PREMIERE PARTIE II
jiister. Comme elle coloroit toutes les caresses qu'elle me faisoit de l'amitié qu'elle avoit pour ma parente et des liaisons qu'elle avoit avec toute ma famille, je ne m'attrihuois aucune de ses bontés, et j'ai souvent pensé depuis à l'impatience que je devois lui causer. Cependant elle se contraignoit, elle craignoit de s'exposer aux ridicules que pouvoit lui donner un amour qui, par la disproportion de nos âges, devoit être regardé comme une folie. D'ailleurs, elle savoit que son amant étoit clairvoyant : elle n'auroit pas été fort sensible à sa perte, mais elle craignit l'éclat d'une rupture.
Ces réflexions rendirent la marquise plus réservée avec moi; je m'en aperçus, je lui en fis quelques reproches plus remplis d'égards que de sentiment. Pour me consoler, elle me dit que je la verrois à Paris, si je continuois à la Inisser se charger du soin de ma conduite, et me promit un baiser toutes les fois que j'aurois été docile à ses leçons.
Lorsque nous fûmes de retour à Paris, j'allai la voir. Elle ne me parla, dans les deux ou trois premières visites, que des choses qui pouvoient regarder ma conduite. Elle vouloit, disoit-elle, être ma meilleure amie. Un jour elle me dit de la venir voir le lendemain sur les sept heures du soir. Je n'y manquai pas, je la trouvai sur une chaise longue, appuyée sur une pile de carreaux. On respi-
roit une odeur charmante, et vingt bougies répandoient une clarté infinie; mais toute mon attention se fixa sur une gorge tant soit peu découverte. La • marquise étoit dans un déshabillé plein de goût, son attitude étoit disposée par le désir de plaire et de me rendre plus hardi. Frappé de tant d'objets, j'éprouvois des désirs d'autant plus violens que j'étois occupé à les cacher. Je gardai quelque temps le silence, je sentis qu'il étoit ridicule, mais je ne savois comment le rompre. « Etes-vous bien aise d'être avec moi? me dit la marquise. — Oui, Madame, j'en suis enchanté, répondis-je avec vivacité, — Eh bien, nous souperons ensemble, personne ne viendra nous interrompre, et nous causerons en liberté. » Elle accompagna ce discours du regard le plus enflammé. « Je ne sais pas trop causer, lui dis-je, mais pourquoi ne me permettezvous plus de vous embrasser comme à la campagne? — Pourquoi? reprit-elle : c'est que, lorsque vous avez une fois commencé, vous ne finissez point. »
Je lui promis de m'arrêter quand elle en seroit importunée, et, son silence m'autorisant, je la baisai, je touchai sa gorge avec des plaisirs ravis- "^ sans, mes désirs s'enflammoient de plus en plus, la marquise par un tendre silence autorisoit mes actions; enfin, parcourant toute sa personne à mon gré et voyant que l'on n apportoit aucun obstacle