonde et froide de la grande société le répugnait profondément; et c'est avec un rare talent d'observation qu'il en a fait la peinture.

Il fut l'intime de M^'^ Quinault, de la Société du Bout du Banc, chez qui il se lia avec Caylus, Maurepas, Voisenon, Collé, le comte de Tessin, Grébillon fils. Il fréquenta aussi le Caveau où il composa des couplets de parades et de petits écrits facétieux figurant dans le Recueil de ces Messieurs et dans les Etrennes de la Saint- Jean.

A trente-cinq ans, il était reçu à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, témoignage de la profonde estime dans laquelle étaient tenus son talent et son esprit. Quelques savants mémoires justifiaient d'ailleurs cette nomination.

Deux ans plus tard paraissait son premier ouvrage perso'nnel, Histoire de Madame de Luz, anecdote du règne de Henri IV. Cet opuscule eut un grand succès, et l'on croit que Sade y puisa l'idée première de son atroce roman, V Histoire de Justine, ou les malheurs de la vertu.

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