SA VIE ET SES ŒUVRES XIII
L'esprit mordant, la repartie brusque de Duclos, qui aimait à relever une pensée fine par une expression souvent vulgaire ou libre, frappèrent tout d'abord et lui firent une réputation. Avec « sa voix de gourdin », comme dira plus tard Grimm, il enfonçait le mot et l'idée.
C'était alors la mode des discussions de café, mode qui devait passer vers le milieu du XVII l^ siècle, pour reparaître avec les premiers jours de la Révolution, et plusieurs fois depuis, Grimm, chez lequel d'ailleurs il faut faire la part de l'animosite que la conduite peu mesurée de Duclos à l'égard de jVfme d'Epinay lui avait inspirée, a dit de ces cafés, et de celui qui en était devenu le plus brillant habitué :
Duclos avoit passé sa vie dans les cafés à disputer avec une voix de gourdin et à ferrailler, comme c'étoit alors la mode. Dans ces combats à mort, le plus fort en gueule étoit le plus considéré, et l'homme de lettres et le bel-esprit contractoient le ton et les habitudes des crocheteurs. Ce siècle est passé.
De tous les gens célèbres fréquentant jadis les cafés, il ne reste que M. de Voltaire, à qui un génie plein de délicatesse, une politesse naturelle et l'usage du grand monde n'ont jamais permis de prendre ces mœurs grossières, et M. Duclos, le seul qui en ait transporté l'usage dans la société des honnêtes gens et dans la bonne compagnie^.
Vers le même tenips Duclos fréquenta aussi beau-
I. Correspondance littéraire, édition Tourneux, t. XI, p. 326. Juillet 1765.