‹ Les confessions du comte de --Chapitre 19 sur 76 · SA VIE ET SES ŒUVRES XXIII · texte numérisé non relu

SA VIE ET SES ŒUVRES XXIII

vent d'assaisonnement à la flatterie. La Harpe, qui s'est tenu à son égard dans une juste mesure d'éloge, indique bien cette nuance du caractère de Duclos : « On lui reprochoit de manquer de politesse, mais on le lui pardonnoit. Soit habitude, soit dessein, il gardoit ce ton de brusquerie même dans la louange, et l'on peut juger quelle n'y perdoit pas. » Le même écrivain nous donne une bien vive idée de la conversation de Duclos, en la rapprochant ainsi de son style : « Peu d'hommes, dit-il, étoient nés avec plus d'esprit. Son entretien ressem^ bloit à son style : une précision tranchante, des saillies fréquentes, une tournure travaillée mais piquante, en un mot ce qu'on appelle du trait : voilà ce qui lui donnoit, dans ses contes et dans le monde, une physionomie particulière. » // aurait cependant fallu ajouter, pour être tout à fait exact, que le trait était bien plus vif, plus acéré, chez Duclos causeur que chez Duclos écrivain. Le prince de Ligne parle « de son sel ordinaire, sel de mer, à la vérité, sel amer » ; mais « qui vaut mieux, ajoute-t-il, que le sel aitique dont on parle toujours et oit je ne trouve jamais le mot pour rire ». D'ailleurs Duclos, avec le temps, se corrigea un peu de ce défaut d'amertume. Beauzée, son successeur à l'Académie française, ayant dit, dans son discours de réception, « qu'on reprochoit à Duclos de la vivacité dans le ton, peut-être quelque chose de plus dans la dispute », le prince de Beauvau, en lui

Page 1