SA VIE ET SES ŒUVRES XXV
dure cependant quelquefois, comme le jour où, en 1753, BougainvillCf un candidat à l'Académie , faisant valoir son âge, il repartit vivement : « UAcadémie n'est pas une extrcme-onction. » — Et une autre fois : « UAcadémie n*est pas un hôtel des Invalides. » Quoique fort bien avec Voltaire et les encyclopédistes, il s'irritait contre leur excès d'irréligion qui devenait un fanatisme à rebours. « Les grands raisonneurs et les sous-petits raisonneurs de notre siècle, disait-il, en feront et en diront tant qu'ils finiront par m'envoyer à confesse. » — Mais luimême avait souvent des mots excessifs^ qui passaient cependant, en cette fin de monarchie ou le langage était déjà anarchique. « Je l'entendis un jour, raconte Scnac de Meilhan, dire après diner, en parlant du lieutenant de police : « Je tirerai ce drôle-là de « la fange pour le pendre dans l'histoire. » Une autre fois, moitié sérieusement, moitié plaisantant, il disait de l'abbé d'Olivet, avec lequel il avait toujours quelque prise à l'Académie, depuis l'affaire de l'élection de l'abbé de Kadonvilliers : « C*€st un si grand coquin que, malgré les duretés dont je l'accable, il ne me hait pas plus qu'un autre. » — Et d'un certain personnage : « On lui crache au visage, on le lui essuie avec le pied, et il remercie. » Mais les mots de Duclos ne tiraient pas toujours à conséquence ; on savait qu'il fallait en rabattre, et Louis XV luimême, quil avait appelé dans son discours de récep-
XKVI DUCLOS
tion « un héros supérieur à la gloire même)), disait de Duclos, dont on venait de raconter quelque saillie un peu forte : « Oh! pour Duclos, il a son franc parler. » — En 1771, il était beaucoup question à Paris d'un éléphant blanc de cinq ans qui faisait des tours merveilleux. « Parlons de l*éléphant, dit Duclos à l'Académie; c'est la seule bête un peu considérable dont on puisse parler en ce temps-ci saTis danger. » — Nous clorons cette liste, qui deviendrait trop longue, par ce joli mot : « Un tel est un sot, c'est moi qui le dis, c'est lui qui le prouve. »
Duclos, s'il disait crûment leur fait aux gens, né~ tait pas sans recevoir aussi quelques traits acérés, même de ses meilleurs amis. Un jour, comme, après s'être plaint que les courtisanes, devenues plus timorées que d'honnêtes femmes, ne voulaient plus entendre le moindre conte un peu vif, il commençait à en dire de bonnes devant M'"^ de Mirepoix et M"^^ de Kochefort : « Prenez donc garde, Duclos, interrompit celle-ci, vous nous croyez aussi par trop honnêtes femmes. »
Après le grand succès des Confessions du Comte DE ***, Duclos donna encore le joli conte Acajou et ZiRPHiLE (i 744), sorfe de gageure d'homme d'esprit, écrit pour utiliser les dessins qu'un diplomate suédois, le comte de Tessin, avait commandés à Boucher, et qui devaient illustrer une nouvelle de sa façon dont le manuscrit s'était perdu après le départ de