‹ Les confessions du comte de --Chapitre 32 sur 76 · PREMIERE PARTIE ID · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE ID

h mes désirs, je me précipitai sur elle avec toute la vivacité de mon âge, qui étoit plus de son goût que l'amour le plus tendre. Je craignis aussitôt sa colère, mais je fus rassuré par un regard languissant de la marquise, qui m'embrassa avec une nouvelle ardeur. Ce fut alors que je me livrai à l'ivresse du plaisir; nous ne l'interrompîmes que pour nous mettre à table. Le souper fut court; je ne laissai pas à la marquise le temps de me parler sentiment, et je crois qu'elle n'eut pas celui d'y penser. Dès le lendemain un de ses gens m'apporta la lettre la plus passiçnnée. Cette attention me surprit ; je croyois qu'elle n'avoit été imaginée que pour moi. Je sentis que j'y devois répondre; je crois que ma lettre devoit être assez ridicule; la marquise la trouva charmante. Pendant les premiers jours, je n'étois occupé que de ma bonne fortune et du plaisir d'avoir une femme de condition; je m'imaginois que tout le monde s'en apercevoit et lisoit dans mes yeux mon bonheur et ma gloire. Cette idée m'empêcha d'en parler à mes amis, mais j'en fus très souvent tenté. Peu de temps après, je trouvai que la marquise ne m'avouoit pas assez dans le public et qu'elle n'alloit pas assez souvent aux spectacles, oii j'aurois pu, sans prononcer l'indiscrétion, mettre mes amis au fait de mon bonheur. C'étoit en vain qu'elle me représentoit le charme du mystère; je n'étois

inspiré que par les sens et la vanité, et je croyois avoir satisfait à toute la délicatesse possible quand j'avois rempli ses désirs et les miens.

L'hiver ayant rassemblé tout le monde à Paris, la marquise, pour rompre la solitude qu'elle voyoit que je ne pouvois soutenir, donna plusieurs soupers. Parmi les femmes qui se rendoient chez elle, il y en eut une qui me fit beaucoup d'agaceries, et j'y répondis avec assez de vivacité. M^e de Valcourt avoit trop d'expérience pour ne pas l'apercevoir. Elle m'en fît ses plaintes, que je reçus assez mal. Je lui dis qu'il étoit bien singulier qu'elle me contraignît au point de ne pouvoir ni parler ni m'amuser même avec ses amies. La jalousie enfîamma la marquise, elle ne ménagea plus rien. Bientôt elle afficha publiquement le goût qu'elle avoit pour moi, et bientôt elle le ressentit avec un emportement qu'elle ne m'avoit jam.ais témoigné. On ne la voyoit plus aux spectacles sans moi; elle ne soupoit dans aucune maison sans me faire prier. Un aveu si public fut fort de mon goût, parce qu'il flattoit ma vanité. Quelques jours après, M.^^ de Rumigny, c'étoit celle qui m'avoit fait des avances, fut piquée. Il étoit de son honneur de n'en pas avoir le démenti. Chez les femmes du monde, plusieurs choses qui paroissent différentes produisent les mêmes effets, et la vanité les gouverne autant que l'amour.

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