‹ Les confessions du comte de --Chapitre 18 sur 76 · XXII DUCLOS · texte numérisé non relu

XXII DUCLOS

portrait précédent. Il ne s'y montre pas en laid, mais il y a mis quelques traits vraiment sincères:

Je me crois de l'esprit, et j'en ai la réputation. Il me semble que mes ouvrages le prouvent. Ceux qui me connoissent personnellement prétendent que je suis supérieur à mes ouvrages. L'opinion qu'on a de moi à cet égard vient de ce que, dans la conversation, j'ai un tour et un style à moi, qui, n'ayant rien de peiné, d'affecté ni de recherché, est à la fois singulier et naturel... Je suis né avec beaucoup d'amour-propre; mais je sens que j'en ai perdu une partie, sans qu'il soit aisé aux autres de s'en apercevoir. Je ne dois parojtre modeste qu'à ceux dont je ne me soucie pas. La franchise de mon amour-propre est une preuve de mon estime et de mon goût pour ceux à qui je le montre... Je ne suis pas grossier, mais trop peu poli pour le monde que je vois. Je n'ai jamais travaillé sur moi-même, et je ne crois pas que j'y eusse réussi. J'ai été très libertin par force de tempérament, et je n'ai commencé à m'occuper formellement des lettres que rassasié de libertinage, à peu près comme ces femmes qui donnent à Dieu ce que le diable ne veut plus. Il est pourtant vrai qu'ayant fort étudié dans ma jeunesse, j'avois un assez bon fonds de littérature que j'entretenois toujours par goiàt, sans imaginer que je devrois un jour en faire profession.

Jean-Jacques Rousseau, qui avait quelques analogies de caractère avec Duclos, et qui lui donna une preuve de son estime en lui dédiant son Devin du VILLAGE, en 1753, /a seule dédicace qu'il ait jamais faite avec celle adressée à Genève, sa ville natale, Kousseau disait de lui « qu'il ètoit droit et adroit n. La brusquerie du langage n'était pas, en effet, sans quelque savoir-faire chez Duclos, et elle servit sou-

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